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Le Paris de 1-54 chez Christie’s

Mous Lamrabat, “Fresh from the garden of compton”, 2019. Courtesy Loft Art Gallery

Pour sa première édition à Paris, la foire d’art contemporain 1-54 s’invite chez Christie’s

La foire 1-54 Contemporary African Art Fair consacrée à l’art contemporain d’Afrique et de sa diaspora s’est installée dans le paysage artistique et est devenue, en quelques éditions, incontournable. Depuis 2013, 1-54 officie à Londres, New York et plus récemment Marrakech. Avec les restrictions dues à la situation sanitaire, le choix a été fait de s’installer à Paris plutôt qu’à Marrakech.

Pour cette mouture parisienne, 1-54 et Christie’s s’associent à nouveau fortes de leur expérience londonienne. La foire créée par Touria El Glaouia l’ambition de répondre à un besoin de plateforme et de lieu de rencontre entre artistes, collectionneur.euse.s, professionnell.e.s, et public. Son nom, en référence aux cinquante-quatre pays du continent africain, est synonyme de qualité. Qu’en est-il pour cette édition très spéciale ?

Face aux restrictions dues à la Covid-19, la foire fait escale à Paris avant de retourner, très prochainement espérons-le, sur le continent africain décidément en manque d’offres. 1:54 peut s’enorgueillir d’étoffer l’offre de la Saison Africa 2021 (anciennement 2020). Respect des mesures barrières et de distanciation, du gel et des masques à disposition ainsi que des visites sur réservation d’un créneau horaire, sont de mise pour assurer le bon déroulement de l’événement.

Beaucoup de valeurs sûres, de (re-)découvertes et quelques artistes émergents sont au menu.

Le confinement source d’inspiration :

Le confinement, l’isolation, sont, pour certain.e.s artistes des moments propices à la création au quotidien, la révélation de l’intime et des éléments constituant nos sociétés, à l’image de Nu Barreto ou des autoportraits de Didier Viodé. Ou quand les œuvres se font journaux intimes et carnets de voyage intérieur.  

Nú Barreto, Traços Diário 3, 2020. Courtesy Galerie Nathalie Obadia

Ainsi, nous retrouvons les œuvres de Nu Barreto, qui intègre peintures, photographies, textiles, dessins, et symboles forts au service de narrations multiples et diverses. L’artiste porte une attention particulière à la notion d’espace. Oeuvres magistrales, théâtres de scènes de vie où les drapeaux montrent toute leur force symbolique et évocatrice, se font sculptures ou installations.

Pendant le confinement l’artiste dessine quotidiennement explorant l’idée d’intérieur et d’extérieur, la dualité et la complémentarité qui y a trait, non sans humour. Adam et Eve se retrouvent ainsi confinés à l’intérieur d’une bouteille.

Les masques ne sont pas en reste avec, par exemple, Pascale Marthine Tayou ou Emo de Medeiros. Le premier revient avec humour sur les masques sociaux, sociétaux, leur fonction cathartique, des doubles masques en bois et en verre accompagnés de miroirs. Le second crée des œuvres interactives aux formes futuristes avec des led reprenant le système de divination du Fa.

Des œuvres de qualité :

La galerie 127 spécialisée dans la photo, la montre sous toutes ses coutures. La trame est apparente chez Fatima Mazmouz, Carolle Benitah intervient sur ses images avec de l’or ou de la broderie de soie, MoBaala crée de fascinants collages sur papier avec de la gouache et narre de nouvelles mythologies, Dada n’est pas loin. Le texte et la poésie se mêlent aux images à l’instar de la photographie de Sara Imloul créatrice de nouvelles images d’archives ou encore Mouna Saboni abordant les thématiques de territoires et frontières, de rapport à la nature et écologie, d’exils et d’identités, au travers de portraits, de paysages ou de tableaux où la photographie vernaculaire rencontre la poésie.

Mo Baala, “UNDER THE RAIN”, 2020, Collage and drawings, 1 work of 28 pieces of 15 x 20 cm. Courtesy of Galerie 127.

Les œuvres mixed-media de Joana Choumali tiennent le haut du pavé de ce 1-54 Paris, à la Gallery 1957 et à la Loft Art Gallery (le travail est présenté sous la forme d’une vidéo). La force des photographies est soutenue par la broderie où l’acte et la gestuelle ont une portée métaphysique ou thérapeutique.

Autre sensation de la foire, Roméo Mivekannin reprend dans ses dimensions originales  Le Radeau de la Méduse, avec son visage en lieu et place de ceux des protagonistes. C’est une des œuvres les plus marquantes, témoin s’il en est de la capacité des artistes, galeries et foire de proposer des œuvres  monumentales comme des formats plus petits. Roméo Mivekannin réinterprète des classiques et propose aussi des portraits, retour à ses premiers amours…

Luttes, résistances, réappropriation – de l’espace, du corps, d’œuvres ou de l’Histoire – sont les ingrédients de son œuvre présentée chez deux galeristes Éric Dupont et Cécile Fakhoury. Cette dernière montre également des artistes ivoiriens tels Ouattara Watts ou Jems Robert Koko Bi qui offrent chacun une vision des relations à nos semblables, aux autres et au cosmos. Nous nous élevons.

Joana Choumali, “WE SHOULD HAVE NEVER STOPPED SWINGING”, Series Alba’hian, 2020 Mixed media, embroidery and collage manual on digital photo printing on cotton canvas embroidery on chiffon and tulle over cotton. Gallery 1957

L’œuvre extrêmement documentée de Sue Williamson chez Dominique Fiat prolonge l’expérience de l’exposition de l’artiste entre les murs de la galerie. L’Apartheid, la ségrégation et le racisme comme le traitement des corps noirs sont les thématiques explorées par Williamson. Des photographies d’archives, issues de brochures de tourisme, sont entourées de plaques de métal alors que des harnais, des barbelés, des chaînes et des fils les couvrent. Classification, uniformisation, chosification… Le discours sur les Hottentotes, Zulus, Bantous ou Xhosa renvoie aux heures les plus sombres de l’humanité. 

Marie-Claire Messouma Manlanbien propose au travers d’objets et de médiums hétéroclites, pour le moins en apparence : raphia, coquillages, jouets, grattoirs, filets, cheveux, minéraux, métaux pour créer et révéler hybridations, créolisations et syncrétismes.            

Ses œuvres illustrent les relations complexes entre formes, objets, concepts et êtres vivants, s’inspirant notamment des pratiques traditionnelles Akans (Côte d’Ivoire, Ghana…), puisant dans la culture populaire et questionnant la notion de féminin.

Larry Amponsah, lui, pense la fabrique de l’image, son impact, sa production, son sens, sa puissance, en particulier en ce qui concerne les narrations sur les noirs, la tendance à uniformiser les expériences et in fine masquer certaines trajectoires. Ici aussi le remix, le collage, la rencontre entre analogue et digital, rendent comptent des hybridations, connexions de nos sociétés, modes de vies, cultures et individualités.

Larry Amponsah, “The Thinker In Pursuit”, 2020. Courtesy 50 Golborne.

Chez Anne de Villepoix, la star de la NBA, Lebron James est un des modèles de l’artiste Noel Anderson qui tisse des tapisseries jacquard autour de la figure de l’homme noir, de l’icône, de la célébrité, évoquant l’Histoire (coton en référence au commerce triangulaire) ou les constructions sociales. Le glitch ou bug de l’image rapproche ce savoir-faire millénaire de l’ère digitale. L’un des titres, Struggle for Blak Geometry 2,fait penser au livre de Harvard Sitkoff*, The Struggle for Black Equality : 1954-1992[1], retraçant les luttes pour les Droits Civiques et revenant sur les figures du Mouvement. Nombre de personnalités dans le sport notamment se sont mobilisés dans les luttes antiracistes et pour Black Lives Matter ces dernières années.

