C’est sous un soleil désespérément-recherché depuis le début de l’été parisien, que s’introduit l’après-midi du dimanche 18 juillet 2021. Ambiance contraigno-propice pour la performance qui allait suivre [comme j’allais en être témoin plus tard] …
Arrivé un peu avant 15h, quelle fut ma joie d’avoir la possibilité d’entrée-visuellement dans les préparatifs de l’artiste Jelili Atiku. Tout en respectant la distance que je m’impose lors d’une performance, dans ce cas précis, se résumant à rester sur le trottoir opposé au portail d’entrée du Musée d’Art et d’Histoire Paul Éluard de Saint-Denis, prenant en compte deux facteurs précis : celui d’observer l’apprêtement performatif et la ré-ception/action extérieure.
Voici
Le grand escalier du musée Sur lequel En son centre Se trouve stoïquement Une femme De bois De petite taille
[ ou de grande taille comme le signalera les autres
Femmes]
Exclu•es-x ou Non-initié•es-x Aux préparatifs De ce qui allait suivre Ce qui semble être les Autres Regardent S’arrêtent Scrutent S’interrogent « Du body-painting ?! » s’exclamera une jeune femme à son amie
Non ! Ou alors Oui !
Mais non de ce que l’Occident l’entend B.o.d.y.-P.a.i.n.t.i.n.g
Le rapprochement plutôt familier mais non-juste ici de ce que J’aurai appelé le Mas dans un contexte carnavalesque guadeloupéen
Ce rite d’incarnation Devenir pour être Entité Être pour perdre Toute humanité
Quant aux invité•es-x Cel•x aux aguets, averti•es-x Rentrent Passent Franchissent S’attablent À l’intérieur
C’est un peu le même problème partout ! Le vaste territoire de la Seine-[Saint- Denis, précisément] d’avoir en son sein pléthore d’institutions ou d’espaces
culturels sans que les habitant•es-x ne se sentent happé•es-x de la même euphorie que « cel•x-qui-s’incrustent ». Sans vouloir rejouer une nouvelle fois la carte du fameux « Nous et les Autres » si cher à l’anthropologie, mais ne pouvant qu’être réaliste d’une réalité se rejouant en écho du passé.
Se recouvre au scotch Le visage des femmes [celles supposées plus tôt] Au nombre de quatre [coins du monde]
Placées au Nord Sud Est Ouest De sa tête
À plusieurs reprises surgit la figure féminine, que ce soit dans ce texte ou dans la performance. Ìyáláàyá, du yoruba signifie la grand-mère, la matriarche, la mère Suprême. Celle aux petits soins à chaque jour de la vie. Celle prodiguant guérison, soins. Celle me surplombant dans l’escalier. Celle de qui part ce tracé de craie, exécuté par la main – plus tard le pied de Jelili Atiku. Celle portée de point en point, de pause en pause performative. Celle de qui une aura concentrique se dessine sur le sol. Ici autour d’une étoile. Là-bas réparant les maux de ce monde. Rwanda. Discrimination. Dont Cross Border. Mots-œuvres de Barthélémy Toguo collés au sol. Celle dans les bras de Jelili Atiku. Celle guidant son monde [éphémère, de l’instant performatif]. Celle délivrant la Sophie de Mary Sibande remarquée furtivement au loin d’une rue. Celle culminant Jelili Atiku quand il s’écroula de fatigue ? de soif ? d’asphyxie ? de raisons multiples qui seront ou non déchiffrables ? Celle qui conclut au centre de la chapelle ce moment par un Bonjour – Au revoir – Je serais toujours là pour vous, pour toi…
Merci à nos [grands-]mères, sœurs, tantes, filles d’être la BONTÉ incarnée de ce monde.
En ligne et au HKW de Berlin (Haus der Kulturen der Welt) suivez le lancement événement de la publication Decolonizing Art Book Fairs – Publishing Practices from the Souths, collaboration Miss Read, African Art Book Fair.
Rendez-vous à 18:00 au HKW Mardi 24 Août, et en ligne chaque jour à 16:00 et 18:00, le 25 et 26 août pour une série de tables rondes autour de la publication et de questions autour des pratiques de l’édition et des art book fairs (foires du livre d’art). Retrouvez le programme complet ici
Lancement de Decolonizing Art Book Fairs, HKW Berlin, le 24 août 2021
courtoisie de Miss Read 2021
Soirée de lancement, mardi 24 Août, 18:00 : Sur le toit-terrasse de HKW, les éditeurs de Decolonizing Art Book Fairs feront un état des lieux du champ de l’art et de l’édition. Avec Pascale Obolo, Parfait Tabapsi, Yaiza Camps, Moritz Grünke et Michalis Pichler. En coopération avecMiss Read (Art book fair de Berlin) et Conceptual Poetics Day, financé par Hauptstadtkulturfond.
L’industrie mondiale de l’édition est encore dominée par des gardiens des pays du Nord. Dans quelle mesure le regard colonial façonne-t-il le marché du livre d’art ? Comment est-il possible de décoloniser l’industrie du livre d’art ? La soirée s’articule autour de deux publications récentes :
Decolonizing Art Book Fairs – Publishing Practices from the Southsest un cahier contenant principalement des textes récemment commandés et des interviews avec des artistes, des auteurs et des éditeurs. Le volume tente d’enrichir le discours sur l’édition et les foires du livre d’art, en mettant en avant les praticiens et les initiatives du continent africain et de la diaspora.
Avec les contributions de : Fouad Asfour, Jean-Claude Awono (Ifrikiya), Chayet Chienin, Chimurenga, Djimeli Raoul, Renata Felinto, Wanjeri Gakuru (Jalada), Aryan Kaganof (Herri), Sharlene Khan, Grada Kilomba, etc. (liste complète ici)
Idea Poll rassemble des idées concernant les activités d’édition et bien plus. Les textes compilés dans ce volume ont été collectés par un appel en ligne dans le cadre du Conceptual Poetics Day. Il présente près de 100 réponses de divers réseaux internationaux.
Avec les contributions de : 2nd Cannons (Brian Kennon), Fouad Asfour, B&D Press, Michael Baers, backbonebooks (Claudia de la Torre), Bananafish Books (Qing Zhou), Ricardo Basbaum, BAZAR Art Book Fair, Derek Beaulieu, BLEK, BOM DIA BOA TARDE BOA NOITE, Sezgin Boynik, Urvashi Butalia… etc. (liste complète ici)
Soirée de lancement Mardi 24 Août, 18:00 Haus der Kulturen der Welt John-Foster-Dulles-Allee 10 10557 Berlin
The Politics of Art Book Fairs : Mercredi 25 Août 16:00 (GMT+2)
Peut-on décoloniser l’espace de l’édition indépendante ? Cette table ronde rassemble quelques un(e)s des acteurs et actrices les plus intéressant(e)s en la matière afin d’avoir un dialogue vibrant. Comment sont créés les espaces et les récits et qui prend un risque ? Les principaux thèmes discutés sont : qui est sélectionné en tant qu’exposant et qui ne l’est pas, l’économie des cadeaux et les politiques implicites et explicites des Art Book Fairs (foires du livre d’art).
Avec : Sanyana Iyer (Printed Matter Book Fairs), Qing Zhou (Shanghai Art Book Fair), Hedieh Ahmadi (Bazar Art Book Fair), Dan Mitchell (ASP London), Tokyo Art Book Fair (tbc), Noora Al Mualla (Sharjah Art Book Fair). Modérée par : Pascale Obolo (African Art Book Fair) et Michalis Pichler (MISS READ).
Publishing as a Curatorial Practice: Mercredi 25 Août 18:00 (GMT+2)
Organisée par Arikadaa et iwalewabooks en collaboration avec Miss Read.
Cette table ronde pose un regard sur l’aspect curatorial de l’édition – sur les façons de réunir des gens et des textes, comment prendre des décisions esthétiques sur, non seulement le contenu, mais aussi le style de la publication et sa sensualité.
Avec : Lola Shoneyin (Director Aké Festival), Zukiswa Wanner / Paivapo Publishers, Aryan Kaganoff (herri magazine), Tinashe Mushakavanhu (Black Chalk). Modérée par : Lweendo Hamukoma (The Commune).
Book Distribution and Circulation of Thinking in Africa: Jeudi 26 Août 2021 16h00 (GMT+2)
Cette table ronde est l’occasion d’examiner le domaine de la distribution de livre en Afrique. Quels sont les stratégies, les défis et les espoirs ? sont quelques-unes des questions posées pendant cette heure de discussion.
Avec : Jean-Claude Awono (director of Ifrikiya publishing house), Aboubacar Demba Cissokho (cultural critic), Wanjeri Gakeru (jalada) (tbc). Modérée par : Parfait Tabapsi (Mosaïques).
Reading/Writing as Decolonial Practice/Action : Jeudi 26 Août 2021 18h00 (GMT+2)
En partant des contributeurs et contributrices du cahier Decolonising Art Book Fairs : Publishing Practices from the South(s), la table ronde sensibilisera et partagera des connaissances sur les différentes pratiques d’éditions dans le sud de l’Afrique et au-delà. Répondant aux questions du public, des auteurs, autrices et leurs lecteurs et lectrices, la discussion porte sur les discours et urgences de la justice épistémique et comment rendre le savoir et la recherche accessibles ; et comment la formation de communautés de lecteurs, lectrices et auteurs, autrices peut être une approche de la lecture/écriture en tant que pratique/action décoloniale.
Avec : Mario Pissara, Daniela Hermosilla, Fouad Asfour, Sharlene Khan. Modérée par : Nkule Mabaso et Moritz Grünke.
