Afrikadaa

LA MARCHE DES CRÂNES À PARIS

par Jean-Pierre Bekolo (1er juillet 2022 à 10:25)

Crédit : Afrikadaa

Qui a autorisé cette marche ? Une marche des chefs camerounais ! Une marche à Paris ! En fait ils ne marchent pas, ils dansent comme des Sioux autour de l’obélisque de la place de la Concorde provenant de l’Égypte pharaonique.  Dansent-ils pour célébrer ces camerounais inconnus de la division Leclerc qui ont libéré Paris ce 24 août 1944 et que la France a toujours caché ? Certainement pas. Les chefs camerounais vont parader le 10 juillet à Paris pour célébrer la fin de leur culture « africaine » qu’ils sont obligés d’aller montrer à ceux qui l’ont neutralisé.

Si les chefs ont obtenu le feu vert des crânes pour exposer leurs objets rituels dans un musée et de s’exposer eux-mêmes lors d’un défilé dans les rues de Paris, c’est qu’ils reconnaissent qu’ils n’existent plus qu’à travers le regard de l’autre. C’est à dire que même les « crânes » reconnaissent que dans cette culture africaine, où tout a un sens et une signification, est elle-même devenue insignifiante à leurs propres yeux et que leur existence de rois nègres n’est plus qu’un spectacle où ils jouent à être des Africains. 

Imaginez qu’un habitant de ce quartier parisien descende acheter sa baguette et tomber sur ce défilé royal de chefs camerounais dans les rues de Paris. Il regardera ces images qui viennent d’un autre monde et qui n’ont rien à faire à Paris, l’invitant dans ces conciliabules d’ancêtres qui ne sont pas les siens. Il pensera à tout, sauf à ce que les chefs eux-mêmes pensent de ce qui se passe au musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Car s’il y a bien une chose dont il faut discuter, c’est du sens de ce qui est montré. Quand un lamido (chef de la région du Nord-Cameroun) se promène dans la ville, c’est une reconnaissance de son pouvoir sur son territoire et ses sujets. Quel est le sens de la marche d’un chef camerounais dans les rues de Paris ?

La grande différence entre La Route Des Chefferies, le nom de cette exposition au musée et l’Exposition Universelle de 1900 est le « lifting ».  Contrairement aux objets et aux personnes exposées à l’époque, comme la Vénus hottentote, nos objets exposés en 2022 sont des victimes consentantes. S’il y a une chose qui sépare fondamentalement la culture africaine de la culture occidentale, c’est que le dieu africain est partout, alors que le dieu monothéiste des Blancs a été envoyé au ciel. Sur terre, il a été confiné dans les églises. Cela signifie qu’en Occident, non seulement Dieu est prisonnier, mais il est absent de la vie quotidienne et de la société. L’Occident fait exactement la même chose en enfermant les objets rituels africains dans les musées. Enfermez les dieux africains et libérez les sociétés africaines ! Dieu a montré le chemin à l’Africain, l’Africain imite Dieu et invente ainsi l’homme à son tour. N’oublions pas que ces statues du Quai Branly sont une prière, une prière pour la maternité, une prière pour la fertilité, pour la beauté des enfants… Arrêtez de les regarder comme si elles trouvaient leur raison d’être dans le plaisir qu’elles vous procurent. Parce qu’elles sont écrites sur du bois, vous prenez ces pensées africaines pour des statues.  

Pendant longtemps, on a fait croire aux Africains que leurs traditions étaient la cause de leurs malheurs. L’Occident a toujours voulu vider la société et la vie africaine de sa substance, dans laquelle chaque objet, chaque être, chaque geste, chaque moment et chaque événement est spirituel. Comme en Occident, le vide laissé par l’absence de Dieu a été remplacé par l’argent. Le monde sans Dieu est un immense marché où tout se vend et s’achète. Gagner de l’argent devient le seul acte religieux qui a un sens dans cette société africaine qui voit ainsi l’Occident achever le projet colonial, qui est avant tout un projet capitaliste.

L’entrée dans la modernité a un prix sur le marché. Au Quai Branly, on achète et on vend. Les spectateurs paient, les objets sont vendus, tout ce qui reste du vide laissé par une spiritualité chassée du monde, c’est le commerce. La mission des chefs à Paris est de vendre et de se faire acheter. La seule valeur qui reste aux simples acteurs qu’ils sont devenus est l’argent qu’on leur verse pour qu’ils cessent d’être la force qu’ils représentent. Car ces sociétés païennes, par leur existence même, constituent un acte de résistance contre un capitalisme envahissant, prédateur et destructeur, qui efface tous les autres sens possibles que l’on pourrait donner à la vie. L’espoir que les sociétés africaines auraient pu transmettre d’autres modes de vie au reste de l’humanité est ainsi détruit.

Quelle est la différence entre la culture des Bamilékés et le postérieur de la Vénus Hottentote ? Dans les deux cas, il faut montrer et exposer quelque chose qui n’est pas destiné à être montré à un public qui n’en demande pas tant. La culture africaine existe, personne n’en doute à Paris, et l’existence d’un musée conçu par Jacques Chirac, comme celle du musée du Forum Humboldt à Berlin, pose la question du « dévoilement » de ce qui est caché dans un jeu du caché et du dévoilé auquel se livrent les cultures primitives que l’on veut exposer, qui ont prévu dans la même danse, dans le même objet, dans le même geste, un sens pour les initiés et un spectacle pour les non-initiés. Sauf que ce ne sont pas les sorciers africains et leurs chefs qui pratiquent leurs rituels au Quai Branly, mais des apprentis sorciers blancs qui exorcisent leurs démons nés d’une rencontre brutale avec le pays Bamiléké, où les crânes des 400 000 personnes tuées par la France ne peuvent plus rien demander à ce pays… pas même une case où les crânes seraient enfermés comme dans une église et où les morts écouteraient les prières des vivants. Les crânes auront définitivement quitté le pays Bamiléké pour s’installer à Paris — vidés de Dieu ou de ce qui en tient lieu. 

Était-il nécessaire d’aller au Quai Branly ? S’il n’y a pas d’espace dans cette exposition pour que cette question soit posée au regard du contentieux historique qui est un préalable, il devient trivial que le projet de La Route des chefferies soit une esthétisation des relations politiques dans un but commercial. Quand on investit sur le marché mondial, quand on doit gagner de l’argent, il faut d’abord se décharger d’un certain passé qui est une entrave, une histoire qui handicape, un obstacle au développement. Il faut surtout arrêter de faire des « histoires », une histoire vient remplacer une autre pour mieux fabriquer l’oubli.