Noel Anderson, “Struggle for Black Geometry 2”, 2020. Courtesy Galerie Anne de Villepoix.

Au détour de la Loft Art Gallery nous croisons la pop éclatante de Mous Lamrabat face aux diptyques de M’Hammed Kilito qui lui aussi a un œil pour la couleur et la lumière. Les visages sont d’une beauté et d’une force inouïes.

M’Hammed Kilito, “Tilila” (détail), 2018-2019, 60 x 80 cm – Ed ⅖. Courtesy Loft Art Gallery.

Avec Maximum Sensation au stand de la galerie Wilde, l’artiste pluridisciplinaire Mounir Fatmi s’intéresse à la rencontre des cultures. Des tapis de prière remplacent le grip des planches de skate. Ce geste procédant de la désacralisation est un choix intéressant, judicieux même tant il peut apporter aux débats actuels. Comme souvent les idées de cycles et de répétitions sont présentes et Fatmi est en conversation avec les tapisseries de Delaunay ou encore Le Corbusier.

Mounir Fatmi, “Maximum Sensation”, 2010. Courtesy Wilde

D’excellentes surprises donc, des choses plus attendues et de la qualité. Outre les artistes, Omar Ba, Barthélémy Toguo ou Leïla Alaoui, nous découvrons Cristiano Mongovo, Delphine Desane, Botchway Kwesi ou encore Fouad Hamza Tibin et retrouvons Prince Gyasi dont les photographies ne laissent pas indifférent.

Special Project :

Pour le Special Project l’organisation à but non lucratif Azé s’est associée aux galeristes André Magnin et Emmanuel Perrotin et présente une installation du sculpteur Efiaimbelo, ALOAO, qui propose un trait d’union entre les pratiques de ses ancêtres liées aux mythes, croyances et forces, l’Histoire et la pratique artistique contemporaine au travers des aloaos.

Avec des œuvres fortes et un public réceptif, le Paris de Touria El Glaoui créatrice et initiatrice de la foire 1-54 semble réussi. Reste à voir quelle direction donner à ce nouveau chapitre au vu de l’offre pléthorique de la capitale en d’autres temps, et du besoin d’événements sur le continent africain

Le virage du numérique amorcé :

Renforçant sa présence en ligne, la foire 1-54 profite d’un partenariat avec Artsy et des sites des 19 galeries présentes et de Christie’s qui donnent la possibilité de voir et d’acquérir les œuvres.

De plus, disponible en podcast tout au long du mois de février, 1-54 Contemporary African Art Fair, propose un ensemble de conférences organisées par LE 18, Marrakech, intitulées Crafting wor[l]ds: for a vernacular economy of art le Forum 1-54 qui s’interroge, entre autres, sur le rôle que peut jouer l’artiste dans un monde en crise.

Le numérique renforce sa position d’outil incontournable et complémentaire.

La matérialité des œuvres, les émotions et les sensations face à elles, restent difficilement remplaçables, nous en voulons pour preuve l’engouement suscité par cet événement.

Le Paris de Touria El Glaoui créatrice et initiatrice de la foire 1-54 semble réussi et combler les attentes de son public,des collectionneur.euse.s comme des galeries.

Flavien LOUH

[1] Harvard Sitkoff, “The Struggle for Black Equality : 1954-1992”, Hill & Wang, 2005 (1ère éd. 1er Juillet 1981)

Résistencialistes 5.0

Lancement d’un nouveau Webzone/journal-online

fait par les militant.e.s pour les militant.e.s

3 juillet 2020 à 22h00

 

LIGNE ÉDITORIALE 

Résistencialistes 5.0

“Je résiste. Résistencialiste. Je résiste à la longueur de mes dents, à la vie pour qu’elle finisse par se rendre à moi.” — Sony Labou Tansi 

AFRIKADAA sous sa version digitale devient — Résistencialistes 5.0. Ce webzone entend diffuser des stries, des pawols et des breaks (1) sur les actualités de nos arts contemporains et transnationaux. Rassemblant une multiplicité d’acteur·trice·s de différents paysages des arts contemporains, la revue en ligne continue, enrichit et élargit les activités de l’association AFRIKADAA, à savoir : défendre, accompagner et soutenir les rondes afro-diasporiques, africaines et afro-caribéennes, partager des yeux et des langues aux nouvelles figures noires qui émergent pour nous. Activiste et militante, la revue digitale Resistencialistes 5.0 propose et graphe des voies aux sans voix en accueillant ceuxcelles qui rumineront de nouvelles scriptions critiques. 

/ Nous doutons de l’utilisation parfois opportune de la critique car elle peut parfois servir à conserver et préserver. La (cri)tique devient « áwa » (2) une frappe /

La revue participe à écrire une nouvelle partition des zones de l’art et se loge non dans les périphéries ou les centres mais dans les coupes. Cette plateforme en ligne entend transmettre de nouvelles oikologies du discours et de formes d’art qui redistribuent les rôles. Pour cela, la plateforme fait la chronique d’évènements, d’expositions et partage des positions originales et nécessaires de nouveau·elle·x·s contributeurs·trices. 

/ AFRIKADAA n’attendra pas les « voyageurs-qui-ne-viendront-pas » mais produira des récits qui viendront pour tou·te·s. AFRIKADAA nommera jusqu’ à ce que la gueule démissionne. / 

Véritable laboratoire, la revue invite toutes les écritures zoneuses – celles qui zinglètent (3) –, tou·te·s les fellaghas (les la(r)mes qui ouvrent des chemins, non celles qui les ferment), toutes les analyses chambardées et les textes qui ont la face de la mutinerie dans les nuits d’avant un 22 mai. Plus de définitif, mais la cacophonie heureuse de récits appelant les ékrits (4) à venir craquer les paysages interdicteurs. 

Résistencialistes 5.0 est un laboratoire de mots qui questionnent et soignent les maux de la société d’aujourd’hui, de demain et du passé. — Avec du contenu fait part et pour les militant.e.s.

(1) « Pauses ». Nous pensons aussi à la culture du break (breakbeat, breakdance) dans le Hip-Hop.
(2) « Ici » en langue lingala.
(3) Du créole « zinglété », mot renvoyant à une démarche sautillante, vacillante, en zigzag.
(4) Mélange entre « écrit », « écrier » et « kriyé » qui signifie en créole appeler. 
(5) Sony Labou Tansi, de son vrai nom Marcel Sony, est à la fois dramaturge, romancier et poète congolais des deux Congo, né en 1947 au Congo belge (actuel Congo-Kinshasa) et mort au Congo-Brazzaville le 14 juin 1995.

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English version 

EDITORIAL

Résistencialistes 5.0

“I resist. Résistencialiste. I resist to the length of my teeth, to life in order for it to surrender to me.”
— Sony Labou Tansi. 

AFRIKADAA magazine, in its digital version Résistencialistes 5.0, aims to disseminate streaks, pawols and breaks of our contemporary and transnational art news. Gathering a multiplicity of actors, from different contemporary art landscapes, the online magazine expands, enriches and broadens the activities of the association AFRIKADAA: to defend, accompany and support the afro-diasporic, african and afro-carribean circles, share eyes and languages with the new black figures emerging for us. The art(c)ivist and militant digital magazine Resistencialistes 5.0 proposes and draws paths for the ones without voices, greeting those who will ruminate new critical scripts. 