Lancement de Decolonizing Art Book Fairs, HKW Berlin, le 24 août 2021
Herri | tiré de « Decolonizing Art Book Fairs »
L’industrie mondiale de l’édition est encore dominée par des gardiens des pays du Nord. Dans quelle mesure le regard colonial façonne-t-il le marché du livre d’art ? Comment est-il possible de décoloniser l’industrie du livre d’art ? La soirée s’articule autour de deux publications récentes :
Decolonizing Art Book Fairs – Publishing Practices from the Souths est un cahier contenant principalement des textes récemment commandés et des interviews avec des artistes, des auteurs et des éditeurs. Le volume tente d’enrichir le discours sur l’édition et les foires du livre d’art, en mettant en avant les praticiens et les initiatives du continent africain et de la diaspora.
Avec les contributions de : Fouad Asfour, Jean-Claude Awono (Ifrikiya), Chayet Chienin, Chimurenga, Djimeli Raoul, Renata Felinto, Wanjeri Gakuru (Jalada), Aryan Kaganof (Herri), Sharlene Khan, Grada Kilomba, etc. (liste complète ici)
Idea Poll rassemble des idées concernant les activités d’édition et bien plus. Les textes compilés dans ce volume ont été collectés par un appel en ligne dans le cadre du Conceptual Poetics Day. Il présente près de 100 réponses de divers réseaux internationaux.
Avec les contributions de : 2nd Cannons (Brian Kennon), Fouad Asfour, B&D Press, Michael Baers, backbonebooks (Claudia de la Torre), Bananafish Books (Qing Zhou), Ricardo Basbaum, BAZAR Art Book Fair, Derek Beaulieu, BLEK, BOM DIA BOA TARDE BOA NOITE, Sezgin Boynik, Urvashi Butalia… etc. (liste complète ici)
Sur le toit-terrasse de HKW, les éditeurs de Decolonizing Art Book Fairs feront un état des lieux du champ de l’art et de l’édition. Avec Pascale Obolo, Parfait Tabapsi, Yaiza Camps, Moritz Grünke et Michalis Pichler. En coopération avec Miss Read et Conceptual Poetics Day, financé par Hauptstadtkulturfond.
Soirée de lancement Mardi 24 Août, 18:00 Haus der Kulturen der Welt John-Foster-Dulles-Allee 10 10557 Berlin
Vous les avez peut-être aperçues à La Villette, à Arras ou alors à Aubervilliers.
Une fanfare de femmes noires paradant fièrement, dansant, chantant, s’exprimant, au sons des instruments, qui propose un spectacleaussi inouï qu’unique.30 nuances de noir(es), cette formation “ inspirée des fanfares New Orleans, qui regroupe 11 musicien-ne-s et 11 danseuses de waacking, locking et jazz” à voir absolument ! En tout cas, ce sont des rencontres que l’on n’oublie jamais, qui nous marquent et nous enrichissent !
30 nuances de noir(es) est une expérience à vivre. Et ça tombe bien la parade sera ceSamedi 3 Juillet devant l’Hôtel de ville de Bobigny en face de la MC93, une fête à ne manquer sous aucun prétexte.
Rayonnantes, flamboyantes, à couper le souffle, une réussite à tous les niveaux… Voilà les remarques dithyrambiques qu’inspire 30 nuances de noir(es).
L’idée germe il y a près de 20 ans dans la tête de Sandra sainte Rose Fanchine alors qu’elle officie à Aubervilliers.
C’est en 2017 que naît le projet 30 nuances de noir(es) alors que Sandra propose un atelier de danse Waacking et de souls steps, dans le cadre de rencontres et d’échanges, autour de l’empowerment, de 46 femmes racisées. L’envie de poursuivre cette expérience se concrétise sous la forme de 30 nuances de noir(es), une parade inspirée des fanfares New Orleans, qui regroupe 11 musicien-ne-s et 11 danseuses de waacking, locking et jazz.
Et cela donne une performance puissante, en mouvement, hybride, qui s’adapte aux lieux et se les approprie. Des interprétations vibrantes, une vitalité et des énergies positives, 30 nuances de noir(es) puisant dans le répertoire de la soul music, de la funk en passant par la pop, et délivrant des versions réactualisées de titres emblématiques du féminin afro : “Respect”, “Lady”, “4 women”, “Hot pants road” etc.
Musiques de luttes, musiques qui racontent les femmes, leurs expériences, brisent des tabous, s’émancipent des assignations.
La chorégraphie, les voix, cuivres et percussions nous transportent, nous émeuvent, nous interpellent alors que les costumes créés par Merci Michel (Annie Melza Tiburce) et Sandra Sainte Rose Fanchine nous en mettent plein la vue.
Le discours et l’esthétique marchent de concert, se portent l’un l’autre. La présence de ces femmes noires – et quelques hommes ne les oublions pas – , impressionnante, achève le tableau idyllique. C’est grandiose et de toute beauté.
L’envie du public de prendre part est palpable, un tiraillement se fait sentir entre désir de participer et une incapacité à le faire tant l’expertise, les talents, l’exécution parfaite sont présents et de haut vol.
“30 nuances de noir(es) raconte dans un mélange d’esthétiques musicales et chorégraphiques afroaméricaines, africaines, les revendications des femmes noires françaises quant à l’authenticité et la pluralité de leurs identités”
L’idée est de lier la danse, la musique et l’esthétique aux histoires des luttes et revendications de femmes noires, hors “normes”. Ce dispositif permet de saisir les enjeux politiques des musiques et danses jazz et soul/funk, pérenniser et réinventer l‘héritage africain notamment au sein des diasporas, et mettre en exergue “la réappropriation de la fierté noire”, et “l’affirmation des identités de race et de genre”…
crédit photographique : SEKA avec l’aimable courtoisie de Sandra sainte Rose Fanchine et 100DRA SEINTROZ
Sandra sainte Rose Fanchine précise : “30 nuances de noir(es) raconte dans un mélange d’esthétiques musicales et chorégraphiques afroaméricaines, africaines, les revendications des femmes noires françaises quant à l’authenticité et la pluralité de leurs identités”. En effet, 30 nuances de noir(es) s’empare du Waacking qu’elle lie à la tradition du Marching Band avec ses propres sonorités.
A l’instar du locking et du popping, le waacking est une danse issue de la Funk, un funkstyle. Le waacking est une danse des années 1970 née à hollywood et pratiquée par la communauté Gay afro et latino américaine. Ainsi, cette gestuelle “cristallise les transgressions de normes de genre, en étant une danse de réappropriation de son corps et de sa beauté intrinsèque dans un cadre hétéronormatif, où les normes de féminité sont définies par le capitalisme, le patriarcat et la blanchité” explique Sandra.
Ne vous y méprenez pas, ces thèmes comme la performance touchent tout le monde.
30 nuances de noir(es) propose de sortir des représentations figées, subies imposées ou choisies, des stéréotypes. 30 nuances de noir(es) évoque la mise à la marge quand il ne s’agit pas d’absence de représentation ou d’effacement, montre l’importance des représentations pour se construire. Une manière jouissive de remédier à ces problèmes, de revendiquer sa place au sein de nos sociétés, dans l’espace public, et de reprendre possession de son corps, de sa voix, de son esprit.
C’est une manière rafraîchissante pour ces corps féminins discriminés racialement de se réapproprier l’espace public, et par la beauté du geste, des protagonistes, par la force de la proposition de partager une expérience libératoire, libératrice dont nous avons toutes et tous tant besoin.
30 nuances de noir(es) ce sont aussi des actions culturelles auprès de femmes, dans les collèges et lycées, associations, dans les conservatoires et fabriques, en danse et musique.
Sandra sainte Rose Fanchine, la créatice, interprète et chorégraphe de 30 nuances de noir(es) évolue dans le milieu hip-hop notamment en tant que directrice artistique du magazine Radikal ou membre du groupe de streetdance Vagabond Crew dans les années 1990. Elle développe par ailleurs un travail chorégraphique qu’elle lie aux problématiques de genre et d’identité dans le hip-hop comme dans la société. Artiste polyvalente, formée aux danses afro-caribéennes, Sandra sainte Rose Fanchine est interprète dans de nombreuses compagnies telles Difé Kako, Cie Traces/Raphaëlle Delaunay, ou encore La Horde.
Elle crée la compagnie 100DRA SEINTROZ qui propose 30 nuances de noir(es) sur lesquelles il faudra compter à l’avenir et qui promettent de secouer, renverser, bouleverser pas mal d’idées et de façon de faire.
Venez nombreux et nombreuses voir cette œuvre, ce monument, ode aux femmes noires et à la liberté.
Appel à contributions AFRIKADAA : « Racisme, silence, mobilisation… Où en sont les écoles d’art ? »
Date limite : Avant le1er Août 2021 – pour un numéro à l’automne 2021
Le racisme structurel est une réalité, présent depuis toujours mais de plus en plus mesuré et analysé. Aujourd’hui, il apparaît comme un obstacle à l’équité, à l’égalité et à la justice que chaque personne est en droit d’exiger. Pour les personnes qui le subissent, ce racisme institutionnalisé souvent difficile à déceler à l’échelle individuelle, est source de souffrance (mentale et physique) et agit comme un frein à l’épanouissement personnel, mais aussi professionnel, ce qu’on appelle un plafond de verre. En plus d’être à la source d’un mal-être psychique profond, il peut représenter, pour certaines couches sociales, un véritable danger mortel (violence policière, travailleur·euses exposé·es à des conditions de travail usantes ou risquées…). Le racisme structurel est présent dans toutes les couches de la société, et le monde de la culture ne fait évidemment pas exception. Alors, en ce qui concerne l’enseignement artistique et ses écoles supérieures d’art et design, ce sujet apparaît aujourd’hui crucial : c’est dans ces institutions que se dessine le panorama culturel artistique français de demain, et c’est là que potentiellement se créent les alliances qui seront fécondes pour la suite.