Entre le caché et le révélé, les crânes Bamilékés à Paris sont des ombres qu’on met en lumière pour mieux les garder dans l’obscurité. On montre pour mieux cacher, voilà le prix de cette universalité opportuniste qui vide grâce aux masques le discours mémoriel de son contenu afin de produire ce nouvel Africain débarrassé de ces mêmes masques qu’on expose et qui a le visage de la réussite selon le modèle américain de l’entrepreneur dans le capitalisme néolibéral. On nous offre l’image d’une Afrique qui doit rattraper un supposé « retard » et qui doit « avancer » en laissant derrière elle un « passé » qui est maintenant pointé du doigt comme un « fardeau »… parce qu’il accuse. Ici, la dénonciation des crimes devient une victimisation. Il n’y a pas de place pour une commission vérité et réconciliation, la mémoire ici est sélective, la bonne produit une belle exposition, la mauvaise est la cause de l’immobilisme. 

Si les Bamilékés peuvent vous présenter aujourd’hui leurs œuvres culturelles, contrairement aux autres peuples d’Afrique, c’est précisément parce que les Bamilékés du Cameroun ont résisté au colonialisme. Ils ont refusé votre Dieu et comme les Bassas ont pris les armes contre le colonisateur français. Regardez bien ces masques bamilékés qui vous regardent. Ce ne sont pas des masques, ce sont les 400 000 âmes errantes qui attendent des funérailles au cours desquelles la France va leur demander pardon pour que la fête commence enfin.

Jean-Pierre Bekolo : cinéaste camerounais. Il a réalisé le film, Les saignantes.

H et l’écologie du bluff

par PAW (4 juin 2022 à 21:28)

crédit : Afrikadaa in Megan Cope, Untitled (Death Song)(2020)

Malendure system’s slay us, don’t let dem fool our mixtape-world. Personne ne veut se cramer les mains pour éteindre sans gants les mega-incendies et bâter les grands entreprises criminelles et les orpailleurs de noirceurs — l’exposition Réclamer la Terre échoue (heureusement) sur une caye cimentée sans déchiffrer les os polis des sous-mondes (femmes de ménage, dealers, militant·es, éboueurs etc.) taclés par le bitume et les condés dedans les cales du 75.

  1. « Le poids, comb’ de tonne de carbone a émis et émet cette exposition qui s’autoproclame CRI écologique !? pérou, brésil, australie, guyane, usa… tout’ une logistique polluante ne serait-ce que pour déplacer artistes venant sur la capitale. Au moins, la commissaire de l’évène’ aurait pu indiquer sciemment et ostensiblement un BILAN CARBONE afin d’imaginer de nouveaux calculs du monde et inventer un langage math’ hors de tout technique et en mesure de soustraire nos pollutions saint’. Ç’aurait été un peu sérieux en vue des impératifs de décarbonisation, de déformation écologique, de réductions de notre consommation et de nos déplacements. Jà, on peut noter que ce soi-disant CRI ne sera pas suivi de métastase structurante et algébrique pour conception de futures expos en sein de cette institution. Equivalent à : d(𝛾u(t), 𝛾v(t)) = √2.t(1-(K÷12).t2 + O(t3)) quand expo→0 »
  1. « Les obras sont calli et écorelationnelles mais basta. Les artistes sont divers et forment une unité exotique ou presqu’. Très bien. L’exposition est composée de conseiller.es scientifiques sans visions sur le contexte français-colonial. Basta. Les recherches curatoriales s’écartent du regard eurocentrist’ et se parent d’une cornée dit’ globale mais pourtant le monde est incontournable, l’espace-temps de l’expo→ ne saurait miniaturiser l’immense étendue en une géographie hégémonique. Basta. L’ensemble des obras formule critique paracoloniale à partir de différents continents. Basta. iels réclament pacifique’ la fin de l’extractivisme mondiale. Basta. Les artistes recalibrent, dedans l’space-temps compartimenté, les humanités, les non-humains et les ‘cosystèmes en confluence. Oké. »
  1. « Les recherches exprimées ne sont pas actualisées ni mit en lien avec le lieu où s’déroule l’exposition — Et la Seine ? L’histoire de ce fleuve est qu’une peau desséchée sans passé ni poésie, le suicide de Celan ne glorifie goutte. Le commissariat arrive pas à cuisiner les oeuvres sélectionnées avec les enjeux les plus pointus de l’écologie décoloniale développés par exemple dans l’ouvrage Une écologynoire du philosophe, Norman Ferdinand Noël (!!) »
  1. « En surplus, dans Réclamer la Terre, il n’y a pas d’artistes autochtones francisé.es soit vivants dans les possessions coloniales françaises. On se demande bien pourquoi l’équipe curatoriale s’est aventurée à trouver des artistes d’Australie ou du Canada lors même qu’il y a des artistes avec des luttes primordiales et légitimes en mesure de tisser cette conscience écologique dans nos territoires racialisés !? Tout çà pour des roros… Le programme gouvernemental Australie Now mais aussi la fondation Opale et d’autres « soutiennent » phynancièrement la gamelle de cette expo→environnementaliste et permet de facto d’entretenir cette imposture et ce subterfuge curatoriale et intellectuelle. » 
crédit : Afrikadaa
  1. « « L’arrogance est très différent de l’ignorance » (cf. Buju Banton), Elle autorise des détours sous couleur de diversités sans souffrir de l’anti-jouissance de la conscience des crimes des côlons français. C’est bien connu, les possessions coloniales de la France sont peuplées de forêts et d’atolls vierges sans traces indigènes. Nonobstant l’artifice de référence décoloniale et antiraciste (cf. Nathan Hare) et l’invisibilisation systémique des ancien’ colonies françaises dans cette réflexion écologique, Rien ne crie haro des ravages et de l’incurie de l’État Australien envers les communautés aborigènes dont le documentaire Another Country (2015) est icite une virtualité manquante. » 
  1. Entretemps, un groupe d’amérindien.nes tentent de se suicider avec du cyanure. On recense, depuis avril dernier, quat’ suicides de jeunes autochtones en Guyane et d’autres tentatives échouées.
  1. « Mais encor’, le coeur de l’exposition nous met dans le même van que des criminels écologiques récidivistes comme TotalEnergie et j’passe. Faut-il préserver de futur partenariat ou mécénat d’entreprises !? ou sabrer-décaler ad hominem lé grand’ sociétés polluantes et précieuses en commençant par le couple mode-cosmétique, GUERLAIN, RICHARDS MILES, DELEUZE&GUATTARI, BURBERRY… »
  1. « mon pendard, cé toujours la faute de personne ou de tout le monde, Pourtant « La densité de l’Histoire ne détermine aucun de mes actes » « je suis un homme, et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre. Je ne suis pas seulement responsable de la révolte de SAINT-DOMINGUE… » — Frantz Fanon. »
  1. « JE conteste la fout’ notion d’homme conçu par l’Occident qui n’est que l’une des bris du miroir qui reflètent le visage d’un aryen. J’suis un « poisson politique » 𓆟 (cf. Sanglis) ayant pour paragon l’Homme-requin du Roi du Dahomey, BÉHANZIN, exilé en Martinique après l’invasion et le pillage de son royaume par les trou’pes françaises. »
  1. Entre-temps, une espèce non-humaine disparaît définitivement de la face de la terre.
  1. « ’exposition s’enferme dedans un habitacle hors-sol pris de vitesse lors même que des humanités asservies sont cloués à terre. Les banlieues parisiennes et les territoires français-coloniaux sont effacés du discours curatorial. Des lieux où « les condés sont trop yomb, ils ont rien pété d’la s’maine » (cf. H. La Drogue). Or dès midi, dans un quartier de la périph’, un ban de baleine est pourchassé par des capitaines ACAB (!!) de la BAC. Ils ont toujours en mémoire la révolution de 2005 sous le képis et dans les muscles, ils préparent un’ guerre raciale pour le match retour — on sait le bien, on se calibre aussi : Benzema re-mon-ta-da #2022 (nous jouissons tous, ou pas, de la référence car plus d’une seule conscience éclaira la nuit) ; violentes, ces chasses à l’ömme racisé performent l’imaginaire coloniale et se terminent parfois à l’hosto, l’anus ouvert, ou sous un lin, la trachée brisée. 