/ We are dubious towards the sometimes opportunistic use of critique as it can be used to hold and preserve. Scream-tique “áwa” (1) becomes a strike /

The magazine participates in writing a new partition for the art’s zones and inhabits the cuts, not the outskirts nor the centers. This online platform seeks to convey new oikologies of discourse and art forms redistributing roles. Thus, the platform publishes events and exhibitions’ chronicles and shares the necessary and original positions of new contributors. 

/ AFRIKADAA won’t wait for the “travellers-who-won’t-come” but will produce the narratives that will come for all. AFRIKADAA will name until the big mouth resigns. / 

True laboratory, the magazine invites all wandering writings — the ones zinglating (2) — all the fellaghas (the blades (3) opening routes, not the ones closing them), all the shattered analysis and texts showing the face of rebellion in the nights before a 22nd of May. No more definitive, but the happy cacophony of stories calling for ékrits (4) to come and crack the forbidding landscapes.

Résistencialistes 5.0 is a laboratory of words, words questioning and healing the ills of society today, tomorrow and in the past. — With works by and for militants. 

Notes : 
(1) “here” in Lingala.
(2) from Creole “zingleté”, a hopping, wobbly, zigzagging walk. 
(3) in French “les la(r)mes”, both “les larmes”, tears and “les lames”, blades. 
(4) mix of “écrit”, “écrier” and “kriyé” which means “to call” in Creole.
(5) Sony Labou Tansi (Marcel Sony): 1947-1995.

AU ROYAUME DU SIGNE, LES CAILLOUX SONT ROIS…

Par les artistes Joëlle Ferly (Guadeloupe) et Nathalie Muchamad

14 juin 2020 à 16h00
© RCI

Lors d’un entretien donné à Philosophie Magazine en 2011, Gayatri Chakravorty Spivak répondait à une question concernant le concept de “subalterne” dans son essai publié en 1988, Les subalternes peuvent-elles parler ? : « la subalterne parle. Ce n’est pas une idiote! Le problème, c’est que le seul moment où il est important d’entendre sa parole, c’est lorsqu’une situation de crise se présente ». Cette philosophe indienne qui a traduit « De la grammatologie » de Derrida, et qui enseigne aujourd’hui à l’université de Columbia à New-York, précisait aussi que le concept de subalterne reste « extrêmement utile pour penser l’histoire de l’oppression, de la domination, de l’exploitation, de l’exclusion mais on n’est pas subalterne parce qu’on le ressent! ».

Les subalternes inventent des langages pour se faire entendre. Tels les Hobos, ces travailleurs migrants pauvres parcourant les Etats-Unis, d’un bout à l’autre à la recherche de travail, au milieu du 19ème siècle. Leur vie précaire rendait leur existence dangereuse. Ces hommes développèrent alors un langage propre, le “Code Hobo” pour pouvoir communiquer entre eux sans risque. De la même façon, les Kanaks de Nouvelle-Calédonie qui n’ont pas eu d’autre issue que de mener la lutte armée dans les années 1980 pour accéder enfin à des négociations en 1988. Eux qui avaient été montrés à jouer les cannibales dans des zoos humains et qui ont été régis par le code de l’indigénat jusqu’en 1947, les événements de la grotte d’Ouvéa leur rendaient leur dignité d’êtres humains.

Il me semble intéressant de penser nos voix de descendants d’esclavagisé-es et de colonisé-es à l’aune de la pensée de Spivak, et que l’on comprenne que lorsque nous tentons de prendre la parole dans un contexte institutionnel, nous ne sommes pas écoutés. Joëlle Ferly propose une autre lecture des événements de Martinique, où la destruction des statues de Schoelcher, selon elle, est justement un combat pour la prise de parole.1

 

« Sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloge flatteur : il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits délits.»2

Le 05 mai 2020, en plein confinement, la nouvelle du départ du conservateur du musée Schoelcher, situé à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, m’amène à interpeller la responsable de la culture du Conseil Départemental, concernant le « devenir de cette institution (…) (à) l’aspect pour le moins problématique, quant au contenu et la symbolique qu’elle renferme ». J’y joins le souhait de voir l’ancienne maison de l’abolitionniste Victor Schoelcher (1904 – 1893) « entre des mains (…) en mesure (…) de modifier la représentation (..) de la juste place du peuple de Guadeloupe pour sa propre délivrance. ». Des plus politiciennes, la réponse se veut rassurante : “le Conseil Départemental  (…) se  prévaut de personnel  culturel de qualité, (…)  qu (‘il) compte bien pérenniser. (…) ; et elle m’invite à lui faire « des suggestions. »

Le 22 mai 2020, en Martinique, lors des célébrations de l’abolition de l’Esclavage, des vidéos me parviennent sur mon téléphone d’un groupe de jeunes militants déboulonnant deux statues de Schoelcher. Deux jeunes femmes de 19 ans, Alexane Ozier-Lafontaine et Jay Asani, revendiquent les faits face à la camera, posément,  s’adressant à “la gendarmerie de la Martinique, la police, les forces armées, les juges, les magistrats” affirmant “assumer pleinement leur acte”.

Je reprends la plume auprès de ma correspondante du Conseil Départemental, indiquant que ma mise en garde était justement motivée afin d’éviter en Guadeloupe, des actes similaires, pour le moins, prévisibles: la demeure de l’abolitionniste, jusqu’alors seule instance détentrice du discours officiel du sombre passé esclavagiste de la France, était sur le point d’inaugurer sa réouverture, après de longs travaux d’extension. Le contenu du projet était resté curieusement discret. Tout comme le départ du conservateur du musée, lequel m’informait personnellement retourner dans l’hexagone avant même l’inauguration imminente. Pas un mot dans la presse en plein mois célébrant les abolitions. De quoi s’interroger.

Depuis que la Région Guadeloupe avait posé, son propre Mémorial ACTe3 (MACTe) – premier musée de la Caraïbe sur l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage –, la Guadeloupe est entré dans une ère mémorielle4, faisant de Schoelcher, une bien piètre figure notamment par ce musée « créé en 1887, que l’on (…) peine à classer aujourd’hui compte tenu de la nature de sa collection. Ni histoire, ni ethnographie, ni sciences, ni musée d’art. (Il propose) quelques plâtres, copies de statues antiques grecques et romaines, des fers, entraves et carcans d’esclaves, un couteau de marron, une machette, des porcelaines issues de la fabrique de son père, quelques gravures et documents d’époque… De quoi entretenir la flamme de la reconnaissance des Antilles au “libérateur5 ». Constat que son conservateur « de qualité » ne pouvait ignorer. Aurait-il alors anticipé une réaction tendue, lors de l’inauguration de la nouvelle version du musée ? 

Bien que controversé, l’avènement du MACTe dans le paysage culturel guadeloupén, réajustait le discours historique officiel. De là, sans doute, une mise en concurrence des récits mémoriels avec, d’un côté, une ancienne demeure privée – représentative de la propagande schoelcheriste – et, de l’autre, une architecture monolithique imposante, d’envergure internationale, conçue pour valoriser l’histoire de centaines6 de millions d’Africains déportés dans le Nouveau Monde. Portée hier au pinacle, la figure de Schoelcher perdait alors de sa légitimité face aux récits contemporains, mis en exergue par de nouveaux chercheurs et universitaires. 