La revue Afrikadaa se propose donc de réaliser un numéro dédié aux écoles d’art et de le faire selon trois axes. La revue sera un espace d’écoute qui recueille des paroles, des expériences, des doutes, des vécus. Elle sera ensuite un lieu d’accueil qui fera de la place, donnera à voir et amplifiera des cris, des luttes invisibilisées ou minimisées. Enfin, elle exposera des pratiques artistiques, des œuvres, des réalisations qui, geste par geste, forme après forme, contribuent à changer la donne.
Dans le cadre de ce hors-série, nous souhaitons donc questionner les discriminations dans les écoles d’art en accompagnant les voix des étudiant·es racisé·es, des professeur.es, des militant·es et des chercheur·euses. Nous souhaitons que cet opus sensibilise les étudiant·es, le corps enseignant et le corps administratif, tant il est important de ne plus être dans le déni mais d’être dans l’écoute, tant il faut prendre conscience de la souffrance de l’autre et surtout mettre en place des actions pour faire évoluer les mentalités et lutter contre ces discriminations. C’est le premier axe qu’Afrikadaa propose : écouter, encourager et soutenir la parole de celles et ceux qui subissent les discriminations, et donc accompagner les personnes qui ont le courage de partager ou de dénoncer des faits, rendre légitime des récits qui ne trouvent pas de lieux pour être formulés.
Le deuxième axe vise à faire d’Afrikadaa le haut-parleur des actions et mobilisations déjà en cours. En effet, on observe chez les étudiant·es une forte prise de conscience, une envie de se questionner, de débattre, afin de faire bouger les choses. Il s’agit de ne plus subir, mais au contraire d’être force de propositions pour lutter contre les discriminations structurelles et systémiques et éradiquer ce fléau qui gangrène nos sociétés. L’antiracisme devient une nouvelle valeur à défendre mais aussi un horizon d’action à revendiquer. Et pour cela des collectifs se créent, des groupes de chercheur·ses se constituent, des séminaires ou des expositions font des propositions… C’est toutes ces initiatives qu’Afrikadaa rassemble et met en perspective.
Enfin, troisième axe, Afrikadaa mettra à l’honneur des œuvres, performances, films, installations, sculptures, poèmes, peintures, actions, etc. qui, d’une façon ou d’une autre, engagent ces problématiques. Page après page, en feuilletant la revue, apparaîtra un paysage de l’art plus divers, inédit, traversant des paysages peu regardés et montrant la vitalité d’une jeune création en train de se faire.
Finalement, ce hors-série d’Afrikadaa pose la question de quelle école d’art nous voulons pour aujourd’hui et demain ? Quelle serait une école d’art où serait enseignée une histoire de l’art plus inclusive, où les étudiant·es, tous·tes les étudiant·es, seraient réellement au centre du projet pédagogique ? Une école d’art qui serait un espace d’émancipation et de refuge pour les étudiant.e.s ? Quels types d’artistes et quels types d’art voulons-nous pour le futur ?
Pour ce faire, nous lançons aujourd’hui un appel à contributions dans toutes les écoles d’art de France. Vos témoignages sont précieux !
Ainsi, en véritable catalyseurs de changement, nous vous invitons à nous envoyer vos essais, articles, photos, œuvres, poèmes, et toutes autres contributions autour de cette thématique.
Les articles libres feront au minimum 600 mots et au maximum 2000 mots (soit entre 2600 et 10 000 signes) et seront fournis en « .doc ». Les images et documents photos doivent être fournis au format JPEG et d’une résolution de 300dpi minimum. Chaque photo doit être nommée avec un titre explicite et accompagnée d’un texte indiquant le titre de l’œuvre, une description technique, l’année de réalisation et le nom du photographe.
Date limite pour la réception des articles et autres éléments : 1 aout 2021
Appel à contributions AFRIKADAA : « Racisme, silence, mobilisation… Où en sont les écoles d’art ? »
Date limite : Avant le 1er aout 2021 – pour un numéro à l’automne 2021
Le racisme structurel est une réalité, présent depuis toujours mais de plus en plus mesuré et analysé. Aujourd’hui, il apparaît comme un obstacle à l’équité, à l’égalité et à la justice que chaque personne est en droit d’exiger. Pour les personnes qui le subissent, ce racisme institutionnalisé souvent difficile à déceler à l’échelle individuelle, est source de souffrance (mentale et physique) et agit comme un frein à l’épanouissement personnel, mais aussi professionnel, ce qu’on appelle un plafond de verre. En plus d’être à la source d’un mal-être psychique profond, il peut représenter, pour certaines couches sociales, un véritable danger mortel (violence policière, travailleur·euses exposé·es à des conditions de travail usantes ou risquées…). Le racisme structurel est présent dans toutes les couches de la société, et le monde de la culture ne fait évidemment pas exception. Alors, en ce qui concerne l’enseignement artistique et ses écoles supérieures d’art et design, ce sujet apparaît aujourd’hui crucial : c’est dans ces institutions que se dessine le panorama culturel artistique français de demain, et c’est là que potentiellement se créent les alliances qui seront fécondes pour la suite.
La revue Afrikadaa se propose donc de réaliser un numéro dédié aux écoles d’art et de le faire selon trois axes. La revue sera un espace d’écoute qui recueille des paroles, des expériences, des doutes, des vécus. Elle sera ensuite un lieu d’accueil qui fera de la place, donnera à voir et amplifiera des cris, des luttes invisibilisées ou minimisées. Enfin, elle exposera des pratiques artistiques, des œuvres, des réalisations qui, geste par geste, forme après forme, contribuent à changer la donne.
Dans le cadre de ce hors-série, nous souhaitons donc questionner les discriminations dans les écoles d’art en accompagnant les voix des étudiant·es racisé·es, des professeur.es, des militant·es et des chercheur·euses. Nous souhaitons que cet opus sensibilise les étudiant·es, le corps enseignant et le corps administratif, tant il est important de ne plus être dans le déni mais d’être dans l’écoute, tant il faut prendre conscience de la souffrance de l’autre et surtout mettre en place des actions pour faire évoluer les mentalités et lutter contre ces discriminations. C’est le premier axe qu’Afrikadaa propose : écouter, encourager et soutenir la parole de celles et ceux qui subissent les discriminations, et donc accompagner les personnes qui ont le courage de partager ou de dénoncer des faits, rendre légitime des récits qui ne trouvent pas de lieux pour être formulés.
Le deuxième axe vise à faire d’Afrikadaa le haut-parleur des actions et mobilisations déjà en cours. En effet, on observe chez les étudiant·es une forte prise de conscience, une envie de se questionner, de débattre, afin de faire bouger les choses. Il s’agit de ne plus subir, mais au contraire d’être force de propositions pour lutter contre les discriminations structurelles et systémiques et éradiquer ce fléau qui gangrène nos sociétés. L’antiracisme devient une nouvelle valeur à défendre mais aussi un horizon d’action à revendiquer. Et pour cela des collectifs se créent, des groupes de chercheur·ses se constituent, des séminaires ou des expositions font des propositions… C’est toutes ces initiatives qu’Afrikadaa rassemble et met en perspective.
Enfin, troisième axe, Afrikadaa mettra à l’honneur des œuvres, performances, films, installations, sculptures, poèmes, peintures, actions, etc. qui, d’une façon ou d’une autre, engagent ces problématiques. Page après page, en feuilletant la revue, apparaîtra un paysage de l’art plus divers, inédit, traversant des paysages peu regardés et montrant la vitalité d’une jeune création en train de se faire.
Finalement, ce hors-série d’Afrikadaa pose la question de quelle école d’art nous voulons pour aujourd’hui et demain ? Quelle serait une école d’art où serait enseignée une histoire de l’art plus inclusive, où les étudiant·es, tous·tes les étudiant·es, seraient réellement au centre du projet pédagogique ? Une école d’art qui serait un espace d’émancipation et de refuge pour les étudiant.e.s ? Quels types d’artistes et quels types d’art voulons-nous pour le futur ?
Pour ce faire, nous lançons aujourd’hui un appel à contributions dans toutes les écoles d’art de France. Vos témoignages sont précieux !
Ainsi, en véritable catalyseurs de changement, nous vous invitons à nous envoyer vos essais, articles, photos, œuvres, poèmes, et toutes autres contributions autour de cette thématique.
Les articles libres feront au minimum 600 mots et au maximum 2000 mots (soit entre 2600 et 10 000 signes) et seront fournis en « .doc ». Les images et documents photos doivent être fournis au format JPEG et d’une résolution de 300dpi minimum. Chaque photo doit être nommée avec un titre explicite et accompagnée d’un texte indiquant le titre de l’œuvre, une description technique, l’année de réalisation et le nom du photographe.
Date limite pour la réception des articles et autres éléments : 31 aout 2021
LA FONDATION H : EXIL PARISIEN EN CONVERSATION AVEC MARGAUX HUILLE…
La Fondation H, créée en 2017, par l’homme d’affaires malgache Hassanein Hiridjee, ouvre en 2019 un espace d’expositions à Antananarivo, Madagascar.
En Septembre 2020, la fondation inaugure un nouvel espace en France, à Paris, 24 rue Geoffroy l’Asnier, à deux pas de la Cité Internationale des Arts.
Afrikadaa avait rencontré Margaux Huille, la directrice de la fondation, avant le confinement. C’était l’occasion de découvrir la Fondation H, sa manière de concevoir les expositions, ses projets et objectifs.