Faire ban de baleine dedans la favelas, 

Trahir l’humanité, sais pas encore comment !?

Soit, ne pas être au banc à cirer la hure de ce monde anti-noir. »

  1. « Malgré leur volonté de renoncer à l’eurocentrisme, l’équipe curatoriale manque de se nourrir des enquêtes à potentiel écologique esquissé par leurs prédécesseurs comme le commissaire d’exposition, Simon Njami basé à PAris et parti en 1992 à la Martinique pour un numéro spécial de Revue Noire : « Dans un café littéraire créole animé par Edouard Glissant, l’écrivain me faisait part de son projet de donner une autonomie à la Martinique en faisant d’elle le « premier espace écologique du monde ». La même problématique ressurgit dans chaque île : à quoi correspond l’identité caribéenne ? » (Joséphine décapité, Revue Noire, n°6, Caraïbe, 1992, page 40) 
  1. « Le dispositif curatorial qui entoure l’installation de Megan Cope, Untitled (Death Song)(2020) [sans titre (chant de mort)] est aussi froid que celui du hall sous un soleil de plomb. Ne cuisinant pas l’intention de l’artiste, cet obras perpétue la « double profitasyion » écologique et coloniale hoir de l’Esclavagisation des noir.es et du Colonialisme exposée par le jeune philosophe, Norman Ferdinand Noël (!!) dans son livre Une écologynoire. Le chercheur indépendant mont’ par l’exemple de la plantation coloniale, qu’à partir de la modernité, la profitasyon de la totalité-nature a été agencée à celle du bondage des humanités africaines. Ainsi, l’exploitation intensive des humanités indigènes et celles transbordées en Colonie américaine allait de pair avec la déforestation et l’extermination des peuples autochtones et des communautés non-humaines. Norman Ferdinand Noël (!!) appelle cette agencement qui fait profitasyon du microcosme cannibale et des communautés vivantes : « l’habiter colonial ». »
  1. « Mo pa ka bité ké to, 𓊛 nous pagayons un va’a dedans l’évent, nous sommes pas des pirates. Revenons à  l’installation Untitled (Death Song)(2020), un orchestre de chambre de six instruments composés de grand’ vis d’Archimède recyclées, de fût en acier, de cordes de piano & de roches. Encore, un désir aristocratique d’être le chef d’orchestre de la nature par domestication du dehors et son anthropomorphisme. » 

« (Cette obras, mais je pourrais aussi bien la qualifier de « nka ») Ce nka transpose en complainte, le cri d’un oiseau d’Océanie en voie de disparition. Mais cette complainte, ne s’rait se limiter aux seules communautés animales non-humaines, com’ le montre Norman Ferdinand Noël (!!) en s’inspirant de la littérature caribéenne pour tympaniser sa philosophie souvent mal auditionnée pour contrefaire dé CRI policé.

L’énigmatique René Beauregard, chevalier des causes perdues ? (crédit: France-Antilles)

Dans son roman Malemort, l’écrivain Edouard Glissant romance, sans volonté d’élucider, le meurtre en 1949 d’un réfractaire martiniquais par des gen’armes. Ces dernières reprochèrent, après coup, « mais ce n’est pas la balle qui l’a tué. C’est les oiseaux » (p.46) qui ont pris la vie du réfractaire, René Beauregard, ancien employé de l’Usine du Marin qui, après son licenciement par les usiniers, s’est résolu de se venger de ces békés de patron. Li va trouillé plusieurs personnes. Et pendant la cavale de Beauregard, alias Beausoleil, alias Beautemps, alias Beaucrabe, lé forces de l’ordre « dépistaient tous en lui le marron d’hier dont ils avaient gardé une crainte si affolante » (p.45) 

« Et qui depuis sept ans ne faisait que fuir au-devant des gendarmes » (p.48).

« Ces gendarmes-là avaient pris l’habitude de faire un feu d’artifice sur chaque branche où on pouvait croire qu’un ortolan s’était posé. Tu vois la plume de l’oiseau, c’est feu. » (p.46)

« Dans cet étoilement où ils fusillèrent le hasard qu’ils avaient tant appelé : un oiseau qui s’éleva au-dessus de l’endroit où l’homme dormait invisible et qui ainsi déclencha cet énième et terminant tintamarre — un oiseau parmi six ou sept qui dormaient au-dessus de lui, avec lui — peut-être avait-il bougé ou soudain sifflé dans son rêve — et les deux gendarmes sans hésiter (mais à coup sûr sans aucune conviction) tirèrent sur ce branchage qui tremblait, comme l’homme tentait déjà mort de se dresser ils le criblèrent sans fin — de sorte aussi qu’il sur sa couronne d’oiseaux déchiquetés, qui l’accompagnèrent pour le voyage au-delà des eaux, — et qu’on peut dire qu’il réussit une mort sommeilleuse, loin du désert qu’avait été sa vie : (c’est les oiseaux, dirent-ils) » (p.58)

« (Il faut parler de ces gendarmes-là.) Ils plastronnent. Ils débordent d’une célébrité en fièvre et en rondeur. Chacun court voir le banc où on a charroyé le cadavre. Beautemps a grossi, depuis sept ans qu’il ne travaillait plus, dormant sous la branche et mangeant à ripaille derrière les cuisines des cases pendant que dans la grande pièce la famille assemblée se terrait. » (p.59)