C’est dans ce contexte de déconstruction des référents mémoriels – alimenté par les Cultural Studies (Stuart Hall et al), mouvements féministes et de dé-colonialité (Walter Mignolo) – que la jeunesse franco-caribéenne évolue de nos jours. Elle s’exprime parfaitement en créole, en français et en anglais ; s’affirme sur l’international depuis des générations, à des postes prestigieux. Si elle choisit de rentrer au pays natal, depuis les Etats-Unis, l’Angleterre, le Japon, Dubai, la Chine et bien d’autres contrées, c’est bien souvent dans une volonté entrepreneuriale. Nous sommes donc loin des clichés qui voudraient y voir « des jeunes peu ou mal éduqués » sans faculté d’analyse sur les réalités politiques qui bloquent leur avenir et les cantonnent dans des habitus7 sociétaux. Les défenseurs d’une justice pour tous ne sauraient alors blâmer les auteurs de ces « petits délits » que l’on chercherait aujourd’hui à condamner pour « crimes contre la République ». Leur acte prouve, ici, qu’il y a bien eu un manque de discernement des signes annonciateurs. Le signe, pour le sémiologue américain Charles Peirce (1839-1914), se décline en Symbole, Icone8 et Indice. Osons alors l’analyse Peircienne de cette mise à bas pour mieux comprendre l’enjeu que représente la destruction de ces monuments.

“La valeur symbolique conférée aux statues est […] érigée en dogme, cette valeur est livrée au peuple assimilé, sommé alors de l’idolâtrer”

© Pool Art Fair / Frère Independent

 

Au royaume du signe, les cailloux sont rois.

L’histoire des représentations démontre une impermanence constante de ces dernières : Notre-Dame jadis symbolisait Paris, la tour Eiffel aujourd’hui lui vole la vedette. Le passage d’une icône religieuse à un symbole laïc s’est fait le reflet social. Pour autant, lorsque l’artiste guadeloupéen Thierry Alet illustre l’affiche de sa plateforme la PooL Art Fair par une criante forme de dérision vis-à-vis de la nation française, on ne crie pas à hue et à dia. On y voit : l’image renversée de la tour Eiffel, positionnée comme l’icone conventionnelle du pouce baissé de désapprobation des réseaux sociaux. Outre le clin d’œil aux codes du nouveau langage participatif, l’artiste transforme sa Guadeloupe natale en pays indépendant, invitant le pays France. Lecture ironique qui revisite avec humour (ou sarcasme selon la position, la relation France-Antilles, dépourvue ici de tout paternalisme colonial). Destruction de monument mise à part (nous y reviendrons), c’est bien à la valeur symbolique de la France que s’en prend l’artiste Thierry Alet, tout comme les activistes de Martinique qui ont déboulonné les statues de Schoelcher.

Dans son manifeste, le groupe exige que soient repensées les nominations de l’espace public martiniquais, peu représentatives selon eux, des Afro-descendants. Parmi leurs propositions, la « bibliothèque Schoelcher » deviendrait alors « bibliothèque Frantz Fanon9 ». Tout comme Thierry Alet, la pique lancée à l’État français, se veut subversive : récemment encore, la mémoire de l’illustre psychiatre martiniquais se voyait refuser les honneurs d’une rue à son nom par une France préférant le déni, alors même que la figure du médecin est glorifiée en Angleterre, aux Etats Unis, en Afrique et surtout, en Algérie. Au royaume du signe, les cailloux sont rois. La valeur symbolique conférée aux statues est, tout comme l’histoire, la prérogative de la seule République : érigée en dogme, cette valeur est livrée au peuple assimilé, sommé alors de l’idolâtrer. Si acte révisionniste il y a, il est donc partagé : l’apport révolutionnaire de Fanon à la psychiatrie n’est toujours pas reconnu par la France, laquelle voudrait que sa « négraille pupille » fasse encore allégeance aveuglément à la figure d’un Alsacien d’origine.  Outre son symbole, le pseudo libérateur des noirs devient l’alibi parfait dédouanant la France de tout débat sur la question de l’esclavage. Même la loi Taubira – réduite à une belle symbolique – n’a aucune valeur juridique.

“des anciens historiens, hommes politiques et professeurs retraités, aussi bien en Guadeloupe qu’en Martinique, prennent la plume pour administrer une leçon d’histoire à ceux qu’ils considèrent comme des « ignorants iconoclastes »”

© Droits réservés

Au niveau symbolique donc, la représentation de Victor Schoelcher incarne le symbole républicain comme le souligne Emmanuel Macron (suppression virgule) condamnant ces actes qui « salissent la mémoire (de Schoelcher) et celle de la République ». L’élévation de Schoelcher au rang des Grands Hommes, est une construction (arbitraire) de la République, réalisée à l’insu même de son auteur : l’homme demandait l’incinération dans son testament, il se retrouve au Panthéon.  En jargon contemporain, une telle intronisation s’appelle de la « récupération ». Ainsi Monsieur Victor Schoelcher s’est retrouvé malgré lui, adoubé par la (deuxième) République française naissante, en quête d’icones à livrer aux nouveaux libres en guise d’objets de vénération. Dans la plupart des anciennes colonies françaises, le nom de Schoelcher orne des villes, des places, des rues, des statues, des bâtiments publics s’accompagnant de toute une iconographie qu’il convient de déconstruire : homme noir à genou devant le libérateur ; femme noire baisant Schoelcher ; couple noir levant les mains au ciel, les chaînes brisées. À l’heure où le Panthéon souhaitait «  instaurer un nouveau culte laïc (…)10 ». Le schoelcherisme y répondait en tout point. Cette forme de starification avant l’heure glorifiait autant qu’elle destituait: Marat et Mirabeau ont tous deux été « dépanthéonisés ». Le piédestal comme support de toute sculpture pourrait alors tout autant être alloué de manière temporaire, au gré de l’histoire…

Depuis des décennies, sur la place de la Savane, la Martinique vit une relation symbolique particulière avec une autre statue : celle de Joséphine de Beauharnais qui s’élance sur la place, sans tête ! Par deux fois décapitée, la décision du maire de Fort-de-France (un certain Aimé Césaire), en son temps, avait tranché pour qu’on ne lui remette plus sa tête, afin de ne plus alimenter la polémique. Accusée, par le tribunal populaire, d’avoir fait rétablir l’esclavage11 par le biais de Napoléon, son époux, Joséphine est condamnée par contumace. L’Impératrice sans tête est aujourd’hui habillée au gré de l’actualité – dernièrement avec un gilet jaune- et fédère autant que la statue de la République de Paris. Cette réappropriation culturelle transforme la Joséphine, au mieux en mascotte, au pire, en simple citoyenne. Constat plutôt inattendu dans une Martinique aux velléités indépendantistes clairement affichées. Notons alors l’exemple intéressant du projet républicain, qui se construit ici par et pour le peuple, à travers une circulation de la parole qui se tient autant à la verticale – du peuple aux représentants du pouvoir – qu’à l’horizontale – entre les diverses composantes d’une société multiple qui fait cohabiter les descendants aussi bien des esclaves que des colons. L’expression collégiale est certes relative, mais finalement rendue possible par la désacralisation de l’Impératrice, soumise au même traitement de l’anonymat jadis imposé aux Africains débaptisés dès leur capture et leur vente (sans doute, par ailleurs, sur cette même place publique). Loin du French Bashing, l’exemple ici retient la circulation de la parole entre, le peuple afro-descendant martiniquais et le pouvoir, autour d’un symbole décliné en figure iconique.