L’artiste Maya-Inès Touam est en résidence à la Fondation H – Paris depuis le 1er Mars. Du 19 mai au 6 juin 2021, elle présente dans l’expositionFil d’Exil des œuvres créées in situ. Nous avions évoqué le processus de collaboration, de l’élaboration de l’exposition.
Extrait de l’entretien avec Margaux Huille, directrice de la Fondation H. À paraître dans le prochain numéro d’Afrikadaa, Les Révoltes Silencieuses.
Propos recueillis par Flavien Louh, le 9 Mars 2021. | Temps de lecture 9 min.
Avant de rejoindre la Fondation H, Margaux Huille voyage pendant un an et demi sur le continent africain à la rencontre d’artistes du Sénégal à l’Afrique du Sud. Elle travaille quelques années aux côtés du collectionneur Matthias Leridon et dès 2014 au développement de la foire d’art contemporain 1-54 auprès de Touria El Glaoui.
Flavien Louh : D’où parles-tu ? Quel est ton rôle au sein de la Fondation H ?
Margaux Huille : À la Fondation H, depuis le mois de novembre, je suis en charge de penser et mettre en œuvre le projet global de la fondation c’est-à-dire notamment de nos activités à Madagascar, à Antananarivo, qui est le cœur de la Fondation.
Et puis, je suis responsable de nos activités ici, dans l’espace dans lequel on se trouve, le pôle parisien de la fondation, qui est très récent.
Il a ouvert en septembre 2020. J’essaye de faire en sorte que ces deux lieux se répondent et que les activités vis-à-vis des artistes, du public, soient cohérentes, ambitieuses.
“Chaque expo est différente ici ! On essaye de se donner la liberté de se réinventer à chaque fois, de tester des formats, de voir ce qui marche, ce qui ne marche pas. De penser un lieu un peu plus ouvert à l’expérimentation. De laisser de vraies cartes blanches à des artistes…”
F. L. : Justement comment arrivez-vous à faire ce lien entre ces deux lieux, ces deux capitales ?
M. H. : Déjà c’est très nouveau pour nous ! On expérimente.
La Fondation H a été créée en 2017. Elle est reconnue d’utilité publique depuis 2018 à Madagascar, où on a ouvert un espace début 2019.
Notre espace d’exposition à Madagascar est donc plus ancien. C’est vraiment le cœur de notre identité. Le président de la Fondation H est un homme d’affaires malgache, il vit à Madagascar, sa vie entière est construite là-bas.
Il y a, en étant à Madagascar, un côté insulaire qui rend tout un petit peu plus compliqué, donc le fait de venir ici nous permettait aussi de créer un nouveau souffle pour les projets. D’avoir des points d’ancrage à deux endroits du monde qui puissent se répondre. Ça paraissait juste !
Et l’idée de développer ce deuxième lieu à Paris, qui a ouvert en septembre 2020 donc il y a 6 mois, était de réussir à nous ouvrir à une perspective plus internationale.
Chaque expo est différente ici ! On essaye de se donner la liberté de se réinventer à chaque fois, de tester des formats, de voir ce qui marche, ce qui ne marche pas. De penser un lieu un peu plus ouvert à l’expérimentation. De laisser de vraies cartes blanches à des artistes…
On fait travailler chaque artiste invité à la Fondation H avec un commissaire, un critique, ou encore un écrivain, qui écrit un texte qui accompagnera l’artiste, il n’y a pas de règle, c’est très ouvert.
L’idée est de mettre en contact des artistes avec des auteurs, des gens de l’écrit au sens large…
Pascale Obolo d’Afrikadaa va écrire sur M’barka Amor, qui est l’artiste qui prend le relais après le projet de résidence et d’exposition de Maya-Inès Touam.
La Fondation H est partenaire de la Cité Internationale des Arts avec qui on travaille main dans la main, notamment à travers le Prix Paritana[1] depuis 2016, des projets de résidences, des workshops.
Maya-Inès Touam nous a fait la proposition d’occuper l’espace en résidence pendant un peu plus de deux mois. Cette résidence aboutira à 3 semaines d’exposition. Pour l’expo de Maya-Inès, la Fondation H a proposé à la Cité Internationale des arts de réfléchir à un / une commissaire et Fannie Escoulen, qui est une grande spécialiste de la photographie au niveau international, s’est proposée d’écrire sur le travail de Maya-Inès Touam. Tout cela crée des échanges très riches.
“La Fondation H est malgache, donc on est conscients de la réalité dans laquelle on évolue, et donc de la scène locale malgache. Mais la vocation de la Fondation H est d’être ouverte sur le continent africain dans son ensemble et sur la diaspora, notamment avec notre espace ici, à Paris… L’idée est de pouvoir s’ouvrir à plein de réalités.”
FL : D’ailleurs quel est le lien de Maya-Inès Touam avec Madagascar ?
M. H. : Aucun ! On n’est vraiment pas dédiés à la scène artistique malgache.
La Fondation H est malgache, donc on est conscients de la réalité dans laquelle on évolue, et donc de la scène locale malgache. C’est important et on travaille beaucoup, notamment à Madagascar, avec des artistes malgaches. Mais la vocation de la Fondation H est d’être ouverte sur le continent africain dans son ensemble et sur la diaspora, notamment avec notre espace ici, à Paris… L’idée est de pouvoir s’ouvrir à plein de réalités.
De la même façon, on ne travaille pas exclusivement avec des auteurs d’origine africaine ou de la diaspora. Pour les auteurs et les critiques, on est très curieux de créer des passerelles avec d’autres personnalités, avec des gens qui viennent d’ailleurs, avec un regard tout autre qui peut apporter d’autres choses. On se donne pas mal de liberté dans notre façon de voir les expos qu’on monte et les projets.
Maya-Inès Touam est Franco-Algérienne, elle vit à Paris. Elle nous a fait une proposition qui s’appelle Fil d’Exil où elle travaille sur la migration et l’exil, forcé ou volontaire, de populations d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb vers la France. Elle a un regard sur cette France que l’on voit illustrée ici [une carte de la France créée par l’artiste est présentée, NDLR] qui est un mélange en fait, qui est tellement complexe dans son identité, dans sa culture, du fait de ces migrations.
Il n’y a pas de rapport direct avec Madagascar, même si elle en parle.
“L’artiste Maya-Inès Touam nous a proposé d’utiliser l’espace de la Fondation H à Paris comme un espace de résidence pendant deux mois.”
FL : Les jeudis sont ouverts au public jusqu’à l’ouverture de l’exposition…
M. H. : En fait, c’est très particulier… C’est aussi une expérimentation… L’artiste Maya-Inès Touam nous a proposé d’utiliser l’espace de la Fondation H à Paris comme un espace de résidence pendant deux mois. On a quand même vocation à être tourné vers le public et créer un dialogue avec le public, ici parisien.
Et donc on s’est dit avec elle que ce qui pourrait être intéressant c’est d’ouvrir, une fois par semaine son studio au public, à qui le souhaite. C’est très ouvert, c’est vraiment un jour d’ouverture classique, gratuit, de 11h à 17h, qui permet aux gens qui seraient intéressés aussi de voir la progression du travail d’un artiste.
Par exemple, cette carte qui est devant nos yeux, Maya-Inès Touam est en train de travailler dessus mais la semaine prochaine elle aura une toute autre forme.
Maya est habituée à recevoir du public dans son atelier et ça nous a semblé être une réponse intéressante à ce projet !
Tous les jeudis, il y aura plusieurs choses différentes à voir donc il ne faut pas hésiter à venir toutes les semaines et puis ensuite avoir le plaisir de voir l’exposition finie.
On va aussi beaucoup documenter ce processus de création, poster sur notre site, sur les réseaux sociaux, ce qui permettra de voir l’évolution des différentes pièces qu’elle crée ici, et comment un artiste pense un projet comme celui-là ; comment il le met en œuvre.
FL : Vous avez travaillé avec Joël Andrianomearisoa ou Malala Andrialavidrazana ce qui permet aussi, j’imagine, de toucher beaucoup plus de monde :
M. H. : On n’a jamais travaillé avec Joël sur une exposition entre nos murs. En fait, on l’a simplement, à petite échelle, soutenu sur le mécénat du Pavillon Malgache à la Biennale de Venise en 2019 [c’est le premier pavillon de Madagascar à la Biennale, NDLR].
Mais effectivement Malala, elle, a travaillé avec nous directement ; elle a inauguré l’espace parisien avec une très belle exposition qui s’appelait Les échos du monde [Les échos du monde du 3 septembre au 30 octobre 2020, Fondation H – Paris].
Et oui, effectivement, Malala a une aura qui nous dépasse, et c’était très important, primordial de pouvoir travailler avec une artiste comme elle, qui tout à coup, nous amène toute son expérience, son réseau bien entendu aussi, sa façon de travailler, ses conseils… Malala est ainsi comme la marraine symbolique de la Fondation H – Paris.
“On est le réceptacle qui permet peut-être à cette révolte de toucher un plus grand nombre de gens”
FL : Qu’en est-il des autres artistes moins visibles, le thème du prochain numéro d’Afrikadaa est les révoltes silencieuses : est-ce que ça te parle tout ça, ce genre d’engagement ?
M. H. : Bien sûr, ça me parle !
Des artistes moins visibles… je pense que le plus un joli exemple, c’est la prochaine exposition qu’on va présenter à la Fondation H – Tana, qui ouvrira le 17 avril. C’est un artiste qui s’appelle Tahina Rakotoarivony [Tahina Rakotoarivony : Nofy an-tsary (Rêve imagé), du 17 avril 2021 Au 04 juin 2021, Fondation H – Antananarivo].