« Dans la matérialité des espaces antillais effacés de l’exposition, ce sont ces mêmes vent d’armes pusillanimes qui se sont réfugié derrière des « C’est les oiseaux, dirent-ils » après avoir massacré à coup de feu feu feu la foule de gréviste en Mé 67″

« Soit, les alliances interespèces ne sont pas toujou’ infaillible. Certaines ont établit l’habiter coloniale « à même le sang du suicide des bêtes à feu » (cf. Césaire). Cependant, lé non-humains tués ou lé cris d’oiseaux mise en cage sont aussi l’analogie et la métastase politique de cardiocides d’humanité racisée et particulièrement dé femmes noires !!! Norman Ferdinand Noël (!!) relate dans son livre un meurtre dans son Bât’ universitaire en métropole — un étage en dessous de sa chambre d’étude : « Hélas, je sais ce que ressent l’oiseau en cage / Parce que l’oiseau en cage chante la liberté » (poèmes cités par l’auteur) »

« Une étudiante noire de la Martinique a succombé dans son sommeil des coups de son petit-copain noir d’origine haïtienne. Ce dernier — li s’appelle Jésus, cela ne s’invente pas — l’avait empêcher d’aller à l’hôpital malgré ses cris et suppliques de douleurs. Elle était enceinte de quelque mois. La nuit d’avant, li l’avait rosé de coups dans le ventre. Au petit matin, elle avait déposé une main courante au comico. Dans la soirée, de retour dans son logement contigu, elle a commencé à souffrir au ventre. Lui l’avait interdit de sortir du studio de 18 mètre carrée et intimer de se coucher sur le lit. Et que cela passera, pensant qu’elle pouvait tout endurer. Cela passa. Mais elle ne sentit plus son ventre. Au surlendemain, des CRIs ont éclaté… c’était ceux du petit-copain qui découvrait le corps sans vie, le ventre froid ! — Misogynoir dixit, le philosophe afroféministe, Norman Ferdinand Noël (!!), ce sont des violences et parfois féminicide frappant les femmes noires et pouvant survenir d’homme noir » » 

  1. « Bien malheureux, ceux qui peuvent encore crier. Il se peut bien que cette exposition Réclamer la terre débute à l’an’ zéro de l’cologie cherchant un CRI lorsque nous-même nous suffocant h h h. Épuiser d’avoir crier haro ! depuis x siècles h h h. Le titre même de cette habitacle nous jette dans une insouciance hégémonique en usant de « signifiant vide », j’reprends les citations de Ernesto Laclau cité par Norman Ferdinand Noël (!!). L’infinitif du verbe transitif « réclamer » plante, sans gants, un flou ou une fleur 𓆰 de Seth, on ne sait si cette action sur ce terrain vague est passée, actuelle ou à prophétiser. La phrase à l’infinitif, en soi, n’ fait couac, « nous réclamer, je réclamer » sont des figures de style convenues. En bref, la titre a plutôt l’allure, face à l’effondrement en cours du vivant, d’une recette de cuisine, « réclamer la terre puis éplucher… proprement » ou d’une posologie clandestine « réclamer la terre puis par voie… administrer… ». Mais fait’ bélek : ne surtout pas confond’ comprimé et suppositoire. Enfin, ce qui pose problème, c’est du moins l’absence de subjectivité pareil à slogan publicitaire, un·e lobbyiste de l’industrie fossile est tout autant légitime de « réclamer » cette terre qu’un Kanak. Mais encor’, un volcan li peut réclamer la terre ? »
  1. Diga-bop-bop beep bop, chuis pas venu dribbler ni faire des petits ponts critiques puis lober les expo du Palais de Tokyo, de base, j’étais venu voir l’oeuvre de l’artiste Tabita Rezaire sans me fouler trop les neurones. 
  1. « H ou le hoquet du poète Léon Gontran Damas : « Désastre, parlez-moi du désastre, parlez-m’en ». Cette injonction rhétorique pop à encrypter sous un caractère muet h h h une critique apyre capable de d’monter, comme un engin volé, le CRI de l’exposition Réclamer la terre. Ce cri de chien de faïence n’est ni un hurlement ni un ha ni un ho ni un hi mais un hallali à même de sacrifier « ceux sans qui la terre ne serait pas la terre » (cf. Aimé Césaire). C’est une glottophagie qui dilue la profitasyon coloniale liée au cahot écologique dedans un trou de vent naïvement global. L’écologie sans la libération des noir.es, sans aucune hie ni arme à feu, c’est du pipo, m’contrefout des miracles, préfère avec Aimé Césaire les lahars en vidé. Le commissariat entretient, pour les bobos et la popo, une écologie du bluff reproduisant des vies noires sans dignité avec des accélérations R2 vers le point final de l’extinction en cours des communautés les moins nobles. » 
  1. « J’en veux pour preuve que ce projet curatorial noyé dans l’écologie du bluff dédaigne vies noires et épargne le racisme anti-nègre systémique : Tiens ‘onc, holà, oh là là, LES MÉCÈNES DU CERCLES ART & ÉCOLOGIE de l’exposition sont actuellement composés de la Maison GUERLAIN dont « le tribunal correctionnel de Paris a condamné à 6 000 euros d’amende le descendant du fondateur pour injure raciale. » Le hoir condamné à plaid’ son innocence avec l’indécrottable « je ne suis pas raciste, j’ai des amis noirs ». — Ah bon. La just’ice a tout de même condamné et sanctionner ses propos racistes qui suivent : « Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… » — Moo, dëgg la, Ah bon. »
  1. « Or quelques mois avant son procès, le larron qui profite encor’ des retombés matériels via les avantages fiscaux du mécénat et du capital sympathie du Palais de Tokyo fait tombé une énième attaque aveugle, qu’on appréciera à sa juste valeur : « La France est un pays de merde, c’est une boîte de merde et en plus on n’est servi que par des immigrés. » »
  1. « Mais ils diront « C’est les oiseaux ». En négligeant lé rudes proses anti-noir affligées au sous-monde, vous pouvez toujours regarder cette exposition « comme vous écoutiez la mer et un combat de chiens et l’oiseau tragique dans le vent et les sables d’acier face aux vagues. »

Sinon, il est temps d’être beaucoup plus hadal, non pas consentir à une seule profondeur mais peupler l’espace-temps avec l’instinct des variétés insoupçonnable de l’Antarctique. 