Les réactions qui ont fusé sur les réseaux, au lendemain des actes de Martinique, convergent toutes vers une pensée unique, un consensus mou et du « politiquement correct », garants du statu quo justement dénoncé par les jeunes Martiniquais. L’interpellation faite à la représentante de la culture en Guadeloupe et les événements de Martinique sont pourtant issus d’une même concordance temporelle envisageant l’urgence de redéfinir les formes de représentation. Urgence à laquelle n’ont su répondre les politiques, toujours ancrés dans des codes d’un autre temps, valorisant la sacro-sainte icône d’un homme. La représentation iconique de Monsieur Victor Schoelcher est justement ce sur quoi toutes les réactions condamnant l’acte du collectif se sont focalisées. Ce n’est pourtant pas l’homme qui dérange les jeunes, mais bien le symbole que la France continue de livrer comme seul vecteur historique. Les détracteurs sont nombreux : des anciens historiens, hommes politiques et professeurs retraités, aussi bien en Guadeloupe qu’en Martinique, prennent la plume pour administrer une leçon d’histoire à ceux qu’ils considèrent comme des « ignorants iconoclastes », des destructeurs des grandes icônes historiques…

Voyons pourtant comment s’établit la construction iconique en « pays dominé 12»  avec le cas du Guadeloupéen Joël Nankin (1955). Condamné par l’État français pour des actes militants, il est emprisonné en 1983 pour « attentat contre l’intégrité du territoire » (d’autres archives évoquent « contre la sûreté de l’Etat »). Après plus de 5 ans en prison, il entame une grève de la faim et clame son innocence de n’avoir « ni violé, ni volé, ni tué. Tout simplement (..) agi pour faire entendre la voix de la Dignité et du Respect ». Au sortir de la longue grève de 2009 (LKP13), en Guadeloupe, la compagnie Orange – en besoin strident de redorer son image –, ternie par les nombreux suicides de ses employés dévoilés par la presse, sollicite Nankin pour sa campagne publicitaire. Depuis les temps de la prison, Joël Nankin engagé culturellement est devenu un artiste qui poursuit le combat culturellement. L’ironie a voulu que ce soit l’opérateur Orange – anciennement France Télécom – qui soit la marque à promouvoir. Orange-France-Télécom incarne encore l’État pour le peuple. On conçoit alors l’amusement qu’affiche Nankin lorsqu’il se laisse photographié pour les panneaux géants publicitaires. Lesquels semblaient alors réhabiliter l’honneur de sa personne.

La Région Guadeloupe a récemment choisi d’envoyer Nankin exposer au OFF de la Biennale de Venise 2019. Nouveau pied de nez envoyé à la France, cette fois-ci par une instance politique qui, tout comme Thierry Alet, conçoit son indépendance culturelle. La figure iconique de Nankin devient véritablement le symbole d’une résistance au colonialisme français. On voit combien les icones nous sont livrées pour encenser ou condamner le roman national, lequel est aujourd’hui entaché d’intérêts économiques : à travers la figure de Nankin, c’est bien tout un marché de la téléphonie qu’il convient de fidéliser, à travers des hommes, sensibles à leurs héros, même s’ils deviennent alors les bouffons14 de la République.

Nankin est certainement le dernier artiste engagé de Guadeloupe : il incarne le courage, dont ont fait preuve les jeunes Martiniquais qui ont osé défier l’image de la France. Les autres artistes antillais, ceux-là mêmes qui se pensent « engagés », s’en tiennent au silence, confinés dans leur autocensure. Ainsi, l’artiste martiniquais Habdaphai, s’en tient à dénoncer le carnage des statues comme « irrespectueux » vis-à-vis de leurs créateurs. C’est oublier que des assurances sont là pour indemniser le « traumatisme » causé, si tant est qu’il y en ait un. On note qu’à aucun moment l’évaluation des dégâts causés n’a été mentionnée, à l’inverse des évaluations émises dès le début de l’incendie de Notre-Dame de Paris15. Il est vrai qu’en Outremer, les commandes publiques dissimulent souvent – et à l’insu même des artistes concernés – des pratiques assez troubles de détournement de fonds… Considérons alors que la valeur patrimoniale des œuvres en question est bien loin de celle du marbre de Carrare.

© Orange
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L’indice – ici –, les bribes des statues cassées par le collectif martiniquais, cristallisent les traces (indicielles) d’un acte qui exhorte au changement. Loin d’un bordel désorganisé, le socle laissé vierge invite alors, tout comme la page blanche de l’écrivain, à la construction du nouveau livre d’histoire qui reste encore à réécrire. La galerie d’art contemporain 1461, basée à Fort-de-France, est la première à répondre à l’invitation au dialogue et suggère de reprendre l’initiative de la ville de Londres, laquelle présente régulièrement, sur un piédestal laissé vierge, des œuvres d’artistes contemporains16. À l’extrême opposé, dans la presse, le ton monte : on comprend vite que la carte blanche n’est pas permise et que la ligne éditoriale de l’Elysée, celle de la condamnation, est la seule possible.

Héritiers de la génération de l’immédiateté et du « buzz » (acte filmé et retransmis sur les réseaux sociaux), les jeunes gens ont eu l’audace d’user des outils de leur temps pour prendre la parole qu’ils ne sont jamais invités à donner. Sachant toute concertation improbable – comme ont pu le faire jadis leurs pères via les mouvements indépendantistes – ce déboulonnage a donc été la stratégie pour ce collectif pour poser mûrement l’acte fondateur de leur résistance et ainsi réveiller les consciences endormies. Les instances au pouvoir n’ont donc pas eu le choix que de s’empresser de répondre par la sanction aveugle, indigne d’un État démocratique – « Surveiller et Punir » nous rappelle Foucault, en 1975 à propos des prisons. C’est pourtant bien d’un confinement mondial, dont sort cette jeunesse, témoin du contrôle de nos vies à coup d’hélicoptères de surveillance de cette nouvelle « démocrature » qui semble se profiler. Il serait condescendant ne pas considérer la parole de ce collectif comme une parole pleinement valide. Cette jeunesse n’est pas dupe : elle sait parfaitement que ses représentants sont au mieux muselés, au pire, complices de maintenir le cadre constitutionnel d’un État démasqué dans son manquement à préserver les intérêts du peuple (notamment par son programme de dénationalisation).

La rhétorique de l’État républicain : faire perdurer l’idée qu’il y aurait d’un côté des instances légitimes à prendre la parole et de l’autre un peuple, non admis à la table des discussions, considérant que sa parole n’est que du « bruit » (Jacques Rancière)17. L’enjeu est bien ici une non distribution de la parole politique, derrière laquelle les divisions théoriques s’attaquant à la forme et non au fond, empêchent tout ralliement stratégique. Ainsi les garants du pouvoir étatique diabolisent ce collectif en y condamnant les appartenances communautaires (afroféministes) et construisant alors des représentations peu flatteuses.

“on peut lire l’avis d’un groupe soutenant les jeunes militantes, avertissant que si « un cheveu d’Alexane ou de Jay est touché (…) c’est la guerre déclarée aux militants. »”

© Droits réservés

Le 26 mai 2020, tôt le matin, les médias annoncent que les responsables du déboulonnement des statues risquent 7 à 10 ans de prison. La recherche des archives de cette déclaration est vaine : les déclarations semblent toutes avoir disparu des rédactions médiatiques : l’État serait-il intervenu pour étouffer la braise ?