Tahina, c’est un très bon exemple de cette notion je pense. C’est une personne qui depuis 20 ans évolue sur la scène culturelle et artistique malgache, qui est extrêmement engagée, qui a créé IS’ART – qui a été pendant ces 20 dernières années la plateforme commerciale la plus visible à Tana – et qui en parallèle a développé une pratique artistique qui lui est propre.
Tahina, c’est un homme qui a réussi contre vents et marées à tenir le cap de ce qu’il pensait être juste…
Il a créé un groupe, il a créé des échanges, il a créé des interactions, il a soutenu financièrement des artistes en vendant leur travail. Ce que lui a fait avec son entourage, avec la scène culturelle à Tana, c’est remarquable !
Mais est-ce silencieux ? Peut-être, je ne sais pas si « silencieux » c’est le bon mot, parce qu’il ne l’est pas, Tahina… C’est silencieux pour nous en fait, à notre regard, à nous.
Quand tu arrives à Tana et que tu commences à explorer la scène locale, c’est omniprésent son mouvement, toutes ces collaborations qu’il a créé.
Donc pour nous, d’inviter quelqu’un comme lui à présenter son travail et une nouvelle série sur le thème de la résilience à la Fondation H – Tana, c’est une façon de mettre en lumière son travail, son investissement sur la scène locale, et peut-être [d’accéder] à un public un peu plus large que celui auquel il est habitué à parler.
Donc ça, à mes yeux, c’est une belle révolte silencieuse… On est le réceptacle qui permet peut-être à cette révolte de toucher un plus grand nombre de gens.
“On a aussi un axe de réflexion sur des thématiques de formations et des modules d’accompagnement…”
Et puis on a aussi un axe de réflexion sur des thématiques de formations et des modules d’accompagnement qui sont plus professionnalisants et qui donnent des cartes concrètes aux artistes, pour pouvoir créer un dossier de présentation… Leur donner éventuellement des contacts ; organiser des lectures de portfolio avec des artistes qu’on invite à la Fondation H…
FL : De plus, vous avez fait des visites virtuelles auprès des écoles… Est-ce amené à se développer de façon pérenne ou est-ce que ça fait partie des expérimentations ?
M. H. : Ça fait carrément partie des expérimentations !
Ces visites-là ont été faites en 2018–2019 parce que la Fondation H était mécène d’une exposition au Musée du Quai Branly qui s’intitulait Madagascar Arts de la Grande Île.
Parce que c’était la première fois depuis plus de 50 ans que l’art malgache était présenté de cette façon là dans un musée international de la stature du Quai Branly, il nous avait semblé important de réussir à créer un lien avec le public local à Tana.
Donc oui l’idée c’est deréussir à pouvoir remettre en place de tels formats.
Aujourd’hui avec nos expositions à nous, on n’en a pas forcément la capacité. L’ampleur de nos expos ne s’y prête pas forcément, cependant on essaye de le faire.
On est mécènes d’une exposition qui fait partie de la Saison Africa2020 qui s’appelle Memoria, récits d’une autre Histoire qui est présentée au Frac Nouvelle-Aquitaine / MECA. Et qui n’a pas pu, hélas, encore ouvrir au public mais qui est accrochée.
On travaille en collaboration étroite avec le FRAC pour justement créer et/ou récupérer du contenu de médiation, mettre en place différents petits modules pour rendre l’exposition qui est à Bordeaux accessible à un public scolaire malgache.
Vues d’exposition de Mémoria : récits d’une autre Histoire
[1] Créé en 2016, le Prix Paritana « soutient la scène artistique malgache (artistes de nationalité malgache ou résidant à Madagascar) en organisant un prix d’art contemporain, remis chaque année à trois artistes ». Le Prix est ouvert à tous les mediums et « encourage le dialogue entre les cultures et rend possible la construction et la diffusion de projets artistiques à Madagascar et à l’international ». De plus, « présidé par Eric Dereumaux, Fondateur de la Galerie RX, le Prix Paritana est soutenu par la Fondation H et Air France. Il est organisé en collaboration avec la Cité internationale des arts et l’Institut Français de Madagascar », indique le site internet. Paritana [EN LIGNE] : https://www.paritana.com/index.php/prix
Dû à la situation sanitaire, les visites du jeudi n’ont pas pu se tenir néanmoins, Maya-Inès Touam a travaillé à partir entre autres, de textiles, d’objets, et de photographies. Son exposition Fil d’Exil est programmée du 19 mai au 6 juin 2021 à la Fondation H – Paris. L’occasion de découvrir son travail dans l’intimité de l’espace parisien.
Maya-Inès Touam Fil d’Exil Exposition du 19 mai au 6 juin 2021 Fondation H – Paris, 24 rue Geoffroy l’Asnier 75004 Paris, France https://www.fondation-h.com/
Tahina Rakotoarivony Nofy an-tsary (Rêve imagé), Exposition du 17 avril 2021 au 4 juin 2021 Fondation H – Antananarivo Immeuble Kube D, Zone Galaxy Andraharo Antananarivo, Madagascar Du lundi au vendredi de 9h à 17h Entrée libre https://www.fondation-h.com/
2016 Création du Prix Paritana, organisé par l’Association PariAfrica. La Fondation H est mécène du Prix
2017 Création de La Fondation H à Madagascar, par Hassanein Hiridjee, PDG d’Axian
2018 La Fondation H est reconnue d’utilité publique à Madagascar Mécène de l’exposition Madagascar : Arts de la Grande Île au Musée du Quai Branly 2019 Ouverture d’un espace d’exposition à Antananarivo, Madagascar Première exposition avec Madame Zo : L’art au quotidien Mécène de Joël Andrianomearisoa pour le Pavillon Malgache à la Biennale de Venise 2019
2020 Ouverture d’un second espace d’exposition à Paris, France Exposition de Malala Andrialavidrazana : Les échos du monde
2021 Mécène de l’exposition Memoria, récit d’une autre Histoire FRAC Nouvelle Aquitaine, Bordeaux Mécène de l’exposition Katia Kameli, Elle a allumé le vif du passé FRAC PACA, Marseille
Expositions (sélection) :
Maya-Inès Touam : Fil d’Exil, du 19 mai au 6 Juin 2021, Fondation H Paris
Tahina Rakotoarivony : Nofy an-tsary (Rêve imagé), du 17 Avril au 4 Juin 2021, Fondation H Antananarivo
Christian Sanna : Chère Embona, du 15 février au 26 mars 2021, Fondation H Antananarivo
Christian Sanna : Lettres à Embona,du 2 décembre 2020 au 23 janvier 2021, Fondation H Paris
Antananarivo Ligne 11, du 19 novembre 2020 au 22 janvier 2021, Fondation H et du 10 mars au 25 avril 2021, Hôtel de Ville, Antananarivo
Malala Andrialavidrazana : Les échos du monde,du 3 septembre au 30 octobre 2020, Fondation H Paris
Matchbox D. : Vices & virtues, du 28 juin au 31 juillet 2019, Fondation H Antananarivo
Madame Zo : L’art au quotidien,du 22 mai au 7 juin 2019, Fondation H Antananarivo
Joël Andrianomearisoa : J’ai oublié la nuit, du 11 mai au 24 novembre 2019, Pavillon Malgache à la 58e Biennale internationale d’art contemporain de Venise May You Live In Interesting Times
Madagascar. Arts de la Grande Île, du 18 septembre 2018 au 1 janvier 2019, Musée du Quai Branly Jacques Chirac, Paris
« Quand la vie devient poids et le moi, sujet aux abois On pense qu’il faut se frayer un chemin, se donner les moyens de réussir, demain, Je sais, pour toi il faut partir mais si partir c’est mourir un peu Partir vers l’inconnu c’est peut-être périr, c’est supporter cet affront qui n’a de réalité que celle du front Pense, pense à ceux qui sont partis hier, qui sont en vie, à ceux qui sont partis qui ont péri… » Les mots de la poétesse Ernis Ernis s’imposent à nos oreilles tandis que, des yeux, on cherche un oiseau, un calao aux couleurs vives, fièrement élevé. Celui-là, il est bleu. Je ne connaissais pas le quartier mais maintenant, je l’éprouve plus que si j’avais fait ma promenade en silence. Depuis avril 2021, il est possible d’apercevoir des calaos colorés en résine perchés dans les rues du quartier de la Goutte d’Or, dans le XVIIIe arrondissement. Ils sont l’initiative du Cercle Kapsiki, un collectif d’artiste créé en 1998 à Douala, au Cameroun, du collectif Mu, de l’institut des cultures d’Islam (ICI) et ce, en partenariat avec la Cité internationale des arts. L’institut des cultures d’islam se situe au cœur du quartier de la Goutte d’or. Il s’agit d’un lieu ouvert à tous dont le but est de faire connaître la diversité des cultures d’Islam contemporaines dans le monde. l’ICI veut valoriser l’héritage de ces civilisations trop peu connu. C’est un lieu d’échange, de dialogue, qui touche un large public. L’ICI accueille actuellement l’exposition « Zone Franche » dans le cadre de la saison Africa 2020. Cette installation a été réalisée dans le cadre d’un appel à projet lancé en 2019 : « embellir Paris », visant à agrémenter les espaces urbains. Les artistes Hervé Yamguen et Hervé Youmbi, membres du cercle Kapsiki,
ont donc effectué une résidence de trois mois à la villa Belleville afin de donner vie à ce projet singulier. Il ne s’agit pas seulement de servir la ville dans un but purement esthétique, cette installation questionne la place de l’art dans l’espace urbain. Chaque oiseau, géniteur d’une nouvelle expérience multi sensorielle. On marche dans la rue. Chaque silence, une respiration, avant de se retrouver bercé par le chant des oiseaux. Nos pas s’arrêtent devant un calao de couleur, se détachant du paysage urbain. Mais tout continue à vivre autour de nous, la ville s’anime tandis que nous écoutons les mots qui nous sont confiés. Le projet artistique est nommé « Les Fables de Calao », cette idée d’histoire qui nous est contée, on la retrouve effectivement alors qu’on navigue dans la ville. S’agit-il même peut être d’une transmission. Afin d’accéder aux enregistrements, il faut se munir de son téléphone portable ainsi que d’un casque ou d’une paire d’écouteur. Une histoire nous est alors contée, au fur et à mesure qu’on avance dans la ville. Chacun se retrouve seul avec le son dans ses oreilles. On marche donc dans la ville en cherchant l’oiseau totem, le point de repère, comme si l’animal allait prendre vie et nous conter une histoire. Un Calao est un oiseau, un thème important dans cette installation. En effet, on peut par exemple entendre les chants des espèces présentes à Paris, mais aussi des calaos à becs rouges. Ici, le Calao se dresse comme un symbole fort de l’art africain, il nous apparaît comme un guide, un totem s’élevant dans les airs pour nous guider. Une puissance spirituelle. Il se détache d’un environnement auquel il n’appartient pas naturellement et s’impose gracieusement. Il s’agit également de célébrer une diversité, celle des cultures présentes dans le quartier où s’étend l’expérience. C’est pour cette raison que les différents enregistrements qu’il nous est donné à entendre ont été récoltés dans ce quartier multiculturel de Château Rouge Barbès mais aussi dans la ville originaire du collectif « Le cercle Kapsiki » : Douala, au Cameroun.