Penser de loin, l’étendue est une surface continue et sans fracture, « l’imagination en est impossible, et d’ailleurs inutile. Imaginer les terres australes et tout ce qui vous en sépare est inutile dès lors que l’avion vous y porte en vingt heures. Aujourd’hui, si l’imagination est impossible, c’est pour la raison inverse : c’est que tous les horizons ont été franchis, que vous êtes confronté d’avance avec tous les ailleurs » (cf. Jean Baudrillard)

Ainsi, ne pas tomber dans la manie d’indiquer l’état civil des artistes pour faire valoir les félicités d’un exotisme, le fichage c’est l’affaire de la police. Ils ont de quoi faire, « les condés sont trop yomb, ils ont rien pété d’la s’maine ». 

Amakaba × Olaniyi Studio, Nono: Soil Temple, 2022 (credit: Afrikadaa)
  1. « Delà, renouer avec la matrice du monde qu’est la terre en entrant dedans « Nono : Soil Temple » de Tabita Rezaire, un voyage « à l’opposé de l’intourist meurtrier de l’habiter colonial ». Or nous ne serons donner illimité au concept de « Terre-mère » et ce, en s’appuyant sur les travaux de Norman Ferdinand Noël (!!) qui imagine les déphosphorescences actuelles et à venir du vivant en des « échos lancinant de la fin du monde ou en un horizon tracé par un chien aveugle qui cherche à ce mordre la queue ». Tout en sachant que l’horizon est une illusion et que nous vivons des fin du monde tous les jours : v’la là là « regardez la fin du monde » »
  1. « Ainsi, tout com’ le retour du polygénisme racial par la grâce de la génétique « dans un contexte où la possibilité de transformer le vivant et de créer des espèces mutantes ne relève plus uniquement de la fiction » afin d’écarter « les races jugées ‘indésirables’ ». Le corset des idées de patati-matrice et de patata-mère, qui font un peu trop papa-maman sans aucune forme de totémisme, sont fichu par l’ingénierie génétique (gen. est l’étymologie de phallus dans un’ lalangue inconnue.)  Il n’est plus inconcevable ‘jourd’hui d’imaginer, com’ dans un livre saint ou un roman de science-fiction, des naissances industrielles par non fécondation de l’ovule d’un mammifère-humain soit la réalisation de l’annonciation de la Vierge Marie (toutefois, la parthénogenèse est possible chez plusieurs espèce dont les vertébrés mais pas chez les mammifères-humain. Certains oiseaux se sont plier à l’auto-fertilisation sous la pression de la captivité). Nous espérons bien ne pas assister au vêlage d’un petit Jésus dont l’existence même est jà un énorme télé-matricide voire une réapparition susceptible de la matrice de la race. 

La conscience écologique n’amerrira pas sans le courage des vies au dégrad de l’humanité. Delà, la terre et les communautés de pierre et de sang sont de plus en plus négrifiées. Avant même la destruction de la planète, les entrepreneurs milliardaire et leurs hordes de chercheurs sont jà prêt à « expédier l’excédent de nègres dans la lune » (cf. Yambo Ouologuem). L’US Commercial Space Competitiveness Act adopté sous le gouvernement Biden-Obama est un projet d’extractivisme stellaire qui autorise de nos jours les « citoyens américains d’entreprendre l’exploration et l’exploitation commerciales des ‘ressources spatiales’ ». Les damnés de la terre seront bientôt les engagés d’une plantation sur un astéroïde parmi des milliards. Le travail de pollution a jà commencé, les voyages dans l’espace en fusée habitée se mettent en orbite géostationnaire, les recherches sur l’extraction de matière et d’eau lunaire sont en cours, leur mise en exploitation ne s’rait tarder un millénaire. 

Regardez 𓁹𓁹 : la fin du monde, nous fusille du regard !  »

Certaines lectures laissent des traces, tout mes loess viennent des textes d’Appolinaire le mysigone, mais aussi des éclairs de Grimm et Diderot. Je cogite toujours la sprezzatura de Simon Njami, la millitance des récits de Pascale Obolo et l’oeil féministe des critiques de Elisabeth Lebovici. Saisir et redonner tout’ sa pesanteur au sexe de la beauté (car ils z’ont tous « la beauté », « la beauté » dans la bouche) et puis et puis relancer le vent d’avant la beauté, v’la ce serait çà le gros ankhre de cette écriture mienne qui entend le « nous-je-tu-vous-iel-s » incrée de l’exposition Réclamer la terre. C’est la gravité, le vent. Mes forces aux peuples autochtones (des Guyanes, d’Afrique, d’Amériques et d’Océanie) qui perdent, sans sommation, leurs précieuses jeunesses à l’ombre de la modernité-télé-éthnocide. C’est la gravité, le vent. Vous aurez reconnu ou pas dans le personnage conceptuel Norman Ferdinand Noël (!!), les singularités de Norman Ajari, Malcom Ferdinand, Fania Noël. D’autres auteur·es inattendus et parfois remixés jalonnent ses vagues lignes : Marguerite Duras, Jean Baudrillard, Suzanne Roussi (j’encrypte, je me camoufle), Sanglis qui n’est autre que Edouard Glissant, Edouard qui parle souvent de CRI dans ses textes théoriques, je dis ça commmmmme ça, H. La Drogue (Wélélé la musique noire), Franklin Frazier et son concept de « monde du bluff » dans son ouvrage « Bourgeoisie noire » qu’il serait trop lent long de développer icite. Et encore, Maboula Soumahoro, Yambo Ouologuem dont un congolais m’a appris à prononcer en langue son prénom, Herman Melville et son capitaine ACHAB à qui j’ai soustrait la lettre H et bien d’autres comètes qui sifflent au loin. *P.S : Mathieu Boncour du Palais de Tokyo reconnaît que la production de cette expo représente un « impact carbone élevé ». Basta.

Bientôt, une nouvelle espèce sera aperçu : ******* radioactive.

PAW PAW PAW ················································ RER C, Choisy — Cayenne, Guyane.

PAW (Paul-Aimé WILLIAM) : Membre de la revue AFRIKADAA et doctorant en histoire de l’art de la Guyane (EHESS & IMAF).

AFRICAN ART BOOK FAIR #AABF2022

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African Art Book Fair (AABF)

4th EDITION OF THE INTERNATIONAL AFRICAN ART BOOK FAIR

From 19 to 22nd May 2022, Biennale Dak’Art

The journal AFRIKADAA is thrilled to announce the 4th edition of the African Art Book Fair (AABF). This event will take place from 19 to 22 May 2022 within the framework of the 14th international Dakar biennale at Centre de ressources Ousmane Sembène, place du Souvenir Africain.

AABF: an artistic and innovative proposal

From 19 to 22 May 2022 in Dakar, l’AABF will host a large selection of international independent publishers and artists from different countries,  ensuring diversity of current editorial practices. On the agenda : independent publishers, a place for debate and exchange through round tables, an exhibition area, performance program , workshops and a country of honor, Benin.