Le jeune Collins, 18 ans, Guadeloupéen travaillant à Jarry, avoue ne pas connaître le musée Schoelcher de Pointe-à-Pître, avoue ne pas s’intéresser à la politique. Pourtant à la question posée sur sa réaction des événements de Martinique et de la possible condamnation de leurs auteurs à la prison, sa réponse fuse : « s’ils étaient condamnés, dit-il, je les soutiendrais, même si Yo ka mété difé si nou 18». Déjà, la tension monte en Guadeloupe : une sculpture de Schoelcher est dégradée sur la commune de Vieux-Habitants. Nous sommes 5 jours après le cas de la Martinique. La mémoire de la grande grève du LKP n’est pas loin (2009). Sur la toile, les déclarations de plusieurs collectifs allant dans le sens d’un soulèvement populaire se font grandissantes. Ainsi, on peut lire l’avis d’un groupe soutenant les jeunes militantes, avertissant que si « un cheveu d’Alexane ou de Jay est touché (…) c’est la guerre déclarée aux militants. ». L’inauguration de la maison Schoelcher promet bien des surprises.

À travers cette bataille mémorielle, l’enjeu n’est pas simplement la préservation d’une culture créole triplement menacée (par la nation, l’Europe et la mondialisation), mais bel et bien la place de l’État républicain dans nos vies. À régenter par l’assimilation forcée et par l’oppression devenue systématisée (les Algériens dans la Seine en 1961, le massacre de la population par les gendarmes en Mai 67 en Guadeloupe, les mutilations des Gilets Jaunes etc.), l’État blâme cette jeunesse et par là même, continue de condamner son avenir. Le manque de discernement autour de la liberté d’expression sape tout lyannaj19 possible des Afro-descendants et de toutes les diasporas africaines sur la nécessité de rechercher à défendre ses propres intérêts. Le sombre projet américain AfriCOM, présenté comme l’accompagnement au maintien de la paix, est un titanesque programme de contrôle militaire sur tout le continent africain. L’enjeu est de taille, puisqu’il retirerait aux Africains leur souveraineté. L’extension de ce programme est prévue à tous les peuples du monde (EUCOM ; CENTCOM etc), ce qui assurerait alors l’asservissement de ces derniers au système libéral américain, et l’implantation militaire permanente sur leur territoire. Soutenu par des politiques de déréglementation, déjà bien entamées en Europe (commerce, environnement, travailleurs, ressources…), ce programme transnational confinerait alors les populations aux seuls rôles de « producteurs-exploités » ou/et de consommateurs socialement fragilisés. Perte des libertés, paupérisation seraient alors l’avenir de tous les peuples du monde.

Ce contrôle mondial trouve sa version microscopique sur l’île de Martinique, où une classe d’industriels (les Békés20) et de commerçants, détient plus de la moitié des terres de Martinique, sur lesquelles les monocultures (banane et de canne) excusent alors un véritable racket des caisses de l’État – donc du peuple Français – sous forme de subventions aux filières agricoles. Lesquelles subventions leur sont reversées en priorité en échange du maintien d’une paix sociale relative sur le territoire, forçant toutefois la population à « consommer Béké », c’est-à-dire, les produits importés de leurs commerces. Ce plan économique est directement issu des plantations, augmentant leur profit au fil des années et maintenant leur monopole illégal. Très proches du pouvoir national et international21, les Békés sont intouchables et bénéficient d’une totale impunité quand bien même leurs exactions sont dénoncées depuis les temps de la colonie (le cas Aliker22)  à nos jours (dossier Chlordécone23).

L’acte des jeunes militants martiniquais, en s’imposant sur la toile, tente, comme le LKP l’avait fait en 2009, de rendre visible une invisibilité, interpeller la justice nationale, voire mondiale, là où la justice française masque les faits. Au-delà du buzz, la destruction des statues permet bien à toute la population française – elle-même en mal avec le gouvernement (mouvement des Gilets Jaunes) – d’être informée des réalités sociales de la Martinique, souvent méconnues de l’Hexagone.

“opter […] pour la forme non violente d’un boycott généralisé contre l’importation des produits de consommation, en vue de déstabiliser le monopole des Békés”

 

« Quand Dire c’est Faire24 » : de l’urgence de re-politiser le citoyen.

L’ambiguïté pour beaucoup de Français descendants d’esclaves est la contradiction républicaine qui les somme d’être « Tous Charlie » au nom de la liberté d’expression, et de taire tout contre-discours, qu’il soit la voix de chercheurs reconnus (Françoise Vergès, Frantz Fanon…) ou ici, celle de la société civile. Durant les événements de 2009, les penseurs martiniquais (Chamoiseau et al), insistaient sur la connaissance comme produit de « haute nécessité ». Le collectif martiniquais semble aujourd’hui aller plus loin en reposant la question du politique au cœur de notre société. Leur acte destructeur oblige à repenser la dépolitisation des consciences populaires, vicieusement encouragée par des acquis sociaux les affairant au maintien de leur survie. La paupérisation intellectuelle, les erreurs d’analyse abolissent alors tout ralliement possible, alors que l’enjeu est bien notre liberté d’existence, dans la « dignité et du respect », fusse-t-elle extirpée comme ici, de manière radicale. La République ne s’est pas faite sans révolution. Il conviendrait de poser les stratégies de rassemblement – lesquels par ailleurs, sont justement et actuellement non autorisés par la loi –, du vote utile et non des divisions sémantiques de politique de façade. Après avoir qualifié ces “actes de vandalisme [qui] portent atteinte au travail de l’homme dont on ne peut nier le rôle et la contribution dans l’abolition de l’esclavage en 184825, le député Serge Letchimy écrit finalement une lettre ouverte demandant à ce que soit mise en place une commission de la mémoire. Le LA est donné.

Dans ce contexte mémoriel, une révision du paysage des figures culturelles habillant les villes, serait un nouveau pas vers la réforme politique nécessaire. De la même façon que j’avais anticipé les tensions autour de la figure de Schoelcher, les tensions qui se réveillent à nouveau au sein de la jeunesse de Martinique et de Guadeloupe, pourraient bien se poursuivre. Si tel est le cas, il conviendrait alors d’opter plutôt pour la forme non violente d’un boycott généralisé contre l’importation des produits de consommation, en vue de déstabiliser le monopole des Békés, plutôt que de s’en prendre à d’autres biens publics. Loin du scandale collectif et de la casse d’œuvres artistiques, cette révolution par voie individuelle et silencieuse, pourrait s’avérer bien plus pertinente qu’il n’y paraît si toute une population se prêtait au jeu de confiner sa carte de crédit de manière illimitée. Nul doute que le motif convoqué d’éradiquer le virus de l’avidité du système libéral, serait des plus populaires.La mémoire des Rosa Parks, Gandhi, Mandela, Martin Luther King et tous les autres militants réalimenterait alors nos imaginaires.

© Joëlle Ferly, artiste guadeloupéenne et l’artiste Nathalie Muchamad – 02 juin 2020