La ville est un espace bien singulier pour une installation, déjà sursaturée de signes. Dans un espace urbain, on marche vite. On suit les signes, comme des automates. Un panneau stop, un passage piéton. Le feu est rouge. Il devient vert. Un calao, ça signifie quoi ? Je vois l’oiseau, et je m’évade ? Quel est ce nouveau signe à assimiler ? En réalité, cette installation nous invite et nous incite à marcher, à nous promener ou plutôt à flâner. Nous intégrons la figure du flâneur de moins en moins répandue dans des villes moins adaptées à ce genre d’activités anormalement lentes pour un espace urbain C’est une autre façon d’aborder l’art. Le sortir de l’espace autoritaire de la galerie. Espace qui peut en décourager plus d’un, c’est la galerie qui vient à eux. Et ce genre d’initiative prend tout son sens dans la situation sanitaire actuelle. Beaucoup de lieux culturels et de rencontres ont vu leurs portes se fermer. En 2021, flâner dans la rue et se laisser conter des histoires prend une tout autre dimension. Alors que certains espaces de monstration se retrouvent fermés au public, nous avons pris l’habitude de sortir moins, uniquement pour ce qui est nécessaire, mais certainement pas pour flâner. Ce type d’installations au sein même de la ville, peut être perçu comme une respiration, pour la culture. Le calao, un oiseau porte bonheur. Voir des oiseaux aussi colorés dans une ville meurtrie par une situation compliquée, est peut-être, en réalité, porteur d’espoir.
Assya AGBERE, née le 1er Novembre 2002 est étudiante à la Haute Ecole des Arts du Rhin à Mulhouse depuis 2019.
Ma candidature s’est retrouvée au cœur de la polémique du Mémorial en hommage aux esclaves, dont le cahier des charges imposait l’inscription des 200 000 noms attribués aux nouveaux affranchis. Avec 10 experts[1], j’ai rédigé, pas moins de quinze pages démontrant mes réserves à voir ces noms exposés, ce qui aurait nécessairement oblitéré à jamais notre origine africaine. Le risque alors était que ce projet pouvait également attiser de nouvelles tensions.
Ma proposition consistait en partie à renommer cette liste par des noms africains en impliquant des milliers de scolaires. Cette performance sonore aurait permis, à l’échelle nationale, de rappeler l’interdépendance entre la France et l’Afrique ; réalité généralement peu comprise ou peu connue.
L’appel des Tuileries revenait à du pur tokenism, à savoir, un simple faire-valoir pour taire tout débat sur la nécessaire reconnaissance des Afro-descendants au sein de la République.
A travers l’inscription des noms administrés, la France aurait donné l’image d’un pays qui se dédouane rapidement de ses crimes passés d’une part et de son obligation à rectifier le discours national, ce qu’exigent plusieurs associations.
Si la France a un problème avec son passé esclavagiste, il n’en demeure pas moins qu’il nous revient à nous, arrière-petits-fils d’esclaves, de prendre les rênes pour sortir des discours sclérosés et des visions assimilationnistes qui nous divisent.
Les études culturelles internationales au sens large, doivent nous servir. La contribution de la France sur les questions décoloniales, reste trop infime, ce qui va même jusqu’à provoquer une certaine gêne chez nos compatriotes qui expérimentent à l’étranger, un autre modèle de diversité pleinement épanouie. Sans faire du French Bashing, notre pays n’a pas toujours bonne presse, hors frontières, du fait même du décalage entre ses velléités symboliques à reconnaître son passé sombre –surtout à l’approche des présidentielles- et les réalités du terrain, notamment pour les banlieues et les ultramarins. L’hypercentralisation des discours ne passe plus pour des compatriotes basés loin de Paris ou qui excellent hors de France.
Il convient d’éviter l’éradication de toute trace africaine : notre héritage s’est déjà vu confisquer notre filiation, religion et patronymes africains. Que je m’appelle « Ferly » ou « Tartampion » ne doit pas faire de moi un être qui valorise aveuglément un nom imposé. Ce serait renier doublement mes aïeux, lesquels à leur arrivée d’Afrique, portaient un nom à haute valeur symbolique et une traçabilité protégée par les griots, ces experts de la généalogie au sein de la tribu. C’est cela qu’il nous faut réparer aujourd’hui et non faire allégeance à des noms « francisés, christianisés » imposés souvent dans l’irrespect le plus cru: « Gros-Désir , Blanc, Clitoris… ».
Le terme « Afro-Américains » replace l’apport des Africains dans la construction même des Etats-Unis. Des célébrités qui par la force du métissage, ont aujourd’hui la peau très claire, sont fières de revendiquer leur lien à l’Afrique, et de vanter le « Black is Beautiful » loin de toute forme de honte. La célébration des noms à Paris, aurait entrainé peu-à-peu, la disparition de cette part identitaire africaine de nos familles, lesquelles se « blanchissent » inéluctablement par le biais des rencontres amoureuses et des migrations forcées. L’esclavage français se serait alors très vite réduit à un épiphénomène au sein du discours national de cette ancienne puissance coloniale, laquelle n’aurait eu que 200 000 noms à commémorer. Pour une question mémorielle, nous sommes loin du compte ! Sur tout sujet sensible, il convient d’être prudent et de ne pas se tromper de débat. Les réactions épidermiques pour le maintien des noms de 1848, traduisent un manque de réflexion au sein de la société pour adopter une position consensuelle porteuse de sens pour les générations futures.
A l’inverse des USA, où les lobbies ont œuvré durement, la France échappe à l’étiquette d’ancien pays esclavagiste dans l’imaginaire collectif.
Dire que l’on est « Afro-descendant », c’est pourtant bien rappeler le crime contre l’humanité au quotidien, surtout que celui-ci perdure. Cette inscription au sein même du langage EST un acte mémoriel pour les Africains déportés. Cela n’a rien d’hypocrite, ne coute pas 1 million d’€ et évite à plusieurs millions de personnes, des souffrances psychologiques causées par l’aliénation à se croire ce qu’elles ne sont pas. Si un enfant demandait la définition d’un « Afro-Franco-Caribéen », il obtiendrait nécessairement la référence à l’esclavage, système sur lequel repose l’actuel système libéral. En effaçant toute trace à l’Afrique, ce mémorial contribuait pernicieusement, à réduire l’ampleur du crime à une stèle érigée sur 300m2 au fond d’un parc parisien. Pire, il faisait primer l’acte de « résurrection » des Africains en citoyens français. La France joue sur l’ambiguïté du fait que l’esclavage n’a pas eu lieu en Hexagone. Ainsi, la jeunesse Française associe l’esclavage principalement aux USA, sans se sentir concernée par cette histoire. Idem pour les grandes familles dont la fortune repose sur l’esclavage, directement ou indirectement. L’éloignement géographique ne facilite pas l’ancrage de ce pan de l’histoire au sein des consciences nationales. Ce qui est doublement criminel.
Le CM98 a opéré un travail remarquable de filiation pour les familles Afro-descendantes, en besoin de réponses sur leur lignée. Cependant, ces heures de collecte et de mise en valeur des noms attribués à nos ancêtres Africains, doivent se célébrer dans la cellule familiale et communautaire sur le sol où a sévi l’esclavage : l’exemple du Morne-Mémoire de la commune des Abymes en Guadeloupe est, tout comme la Whitney Plantation aux USA, très pertinent.
Par contre, l’insistance du CM98 à vouloir ériger la liste de ces noms dans la capitale, traduit à la fois un conflit générationnel –mimétisme du Schœlcherisme- et une méconnaissance de l’avancée des travaux universitaires des descendants d’esclaves à travers le monde, lesquels pointent du doigt grandement la France et son principe d’assimilation. Citer Stuart Hall et Glissant sans appliquer leur propos ne sert à rien.
Il m’a été rapporté que ma candidature a fortement été remarquée par le jury, lequel aurait même envisagé ma proposition pour la pré-sélection qui retenait 5 candidats sur 80. Pourtant, je remettais en question la validité de ce mémorial que j’envisageais formellement de réformer.