The African Art Book Fair is an art project conceived as an independent publishing fair with an exhibition and discussion forum that focuses on specific themes, related to publications on art, photography, design, experimental music, open culture and activism.

The African Art Book Fair also aims to reposition publishing as an artistic practice.

For four days, during the Dakar Biennale, the African Art Book Fair intends to offer a new editorial space focusing on a panorama of the most committed contemporary editorial practices in the production of qualitative and aesthetic publications on a wide range of subjects such as visual arts, cinema, photography, architecture, etc.

Recognizing and supporting qualitative and unique publishing practices, Crossing Disciplines is an integral part of this process which aims to emphasize new innovative editorial practices and the physicality of the book as a medium. 

The 4th edition will focus on the exchange of new North / South editorial practices and will offer independent publishers and partners a meeting platform between professionals of the art world and the public, to promote exchanges as well as the circulation of knowledge from a perspective of contextualization of African works and artists. We will also question publication as a curatorial and artistic practice and the current state of art criticism.

During this event, the AABF focuses on the publisher, the most independent but also the most versatile actor in the art world. Many international publishers selected for the quality of their proposals will be presented during this 4th edition.

In this way, the AABF makes the work of international artists available to the public through affordable editions, while offering an alternative art space alongside biennials, galleries, and museums.

The AABF (African Art Book Fair) platform is positioned as an itinerant and polymorphic entity by participating in fairs, exhibitions, and biennials. The lack of critical production today threatens the transmission of contemporary art from Africa and its diasporas in terms of critical content, analysis, and aesthetics. The AABF will cross borders in order to confirm the unavoidable need to record in writing, to memorize, and to archive new and contemporary forms.


PROGRAM

Independent Publishers : Abdou Diouf Ndiaye, AFRIKADAA, Archive Book, Asai, AWU Dakar, Aziimut, Bandjoun Station Édition, Baobab Édition, Blackmass Publishing, Bruce Clarke, Brook Édition, Chimurenga, DOM publisher, Focal Point, Gloria glitzer, Hangar Artistic Research Center, Hermann Édition, iwalewabooks, La Box, La Galerie Carole Kvasnevski, La Galerie Cécile Fakhoury Editions, La Galerie Clémentine de la Ferronnière, Le LARC (Laboratoire Africain de Recherches en Cyberstratégie), Les Chichas de la pensée, Miguel Marajo Michalis Pichler, Missread, Moleskine Foundation cultural publication, Macina Camara, Mosaïques, Nathi Sihlophe/No Justice, No Peace, Paraguay, Savvy Éditions, Spector Books OHG, Sugarcane, Suture Press, Vertébrale, Zaman Édition, Zeitz MOCAA Édition


Country of honor: Benin

The African Art Book Fair, « Off la biennale de Dakar » is pleased to announce its collaboration with Benin as a country of honor within the framework of the exhibition-event « Art of Benin of yesterday and today, from restitution to revelation » and the publication of the double catalogue of the diptych exhibition « Contemporary Art of Benin » and « Royal Treasures of Benin » by Éditions Hermann.

DAILY EVENTS

Exhibition : « Editing to not remain silent », curated by Pascale Obolo

Artists : Miguel Marajo, Willys Kezi, Rafiy Okefolahan, Macina Camara
« Dakarchives exhibition » curated by Carole Kvasnevski et Abdou Diouf Ndiaye


Benin capsule exhibition : artists Euloge Glèlè and Didier Ahadji curated by Galerie Vallois

Immersive experience of the virtual visit of the exhibition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la Restitution à la Révélation »

A program of round tables with different speakers

Workshops

– Artist’s’ book — workshop with Macina Camara and Abdoulaye Ndoye

– We make books Program — Goethe Institut Nigeria — African Art Book Fair

– Scripto sensa — program of African literary film adaptations by Jean-Pierre Bekolo, filmmaker

PRACTICAL INFORMATION 

African Art Book Fair:  19th to 22nd of may 2022 

Venue: Centre de ressource Ousmane Sembene, Place du Souvenir Africain, Dakar Corniche Ouest.

Schedule: 10am to 7pm

Vernissage: Thursday 20th of may  at 5.30 pm 

Performances: daily

Bénin, country of honor:  from friday 20th of may 

DJ party: friday 20th of may starting at 8pm

Finissage: Sunday 22nd of May at 4.30pm and Miguel Marajo’s performance

For more information: Kit press

*

La revue d’art AFRIKADAA est heureuse d’annoncer la quatrième édition de l’African Art Book Fair (AABF) durant la Biennale de Dakar. La manifestation se tiendra du 19 au 22 mai 2022 au sein de la 14e Biennale  internationale  d’art  contemporain  de  Dakar  au Centre de ressource Ousmane Sembene, place du Souvenir Africain. 

 
L’AABF : une proposition artistique et novatrice

L’African Art Book Fair est un projet artistique conçu comme une foire d’éditions indépendantes accompagnée d’une exposition et d’un forum de discussion qui se concentre sur des thématiques spécifiques, liées à des publications sur l’art, la photographie, le design, la musique expérimentale, la culture ouverte et le militantisme.

Reconnaissant et soutenant les pratiques de publications qualitatives et uniques, Le croisement entre les disciplines est une partie intégrante de ce processus dont l’objectif est de mettre l’accent sur les nouvelles pratiques éditoriales innovantes et la physicalité du livre en tant que médium. 

Cette 4ème édition portera sur l’échange des nouvelles pratiques éditoriales Nord / Sud et offrira aux éditeurs indépendants et partenaires une plateforme de rencontre entre professionnels du monde de l’art et le public, afin de favoriser des échanges ainsi que la circulation des connaissances dans une optique de contextualisation des œuvres et des artistes africains. Nous questionnerons aussi la publication en tant que pratique curatoriale et artistique et l’état actuel de la critique d’art.

Lors de cet évènement l’AABF expose la figure de l’éditeur, l’acteur le plus indépendant mais aussi le plus polyvalent du monde de l’art. De nombreux éditeurs internationaux sélectionnés pour la qualité de leurs propositions dans une scénographie originale seront présents au cours de cette 4ème édition.

Ainsi, l’AABF met à disposition du public le travail des artistes internationaux par des éditions abordables, tout en offrant un espace alternatif de l’art aux côtés des biennales, des galeries et des musées.

La plateforme AABF se positionne en tant qu’entité itinérante et polymorphe en s’invitant au sein des foires, salons et biennales. La carence de la production critique menace aujourd’hui la transmission de l’art contemporain d’Afrique et ses diasporas en termes de contenu critique, d’analyse et d’esthétique. L’AABF traversera les frontières afin de confirmer la nécessité incontournable de s’inscrire dans l’écrit et le verbe et de mémoriser, d’archiver des formes nouvelles et contemporaines.