1 Introduction de l’artiste Nathalie MUCHAMAD.
2 Détournement de la célèbre citation « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur :  il n’y a que les petits hommes, qui redoutent les petits écrits. » in Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.
3 Mémorial ACTe (MACTe) : Centre dédié à la mémoire de la Traite et de l’Esclavage
4 L’Art mémoriel sans pathos: Les descendants d’esclaves ont (aussi) inventé l’art moderne et l’art contemporain ! Conférence de Joëlle Ferly, 2013, L’Artocarpe.
5 Jocelyn Valton in RÉSISTANCES Présences Marronnes, Introduction du catalogue d’exposition de l’artiste ANO, Musée Schoelcher, 2014. Guadeloupe.
6 Le chiffre retenu ici est celui des thèses anglo-saxonnes et non francophones, lesquelles continuent de véhiculer un chiffre au rabais de 13 millions d’êtres humains déportés.
7 Pierre Bourdieu (1930-2002) sociologue, démontre la tendance chez les classes ouvrières à reproduire le modèle parental de la profession, par manque de modèle au sein de la cellule familiale, prônant l’ascension sociale : un fils d’ouvrier limite la conception de son avenir à un statut identique à celui de son père. L’habitus est donc ici pensé comme un frein personnel de l’individu à envisager sa propre ascension sociale, qui s’ajoute au contexte structurel, le maintenant dans sa condition. Le parallèle posé ici renvoie aux catégories populaires de la société antillaise, qui reproduisent les conditions de vie du modèle parental, à savoir, la famille éclatée, dépendante des allocations familiales.
8 Distinguons ici l’icône (religieuse) de l’icone (sans accent circonflexe) laïque. Ce dernier terme étant retenu ici.
9 Frantz Fanon (1925-1961), psychiatre et écrivain martiniquais.
10 In Le Figaro, Panthéon: de 1791 à aujourd’hui, qui sont les « grands hommes » ?, 29 juin 2018 Par Camille Lestienne.
11 Rappelons qu’une première abolition avait été décrétée en 1794, faisant des noirs des citoyens français. Pourtant, l’esclavage est rétabli, illégalement en 1802.
12 Clin d’oeil au titre de Patrick Chamoiseau, Ecrire en Pays Dominé, Folio, 1997.
13 Liyannaj Kont Pwofitasyon, ou LKP (créole : rassemblement contre les abus). Collectif monté par 49 organisations pour dénoncer la vie chère aux Antilles.
14 Les Bouffons de la République, de Joëlle Ferly. Projet artistique en cours, entamé avec l’exposition « Marianne, La Guerre n’Est Pas Dans Notre ADN », 2018.
15 Le 15 avril 2019, un incendie détruit une grande partie de la toiture de la célèbre cathédrale de Paris.
16 The Fourth Plinth est un projet de la ville de Londres, invitant un artiste à poser une sculpture sur l’un des quatre socles de la place de Trafalgar Square. Une façon originale (et démocratique) de faire côtoyer l’art de l’Establishment et les créations contemporaines.
17 Jacques Rancière, philosophe (né en 1940).
19 (Créole) : « Ils nous tirent dessus ».
19 (Créole) : rassemblement.
20 Les Békés sont les descendants des familles de colons propriétaires des plantations depuis des générations. Ils ont été indemnisés lors de l’abolition de l’Esclavage, 1848.
21 Bernard Hayot, considéré comme le plus gros entrepreneur de l’île, affiche au sein de la Fondation Clément, une photographie dans les années 1970, représentant la rencontre sur sa propriété privée l’arrivée par hélicoptère de deux chefs d’Etat l’un Français, l’autre Américain. L’industriel semble les recevoir comme deux amis.
22 André Aliker, Journaliste Martiniquais retrouvé assassiné en 1943 après avoir dénoncé les fraudes fiscales des Békés. Sa mort sera classée comme « suicide ».
23 Pesticide utilisé pour la culture de la banane. Interdit aux USA depuis les années 1970, il a été autorisé en France suite aux pressions des planteurs Békés.
24 Quand dire, c’est faire. John Austin, 1962, trad. fr. 1970, rééd. Seuil, coll. « Points essais », 1991.
25  https://www.lepoint.fr/societe/martinique-deux-statues-de-schoelcher-brisees-par-des-manifestants-23-05-2020-2376664_23.php Modifié le 24/05/2020 à 07:19 – Publié le 23/05/2020 à 21:05 | Le Point.fr 

DE L’ART ENGAGÉ À L’ACTION CITOYENNE

Lettre à Monsieur Le Président de la République de France

Par Joëlle Ferly, artiste — Guadeloupe

29 mai 2020 à 16h00
Statue de Victor Schoelcher détruite à Fort-de-France • ©RS

“L’esclavage n’est pas aboli. Il nous est juste masqué…

Nous ne sommes pas les bouffons de la République”

Connue pour ses œuvres engagées, l’artiste Joëlle Ferly, plutôt réservée dans l’espace politique, décide de prendre la plume pour s’adresser directement au Président de la République. Nous sommes le 27 mai 2020, jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe. En cette sortie de confinement, l’artiste réalise l’urgence de se repolitiser.
 
Joëlle Ferly a plus de 20 ans de pratique artistique sur la scène internationale. En 2012, elle représentait la Guadeloupe à la Biennale de la Havane et d’Aruba. Elle est à l’initiative d’une plateforme internationale indépendante, qui œuvre depuis 2009 à la promotion de l’art contemporain en Guadeloupe.
Screenshots by Ferly.

EXHIBITION “THROUGH HER (TRUE HER)” @ MUSEUMCULTUUR STROMBEEK/GENT – MAY 2020

“THROUGH HER (TRUE HER)” est une exposition sur l’invisibilité. Plus précisément, sur l’invisibilité du corps des femmes noires dans l’espace public et leur oppression dans la société capitaliste dominante. Non seulement les femmes noires n’ont pas de voix, mais elles sont également vues à travers un prisme qui les associe à une identité collective et à une culture considérée comme inférieure et fortement stéréotypée.

Anne Wetsi Mpoma a été invitée comme commissaire indépendante. La raison immédiate est son implication dans le projet Being Imposed Upon des artistes / curateurs néerlandais Vesna Faassen et Lukas Verdijk, qui a pris forme à Cc Strombeek en 2019. La publication qui en résultera, qui sera présentée en mai 2020, offre un forum aux femmes d’ascendance africaine qui vivent et travaillent en Belgique et répond à la question de savoir quels thèmes féministes ont été sous-exposés dans le débat actuel sur la décolonisation en Belgique.

Pascale Obolo, cinéaste et chercheuse en pensée décoloniale, a été invitée par Anne Wetsi Mpoma pour montrer certaines de ses œuvres vidéo, comme Déambulation Carnivalesque Von Puttkamer. En tant que chercheuse, Pascale Obolo propose également de questionner la collection du S.M.A.K. (le Musée d’Art Contemporain de Gand, qui fait partie de la même structure que le Cultuurcentrum Strombeek) et de présenter un “work in progress” de ses recherches dans l’exposition Through Her (True her), Het weefsel van tegenverhalen (The fabric of counter stories)

L’exposition se compose de deux parties:

Het weefsel van tegenverhalen (Le tissu des contre-histoires). La cinéaste et chercheuse Pascale Obolo vous livre les prémisses de ses recherches sur la collection d’art du S.M.A.K., sur laquelle elle commente : “Le SMAK collectionne des œuvres du monde entier, mais l’histoire coloniale de Gand et du pays fait totalement défaut.”

Through Her (True her). La conservatrice indépendante et historienne de l’art Anne Wetsi Mpoma dévoile dans son récit des contre-histoires des artistes “qui prennent en compte la totalité des rapports sociaux”, pour reprendre les mots de Françoise Vergès, qui parle du féminisme de la totalité. Chacune des artistes sélectionnées s’exprime à travers un médium spécifique (peinture, installation visuelle ou sonore, performance, vidéo, photographie, tapisserie, dessin, collage, …). Chacune d’elles explore des domaines d’intérêt spécifiques à sa pratique artistique.

Avec :

Hélène Amouzou
Marlene Dumas
Sofia Tate Avramides
Rokia Bamba
Muhiba Botan
Ann Veronica Janssens
Agnès Lalau
Zoe Leonard
Albertine Libert
Odette Messager
Ingrid Mwangi Robert Hutter
Nathalie Nijs
Laura Nsengiyumva
Maria Nordman
Mireille Asia Nyembo
Debbie Engala, Lauren Linzinde, Luna Mahoux, Leïla Nsengiyumva (Nymphose)
Pascale Obolo  
Pipilotti Rist 
Erika Rothenberg
Adriana Varejao 
Kara Walker


Plus d’informations sur le site www.ccstrombeek.be

AFRICAN ART BOOK FAIR 2016

Programme des manifestations de l’African Art Book Fair 2016

  • Opening

Cocktail / Vernissage

Date : 4 mai 2016, 17h.