Ma structure L’Artocarpe, promeut l’art contemporain depuis 2009. Nous menons sur l’international, des réflexions de laboratoire intitulées A. CURE : Alternative curating. L’idée est de repenser (et re-panser) certaines pratiques curatoriales des créations des Afro-descendants, lesquelles sont parfois des vrais remèdes (cure en anglais) contre l’arrogance de ceux qui s’octroient le droit de parler en notre nom.
Une exposition rétrospective de l’artiste Jean-Michel Basquiat au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris en 2010 m’a fait prendre conscience de l’inconvénient à manquer de diversité: trois commissaires –tous Français « blancs »- présentaient l’artiste, sans aucune expertise biographique. Ils n’ont pas su identifier un portrait pictural titrant « VNDRZ » alors qu’il renvoyait à l’un des plus grands photographes noirs de Harlem: (James) Van Der Zee. De tels exemples font légion !
Malgré l’indélicatesse de la part de la plateforme du concours des Tuileries à couper tout échange avec les postulants depuis Octobre 2020 ; malgré deux mois de travail non payés pour toute mon équipe qui a cru en mon projet, je me réjouis de l’abandon de cet appel, retransmis par la presse lundi dernier. Cela prouve bien que l’art et les artistes sont à même de faire avancer les débats qu’un tel mémorial sous-tend, et ce au plus haut niveau!
Il manque une sensibilisation auprès de tous les publics et pas uniquement avec le CM98 qui semble avoir été la seule association consultée. Durant le confinement de mars 2020, j’interpellais une responsable de la Culture au Conseil départemental de Guadeloupe au sujet des travaux d’agrandissement du Musée Schœlcher de Pointe-à-Pître, lequel me semblait devenir inapproprié. Quelques jours après mon message, se sont tenus les déboulonnages des statues de Schœlcher en Martinique et dans plusieurs pays du monde. Il convient donc d’entendre les artistes qui sont bien plus que des simples « plasticiens » : leurs œuvres reflètent souvent le pouls social ambiant…
En poursuivant ce mémorial, l’Etat allait à la discorde mais surtout au ridicule. J’ai le souvenir de l’emplacement d’une église sur le site mémoriel de Gorée au Sénégal : les Afro-Américains refusaient d’y entrer et allaient même jusqu’à cracher à la porte en signe de colère contre le pouvoir religieux complice.
Sémiologiquement le message envoyé par un mémorial célébrant la mémoire des Africains à travers des noms français, revenait à la glorification de l’entreprise coloniale et donc des bienfaits de la colonie, ce que des lobbies Afro-Américains ainsi que nos jeunes -qui à juste titre, ont soif de justice sociale-, n’auraient pas laissé passer.
Malcom Little n’a pas pris son nom de Malcom X par hasard… Il envoyait un message clair à la postérité d’une nécessaire mise à distance avec toute entreprise esclavagiste, coloniale y compris leur rhétorique. Mieux vaut sacraliser la dépouille d’un esclave inconnu ; ce qu’à mon sens, un tel mémorial –voire également, le Mémorial ACTe (MACTe)- auraient dû faire.
Il y a des années, alors que je lui demandais de s’exprimer sur une déclaration de la Commission for Racial Equality, laquelle invitait la communauté noire de Grande-Bretagne à « s’intégrer », l’illustre Stuart Hall m’a lancé: « No surrender[2] ! » en me faisant bien comprendre notre droit à rester nous-mêmes (Afro-descendants) sans jamais laisser quiconque remettre en cause notre Africanité. C’est aussi le message Glissantien, qui prône la reconnaissance d’une diversité sans devoir se fondre dans un moule formaté. Il est temps de repenser ce mémorial collectivement car le CM98 faisait ici, fausse route. Les artistes ont une véritable carte à jouer en termes de propositions et d’apports en connaissances… Quant à la France, elle a tout à gagner en matière de revalorisation de son image sur l’international, en prenant en compte la voix des artistes, surtout en ce qui concerne cette importante et incontournable question mémorielle.
Le Moule, Guadeloupe – 10 mars 2021
Joëlle Ferly
Artiste et Fondatrice de L’Artocarpe, contemporary art contemporain (depuis 2009).
“L’Etat français allait au ridicule” : L’artiste guadeloupéenne, Joëlle Ferly, qui elle non plus n’a pas été retenue pour son projet, partage néanmoins les réticences du ministère de la Culture. « La raison pour laquelle je ne souhaitais pas voir les noms recueillis par le CM98 est que la lecture de ces derniers n’aurait jamais eu la même résonnance qu’en Guadeloupe, où la présentation des listes de noms avait été acheminée dans les diverses communes qui accueillaient l’exposition itinérante. Le travail du CM98 est remarquable, mais cela reste un travail d’archives avec lequel toute famille concernée doit conserver une juste distance. Sacraliser l’injure ne rime à rien ! », affirme-t-elle dans un communiqué. Et l’artiste d’ajouter, « en affichant des noms aussi barbares que « Mme Vulgaire », « Mme Gros Désir » ou « Clitoris » , l’Etat français allait droit au ridicule vis-à-vis de l’international, bien plus avancé sur la question sociale post-esclavagiste. »
L’artiste conclut son communiqué en revenant sur son projet, comme pour mieux le défendre dans ce moment de polémique sur les noms d’esclaves. « Ma proposition prenait donc le contre-pied du cahier des charges en renommant les 200 000 patronymes imposés, par des noms africains qui auraient été recherchés par tous les scolaires de France ! Ainsi, cela aurait forcé les jeunes à mieux saisir l’aspect spirituel contenu dans la nomination d’un individu, ce qui n’a jamais été le propos de l’administration coloniale, affairée à dresser au plus vite les registres d’états-civils des esclaves affranchis. Ma performance aurait été à l’échelle nationale et le mémorial aurait été partiellement inscrit dans toutes les mémoires des petits Français. Je le souhaitais comme une révolution de l’intérieur, qui contribuait alors au processus de changement des mentalités ».
“Les noms ou rien”: L’association CM98, qui milite pour la réhabilitation et la défense de la mémoire des victimes de l’esclavage colonial, est en profond désaccord avec cette approche et défend ardemment la publication des noms. « Le fait de mettre ses noms à la postérité, c’est je crois une réparation symbolique majeure, qui indique que la France reconnait avoir fait l’esclavage, que c’est un crime contre l’humanité […] Nous avons trouvé des noms qui sont effectivement péjoratifs, c’est justement là qu’on va pouvoir dire que cel a été fait par la France. Quand on parle de crime contre l’humanité, c’est qu’il y a un crime contre l’humain. Le crime contre l’humain, c’est celui-là, que cette origine-là, nous en ayons honte, que nous n’arrivons pas à la porter… C’est l’inverse qui doit arriver, c’est les autres qui doivent dire : ‘nous avons fait un crime, nous nous repentons sur ce crime’. C’est essentiel », affirme Emmanuel Gordien, président de l’association CM98. Ecoutez-le, interviewé par Tiziana Marone :
Mercredi dernier, des représentants du CM98 ont été reçus à la présidence de la République, indique le journal France Antilles.« Si la volonté du président de la République, a été clairement réaffirmée, en revanche, aucun calendrier n’a été clairement précisé sur la sélection des candidats et surtout de l’œuvre. Suite à cet entretien nous n’avons pas d’après nous l’assurance formelle de voir graver les noms de nos aïeux sur ce monument », affirme Josely Bonnet Dorothée, secrétaire du CM98.
[1] Dont le jeune architecte Etienne Roussas et le cabinet de l’architecte Emile Romney, L’Historien Claude Hoton, L’auteur Guy Lafages, Le styliste Jean-Marc Benoit, Le commissaire d’exposition Olivier Marboeuf (Un lieu Pour Respirer – ex espace Khiasma), La chargée de mission Fabienne Pourtein (Maison des Suds), Le cabinet d’étude SOW CSP, L’expert en MO, Mr Olivier Maes, La Fondation Fore et Le Dr Henry Joseph (Phytobokaz).
Mous Lamrabat, « Fresh from the garden of compton », 2019. Courtesy Loft Art Gallery
Pour sa première édition à Paris, la foire d’art contemporain 1-54 s’invite chez Christie’s
La foire 1-54 Contemporary African Art Fair consacrée à l’art contemporain d’Afrique et de sa diaspora s’est installée dans le paysage artistique et est devenue, en quelques éditions, incontournable. Depuis 2013, 1-54 officie à Londres, New York et plus récemment Marrakech. Avec les restrictions dues à la situation sanitaire, le choix a été fait de s’installer à Paris plutôt qu’à Marrakech.
Pour cette mouture parisienne, 1-54 et Christie’s s’associent à nouveau fortes de leur expérience londonienne. La foire créée par Touria El Glaouia l’ambition de répondre à un besoin de plateforme et de lieu de rencontre entre artistes, collectionneur.euse.s, professionnell.e.s, et public. Son nom, en référence aux cinquante-quatre pays du continent africain, est synonyme de qualité. Qu’en est-il pour cette édition très spéciale ?
Face aux restrictions dues à la Covid-19, la foire fait escale à Paris avant de retourner, très prochainement espérons-le, sur le continent africain décidément en manque d’offres. 1:54 peut s’enorgueillir d’étoffer l’offre de la Saison Africa 2021 (anciennement 2020). Respect des mesures barrières et de distanciation, du gel et des masques à disposition ainsi que des visites sur réservation d’un créneau horaire, sont de mise pour assurer le bon déroulement de l’événement.
Beaucoup de valeurs sûres, de (re-)découvertes et quelques artistes émergents sont au menu.