Du 19 au 22 mai à Dakar, l’AABF accueillera des participants venus de pays différents, garantissant ainsi une diversité des pratiques éditoriales actuelles.


Éditeurs exposants : Abdou Diouf Ndiaye, AFRIKADAA, Archive Book, Asai, AWU Dakar, Aziimut, Bandjoun Station Édition, Baobab Édition, Blackmass Publishing, Bruce Clarke, Brook Édition, Chimurenga, DOM publisher, Focal Point, Gloria glitzer, Hangar Artistic Research Center, Hermann Édition, iwalewabooks, La Box, La Galerie Carole Kvasnevski, La Galerie Cécile Fakhoury Editions, La Galerie Clémentine de la Ferronnière, Le LARC (Laboratoire Africain de Recherches en Cyberstratégie), Les Chichas de la pensée, Miguel Marajo Michalis Pichler, Missread, Moleskine Foundation cultural publication, Macina Camara, Mosaïques, Nathi Sihlophe/No Justice, No Peace, Paraguay, Savvy Éditions, Spector Books OHG, Sugarcane, Suture Press, Vertébrale, Zaman Édition, Zeitz MOCAA Édition

PROGRAMME

Pays à l’honneur : Le Bénin

L’African Art Book Fair, dans le cadre du “Off la biennale de Dakar” est fier d’annoncer sa collaboration avec le Bénin en tant que pays à l’honneur dans le cadre de l’actualité de l’exposition évènement « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la restitution à la révélation » et de la parution du double catalogue de l’exposition diptyque « Art contemporain du Bénin » et « Trésors royaux du Bénin » aux Éditions Hermann.


INFOS PRATIQUES

Ouverture de L’African Art Book Fair : du 19 au 22 mai 2022 

Lieu : Centre de ressource Ousmane Sembene, Place du Souvenir Africain, Dakar Corniche Ouest, DAKAR.

Horaires : 10h00 à 19h00

Vernissage : le vendredi 20 mai à 17h30 

Performances : tous les jours 

Le Bénin, pays mis à l’honneur :  à partir du 19 mai 2022

Soirée DJ : vendredi 20 mai à partir de  20h00

Finissage : le dimanche 22 mai à 16h30 avec un performance de Miguel Marajo


*

Exposition : Éditer pour ne pas rester dans le silence

Commissaire : Pascale Obolo

Artistes : Miguel Marajo, Willys Kezi, Rafiy Okefolahan, Macina Camara

Exposition : Dakarchives

Commissaires : Carole Kvasnevski et Abdou Diouf Ndiaye

Exposition capsule du Bénin

Artistes :  Euloge Glèlè et Didier Ahadji

Commissaire : Galerie Vallois

Expérience immersive de visite virtuelle de l’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la Restitution à la Révélation »


*

Pour en savoir plus : voir dossier de presse

Contact : zugas.pascale@gmail.com / +33 609 552 657 ; Eden Planelle : edenplanelle@gmail.com ; Paul-Aimé William : paulaimewilliam@gmail.com / +33 06 50 28 62 15. 

AFRIKADAA |
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Website https://africanartbookfair.com

Partenaires

PERFORMANCES – AABF 2022

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PERFORMANCES 


VENDREDI 20 MAI 2022

18h00 

“Rendez-nous nos biens”  

 une performance de l’artiste Rafiy Okefolahan  (15 min)

                                           credit photo :“Rendez-nous nos bien” 2022 

Rendez-nous le Dieu Ogou est une performance qui nous rappelle combien il est important pour les Béninois d’avoir auprès d’eux le Dieu Ogou. Pour se construire, chaque peuple a besoin de se saisir de son passé, de lire à travers ces écritures le chemin parcouru. Dieu Ogou fait partie du panthéon vaudou et il a toujours accompagné les forgerons, mécaniciens, couturiers, conducteurs, tout artisan.    

BIOGRAPHIE

Rafiy Okefolahan est né le 7 janvier 1979 à Porto Novo (Bénin). Il puise sa force créatrice dans le bouillonnement culturel de l’Afrique. Artiste nomade, son parcours l’a porté du Togo au Nigéria et dans divers pays d’Afrique de l’Ouest, avant qu’il ne s’installe 2 ans au Sénégal, à l’école Nationale des Arts de Dakar. 

18h30

“Stop MA PA TA

Ma matière première n’est pas ta matière première

Une performance de l’artiste Benjamin Deguenon  (15 min)

La crise capitaliste contribue à faire du continent africain le terrain de convoitise des grandes puissances mondiales. Ce néocolonialisme participe largement à la destruction et au déséquilibre écologique des populations africaines : déforestations, désertification, pollution des océans, érosions côtières…

L’artiste Benjamin Deguenon questionne dans sa performance “Stop MA PA TA “, le pillage des matières premières africaines par les multinationales occidentales.

BIOGRAPHIE

Benjamin Deguenon se définit comme artiste plasticien, s’exprimant à la fois à travers le dessin, des installations et des sculptures. Originaire du Mono au Bénin, il est né en 1982 dans l’ancienne capitale Abomey et réside aujourd’hui à Cotonou.

DIMANCHE 22 MAI 2022

16h30

“MUR MÛR CAPILLAIRE”

Une performance de MIGUEL MARAJO

“Les murs qui s’érigent en frontières, 

comme ces livres qui corrigent nos arrières.

Ces murs qui fleurissent sans bannières

dans les livres qui obligent nos manières.

Nos murs en pensées, perméables et pas fiers,    

n’altèrent pas l’irrémédiable avancée vers  

les rives d’où surgissent nos braves d’hier.”

BIOGRAPHIE

Miguel Marajo est un artiste plasticien qui porte son regard sur l’aliénante uniformité des critères esthétiques de la société occidentale. Il se joue des traits pour éveiller une authenticité non assujettie aux canons de beauté. Son œuvre explore avec humour caustique, poésie et lucidité la foisonnante richesse des rapports culturels. 

Ses créations sont volubiles, sous des traits en circonvolutions dans une débauche de lignes, font écho aux cheveux crépus dont elles miment le caractère libre et naturel. Telle une plante volubile, la nature s’y manifeste de façon sous-jacente, dans une gestuelle courbe et rythmée, envahissant la totalité de l’espace dans un mouvement qui semble encore vivre sous l’impulsion que lui imprime le mouvement du corps qui le génère en dansant.

Originaire de la Martinique où il a commencé son parcours artistique, Miguel Marajo expose dans plusieurs îles de la Caraïbe avant de se rendre à Paris où il obtient le diplôme des Beaux-Arts et un DEA en arts plastiques à la Sorbonne. Il expose dans différents pays, il vit aujourd’hui en région parisienne.