 

1° – Panel de discussion 

Thème : La librairie du futur

Intervenants : Mara Ibramovic (Commissaire), Alicia Knock (Conservatrice au Centre Pompidou)

Date : 4 mai 2016, de 11h  à 12h

 

2° – Panel de discussion 

Thème : À quoi servent les foires internationales d’art du livre ?

Intervenants : Librairie aux 4 vents, Brendan Wattenberg (Aperture)

Modératrice : Hafida Jemni (Afrikadaa)

Date : 4 mai  2016, de 14h à 15h

 

3° – Panel de discussion

Thème : Présentation de livres d’artiste

Cette session a été créée pour promouvoir l’excellence et le dialogue dans le livre d’artiste.

Intervenants : Kader Attia, Jean-Pierre Bekolo, Albano Cardoso

Modératrice : Hafida Jemni (Afrikadaa)

Date : 4 mai 2016, de 15h à 16h

 

4° – Panel de discussion

Présentation de l’œuvre d’Emma Willemse : « 101 ways to long for a home » 

Date : 5 mai 2016, de 11h à 12h

 

5° – Panel de discussion

Thème : Edit: Disrupting the African narrative through new media

Intervenants : Ayiba Magazine

Modératrice : Maya the Poet

Date : 5 mai 2016, de 14h à 15h

 

6° – Panel de discussion

Thème : Actes de publications

« Actes de publications » examine la relation entre l’édition et la distribution de livres d’artistes à d’autres pratiques de l’Art, le Design graphique et le Commissariat. Les orateurs choisis ont des pratiques multiformes qui travaillent la critique entre ces zones.

Intervenants : Chimurenga, OFF the wall (Alix Koffy), Katja Gentric (Artiste Historienne de l’art)

Modératrice : Pascale Obolo (Afrikadaa)

Date : 5 mai 2016, de 15h à 16h

 

7° – Panel de discussion

Thème : “‘Until the lions have their own historians’: Changing the Game in African Art Writing” 

Intervenants : Bisi Silva, Aidah Muluneh + écrivains et artistes

Modératrice : Neelika Jayawardane (Africa is a country)

Date : 6 mai 2016, de 11h à 12h

 

8° – Panel de discussion

Thème : Imprimer des artistes et des conservateurs

Dans « Imprimer des artistes et des conservateurs », la question sera d’explorer comment le texte imprimé et l’image deviennent matériaux pour la création de nouvelles œuvres, tandis que le livre d’artiste et le magazine deviennent des objets et des espaces à eux-mêmes.

Intervenants : Pascale Obolo (Afrikadaa), Sulaiman Adebowale (Amalion Publishing), Katja Gentric (Artiste Historienne de l’art)

Modératrice : Syham Weigant (Diptyk)

Date : 6 mai 2016, de 15h à 16h

 

9° – Panel de discussion

Thème : Exposer le livre d’artiste

Intervenants : Kai Lossgott, Emma Willemse

Modératrice : Katja Gentric (Historienne de l’art )

Date : 7 mai 2016, de 11h à 12h

 

10° – Panel de discussion

Thème : Les enjeux de la production critique dans les territoires du Sud

Intervenants : Chimurenga, Afrikadaa, Diptyk, Mosaiques (Parfait Tabapsi), ARTAFRICA (Suzette Bell-Roberts)

Modératrice : Neelika Jayawardane (Africa is a country)

Date : 7 mai 2016 de 15h à 16h

 

11° – Rendez-vous quotidiens

Open Talk : Espace dédié à la présentation : Les éditeurs indépendants et les directeurs en chef des maisons d’édition peuvent s’inscrire pour présenter leur structure

Workshop : Atelier de réalisation de livres d’artistes avec JayOne et Kai Lossgott

Exposition : « Exposer la pensée » avec  Kai Lossgott, Emma Willemse et Ruth Sacks

Apéro-lecture performative avec une sélection d’artistes tous les jours, à 17h

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Events program of the African Art Book Fair 2016 

  • Opening

Cocktail / Art opening

Date: May 4th 2016, 17h.

 

1° – Discussion panel

Theme: The future the book trade

Panellists: Mara Ibramovic (curator), Alicia Knock (museum conservator at the Pompidou Centre)

Date: May 4th 2016, from 11h to 12h 

 

2° – Discussion panel

Theme: What are international book fairs for? 

Panellists: Librairie aux 4 Vents, Brendan Wattenberg (Aperture)

Moderator: Hafida Jemni (Afrikadaa)

Date: May 4th 2016, from 14h to 15h

 

3° – Discussion panel

Theme: Artists’ books presentation

This session was created to promote excellence and dialogue around artist books.

Panellists: Kader Attia, Jean-Pierre Bekolo, Albano Cardoso

Moderator: Hafida Jemni (Afrikadaa)

Date: May 4th 2016, from 15h to 16h

 

4° – Discussion panel

Presentation of Emma Willemse’s work: “101 ways to long for a home”

Date: May 5th 2016, from 11h to 12h

 

5° – Discussion panel

Theme:  Edit: Disrupting the African narrative through new media

Panellists: Ayiba Magazine

Moderator: Maya the Poet

Date: 5 May 2016, de 14h à 15h

 

6° – Discussion panel

Theme: Publication acts 

“Publication acts” examines the relationship of the publication and the distribution of artists’ books to other art forms, graphic design and curating. The chosen panellists use multiform practices that offer a critical vision between these worlds.

Panellists: Chimurenga, Alix Koffy (OFF the wall), Katja Gentric (Artist and Art historian)

Moderator: Pascale Obole (Afrikadaa)

Date: May 5th 2016, from 15h to 16h

 

7° – Discussion panel

Theme: “‘Until the lions have their own historians’: Changing the Game in African Art Writing” 

Panellists: Bisi Silva, Aidah Muluneh + writers & artists

Moderator: Neelika Jayawardane (Africa is a country)

Date: May 6th 2016, from 11h to 12h

 

8° – Discussion panel

Theme: Printing artists and conservators

The aim will be to explore how the printed text and image become materials for the creation of new works, while the artist book and magazine are works in and of themselves.

Panellists: Pascale Obolo (Afrikadaa), Sulaiman Adebowale (Amalion Publishing), Katja Gentric (Artist and Art historian)

Moderator: Syham Weigant (Diptyk

Date: May 6th 2016, from 15h to 16h

 

9° – Discussion panel

Theme: Exhibiting the artist book

Panellists:  Kai Lossgott, Emma Willemse

Moderator: Katja Gentric (Artist and Art historian)

Date: May 7th 2016, from 11h to 12h

 

10° – Discussion panel

Theme: The stakes of the critical production in Southern territories

Panellists: Chimurenga, Afrikadaa, Diptyk, Parfait Tabapsi (Mosaïques), ARTAFRICA (Suzette Bell-Roberts)

Moderator:  Neelika Jayawardane (Africa is a country)

Date: May 7th 2016, from 15h to 16h

 

11° – Daily events

Open talk: A space dedicated to presentation. Independent editors and chief editors of publishing houses can sign up to present their structure.

Workshop: Artist book production workshop with JayOne and Kai Lossgott

Exhibition: “How to show thought” with Kai Lossgott, Emma Willemse and Ruth Sacks

Performative Reading-apéro: With a selection of artists at 17h