Le confinement source d’inspiration :
Le confinement, l’isolation, sont, pour certain.e.s artistes des moments propices à la création au quotidien, la révélation de l’intime et des éléments constituant nos sociétés, à l’image de Nu Barreto ou des autoportraits de Didier Viodé. Ou quand les œuvres se font journaux intimes et carnets de voyage intérieur.
Nú Barreto, Traços Diário 3, 2020. Courtesy Galerie Nathalie Obadia
Ainsi, nous retrouvons les œuvres de Nu Barreto, qui intègre peintures, photographies, textiles, dessins, et symboles forts au service de narrations multiples et diverses. L’artiste porte une attention particulière à la notion d’espace. Oeuvres magistrales, théâtres de scènes de vie où les drapeaux montrent toute leur force symbolique et évocatrice, se font sculptures ou installations.
Pendant le confinement l’artiste dessine quotidiennement explorant l’idée d’intérieur et d’extérieur, la dualité et la complémentarité qui y a trait, non sans humour. Adam et Eve se retrouvent ainsi confinés à l’intérieur d’une bouteille.
Les masques ne sont pas en reste avec, par exemple, Pascale Marthine Tayou ou Emo de Medeiros. Le premier revient avec humour sur les masques sociaux, sociétaux, leur fonction cathartique, des doubles masques en bois et en verre accompagnés de miroirs. Le second crée des œuvres interactives aux formes futuristes avec des led reprenant le système de divination du Fa.
Des œuvres de qualité :
La galerie 127 spécialisée dans la photo, la montre sous toutes ses coutures. La trame est apparente chez Fatima Mazmouz, Carolle Benitah intervient sur ses images avec de l’or ou de la broderie de soie, MoBaala crée de fascinants collages sur papier avec de la gouache et narre de nouvelles mythologies, Dada n’est pas loin. Le texte et la poésie se mêlent aux images à l’instar de la photographie de Sara Imloul créatrice de nouvelles images d’archives ou encore Mouna Saboni abordant les thématiques de territoires et frontières, de rapport à la nature et écologie, d’exils et d’identités, au travers de portraits, de paysages ou de tableaux où la photographie vernaculaire rencontre la poésie.
Mo Baala, « UNDER THE RAIN », 2020, Collage and drawings, 1 work of 28 pieces of 15 x 20 cm. Courtesy of Galerie 127.
Les œuvres mixed-media de Joana Choumali tiennent le haut du pavé de ce 1-54 Paris, à la Gallery 1957 et à la Loft Art Gallery (le travail est présenté sous la forme d’une vidéo). La force des photographies est soutenue par la broderie où l’acte et la gestuelle ont une portée métaphysique ou thérapeutique.
Autre sensation de la foire, Roméo Mivekannin reprend dans ses dimensions originales Le Radeau de la Méduse, avec son visage en lieu et place de ceux des protagonistes. C’est une des œuvres les plus marquantes, témoin s’il en est de la capacité des artistes, galeries et foire de proposer des œuvres monumentales comme des formats plus petits. Roméo Mivekannin réinterprète des classiques et propose aussi des portraits, retour à ses premiers amours…
Luttes, résistances, réappropriation – de l’espace, du corps, d’œuvres ou de l’Histoire – sont les ingrédients de son œuvre présentée chez deux galeristes Éric Dupont et Cécile Fakhoury. Cette dernière montre également des artistes ivoiriens tels Ouattara Watts ou Jems Robert Koko Bi qui offrent chacun une vision des relations à nos semblables, aux autres et au cosmos. Nous nous élevons.
Joana Choumali, « WE SHOULD HAVE NEVER STOPPED SWINGING », Series Alba’hian, 2020
Mixed media, embroidery and collage manual on digital photo printing on cotton canvas embroidery on chiffon and tulle over cotton. Gallery 1957
L’œuvre extrêmement documentée de Sue Williamson chez Dominique Fiat prolonge l’expérience de l’exposition de l’artiste entre les murs de la galerie. L’Apartheid, la ségrégation et le racisme comme le traitement des corps noirs sont les thématiques explorées par Williamson. Des photographies d’archives, issues de brochures de tourisme, sont entourées de plaques de métal alors que des harnais, des barbelés, des chaînes et des fils les couvrent. Classification, uniformisation, chosification… Le discours sur les Hottentotes, Zulus, Bantous ou Xhosa renvoie aux heures les plus sombres de l’humanité.
Marie-Claire Messouma Manlanbien propose au travers d’objets et de médiums hétéroclites, pour le moins en apparence : raphia, coquillages, jouets, grattoirs, filets, cheveux, minéraux, métaux pour créer et révéler hybridations, créolisations et syncrétismes.
Ses œuvres illustrent les relations complexes entre formes, objets, concepts et êtres vivants, s’inspirant notamment des pratiques traditionnelles Akans (Côte d’Ivoire, Ghana…), puisant dans la culture populaire et questionnant la notion de féminin.
Larry Amponsah, lui, pense la fabrique de l’image, son impact, sa production, son sens, sa puissance, en particulier en ce qui concerne les narrations sur les noirs, la tendance à uniformiser les expériences et in fine masquer certaines trajectoires. Ici aussi le remix, le collage, la rencontre entre analogue et digital, rendent comptent des hybridations, connexions de nos sociétés, modes de vies, cultures et individualités.
Larry Amponsah, « The Thinker In Pursuit », 2020. Courtesy 50 Golborne.
Chez Anne de Villepoix, la star de la NBA, Lebron James est un des modèles de l’artiste Noel Anderson qui tisse des tapisseries jacquard autour de la figure de l’homme noir, de l’icône, de la célébrité, évoquant l’Histoire (coton en référence au commerce triangulaire) ou les constructions sociales. Le glitch ou bug de l’image rapproche ce savoir-faire millénaire de l’ère digitale. L’un des titres, Struggle for Blak Geometry 2,fait penser au livre de Harvard Sitkoff*, The Struggle for Black Equality : 1954-1992[1], retraçant les luttes pour les Droits Civiques et revenant sur les figures du Mouvement. Nombre de personnalités dans le sport notamment se sont mobilisés dans les luttes antiracistes et pour Black Lives Matter ces dernières années.
Noel Anderson, « Struggle for Black Geometry 2 », 2020. Courtesy Galerie Anne de Villepoix.
Au détour de la Loft Art Gallery nous croisons la pop éclatante de Mous Lamrabat face aux diptyques de M’Hammed Kilito qui lui aussi a un œil pour la couleur et la lumière. Les visages sont d’une beauté et d’une force inouïes.
M’Hammed Kilito, « Tilila » (détail), 2018-2019, 60 x 80 cm – Ed ⅖. Courtesy Loft Art Gallery.
Avec Maximum Sensation au stand de la galerie Wilde, l’artiste pluridisciplinaire Mounir Fatmi s’intéresse à la rencontre des cultures. Des tapis de prière remplacent le grip des planches de skate. Ce geste procédant de la désacralisation est un choix intéressant, judicieux même tant il peut apporter aux débats actuels. Comme souvent les idées de cycles et de répétitions sont présentes et Fatmi est en conversation avec les tapisseries de Delaunay ou encore Le Corbusier.
Mounir Fatmi, « Maximum Sensation », 2010. Courtesy Wilde
D’excellentes surprises donc, des choses plus attendues et de la qualité. Outre les artistes, Omar Ba, Barthélémy Toguo ou Leïla Alaoui, nous découvrons Cristiano Mongovo, Delphine Desane, Botchway Kwesi ou encore Fouad Hamza Tibin et retrouvons Prince Gyasi dont les photographies ne laissent pas indifférent.
Special Project :
Pour le Special Project l’organisation à but non lucratif Azé s’est associée aux galeristes André Magnin et Emmanuel Perrotin et présente une installation du sculpteur Efiaimbelo, ALOAO, qui propose un trait d’union entre les pratiques de ses ancêtres liées aux mythes, croyances et forces, l’Histoire et la pratique artistique contemporaine au travers des aloaos.
Efiaimbelo, ALOAO. Courtesy Azé, André Magnin et Emmanuel Perrotin.
Efiaimbelo, ALOAO. Courtesy Azé, André Magnin et Emmanuel Perrotin.
Avec des œuvres fortes et un public réceptif, le Paris de Touria El Glaoui créatrice et initiatrice de la foire 1-54 semble réussi. Reste à voir quelle direction donner à ce nouveau chapitre au vu de l’offre pléthorique de la capitale en d’autres temps, et du besoin d’événements sur le continent africain
Le virage du numérique amorcé :
Renforçant sa présence en ligne, la foire 1-54 profite d’un partenariat avec Artsy et des sites des 19 galeries présentes et de Christie’s qui donnent la possibilité de voir et d’acquérir les œuvres.
De plus, disponible en podcast tout au long du mois de février, 1-54 Contemporary African Art Fair, propose un ensemble de conférences organisées par LE 18, Marrakech, intitulées Crafting wor[l]ds: for a vernacular economy of art le Forum 1-54 qui s’interroge, entre autres, sur le rôle que peut jouer l’artiste dans un monde en crise.
Le numérique renforce sa position d’outil incontournable et complémentaire.
La matérialité des œuvres, les émotions et les sensations face à elles, restent difficilement remplaçables, nous en voulons pour preuve l’engouement suscité par cet événement.
Le Paris de Touria El Glaoui créatrice et initiatrice de la foire 1-54 semble réussi et combler les attentes de son public,des collectionneur.euse.s comme des galeries.
Flavien LOUH
[1] Harvard Sitkoff, “The Struggle for Black Equality : 1954-1992”, Hill & Wang, 2005 (1ère éd. 1er Juillet 1981)