PERFORMANCES
FROM MAY 20 TO 22, 2022 

FRIDAY MAY 20, 2022

6pm 

“Rendez-nous nos bien”  

 a performance by the artist Rafiy Okefolahan  (15 min)

Give us back the god Ogou is a performance that reminds us how important it is for the Beninese people  to have the God Ogou with them. To build itself, each nation needs to grasp its past, to read through these writings to know the path taken.  The god Ogou is part of the vodun pantheon and has always accompanied the blacksmiths, mechanics, seamstresses, drivers, any craftsman.    

BIOGRAPHY

Rafiy Okefolahan was born on January 7, 1979 in Porto Novo (Benin). He draws his creative strength from the cultural ferment of Africa. A nomadic artist, his journey has taken him from Togo to Nigeria and various West African countries, before he settled in Senegal for two years at the National School of Arts in Dakar. 

6.30pm

“Stop MA PA TA

Ma matière première n’est pas ta matière première

A performance by the artist Benjamin Deguenon  (15 min)

The capitalist crisis contributes to making the African continent the coveted land of the great world powers. This neo-colonialism contributes to the destruction and ecological imbalance of African populations: deforestation, desertification, ocean pollution, coastal erosion…

The artist Benjamin Deguenon questions in his performance « Stop MA PA TA », the plundering of African raw materials by Western multinationals.

BIOGRAPHY

Benjamin Deguenon defines himself as a visual artist, expressing himself through drawing, installations and sculptures. Originally from Mono in Benin, he was born in 1982 in the former capital Abomey and now resides in Cotonou.

SUNDAY MAY 22, 2022

4.30pm

“MUR MÛR CAPILLAIRE”

A performance by MIGUEL MARAJO

BIOGRAPHY

Miguel Marajo is a visual artist who looks at the alienating uniformity of the aesthetic criteria of Western society. He plays with features to awaken an authenticity not subject to the canons of beauty. His work explores with caustic humor, poetry and lucidity the abundant richness of cultural relationships. 

His creations are voluble, with features that are convoluted in a debauchery of lines, echoing the Afro hair of which mimic the free and natural character. Like a voluble plant, nature manifests itself in an underlying way, in a curved and rhythmic gesture, invading the totality of the space in a movement that seems to live under the impulse that the movement of the body generates while dancing.

Originally from Martinique where he began his artistic career, Miguel Marajo exhibited in several Caribbean islands before moving to Paris where he obtained a diploma of Fine Arts and a DEA in plastic arts at the Sorbonne. He has exhibited in several countries and now lives in the Paris region.

WORKSHOPS – AABF 2022

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WORKSHOPS 

WORKSHOPS I

ATELIER FABRICATION DE LIVRES D’ARTISTES : DU 19 AU 22 MAI 2022

Sous la direction de Macina Camara et Abdoulaye Ndoye

Le workshop autour de la fabrication de livres d’artistes avec de jeunes locaux de l’école Ngaladou Diouf de Mermoz à Dakar est un projet pédagogique primordial au sein de l’African Art Book Fair. L’un des objectifs de cet évènement est de permettre aux artistes qui travaillent le livre comme médium de transmettre leur passion et leur savoir-faire à une nouvelle génération dont l’accès aux livres devient de plus en plus difficile. Certains des enfants ne possèdent pas de livres dans leur maison. Cette initiative permet ainsi à ces enfants d’être pour une fois les conteurs de leurs propres histoires. De plus, des actions de médiation permettent de créer un rapport ludique et pédagogique au livre, au livre d’art et à l’art. 

Biographies

Macina Camara dit « Le Pharaon » est plasticien et professeur d’art plastique au lycée Ngaladou Diouf de Mermoz (Dakar-Sénégal), né le 08 Juin 1976 à Dakar. Fils du feu Badara Camara (artiste peintre et professeur d’art plastique). Après sa formation à l’ENA il a pu découvrir que l’architecture n’était pas très loin des arts plastiques, et qu’elle appartient même au grand domaine des arts.

Pendant ses études universitaires, il fonde avec des amis une structure dénommée CADEC (Carrefour Artistique des Expressions Culturelles) dans le but de créer un espace d’expression et d’échange entre étudiants et artistes. 

L’année suivante,  il découvre à l’Ecole Nationale des Arts le patrimoine artistique et intellectuel Egyptien. A noter que, l’influence des œuvres du Professeur Cheikh Anta Diop, a été fondamentale et avait fini par créer un véritable déclic dans sa formation intellectuelle et artistique. Depuis il travaille sur la sémiologie appliquée à l’image, plus précisément sur les signes iconiques, les signes indiciels, les signes symboliques et les signes hiéroglyphiques ; et également sur les rapports entre l’art, les sciences humaines et les sciences exactes. Ce qui est une façon de montrer les apports de l’art dans l’histoire de l’humanité et plus précisément dans tout processus de création et donc de développement.

Abdoulaye Ndoye est un artiste plasticien sénégalais né le 26 février 1951 à Dakar. Il est issu de la deuxième génération de l’« École de Dakar ».

Sa réflexion porte principalement sur une écriture vidée de toute signification mise en scène sur une page de parchemin ou des livres entiers. 

WORKSHOPS II

WE MAKE BOOKS

We Make Books & African Art Book Fair (AABF) Dakar présente : 

Making Art Books in Africa? 

Kick of Meeting / 18 & 19 Mai 2022 / Dakar (Senegal)

En partenariat avec l’African Art Book Fair, le projet de l’institut Goethe Nigeria We Make Books invite les éditeurs indépendants d’Afrique et de sa Diaspora à participer à un programme de deux jours durant l’African Art Book Fair (AABF) à Dakar. Le programme soutient la création d’un réseau dynamique d’éditeurs d’art sur le continent Africain et les participants sont invités à intégrer un groupe d’éditeurs engagés dans l’échange continue sur la fabrication de livres d’art en 2022 et 2023.

WORKSHOPS III

SCRIPTO SENSA – PROGRAMME DES ADAPTATIONS LITTÉRAIRES AFRICAINES AU CINÉMA : DU 19 AU 22 MAI 2022

Jean-Pierre Bekolo, cinéaste activiste - Forbes Afrique

Jean-Pierre Bekolo présente son workshop Scripto Sensa : Programme des Adaptations Littéraires Africaines au Cinéma avec une sélection de dix cinéastes sénégalais .

Biographie

Jean-Pierre Bekolo est un réalisateur avant-gardiste et militant socioculturel camerounais dont l’œuvre imaginative tente d’inverser les stéréotypes sur l’Afrique et le cinéma Africain. Ses films divertissants fonctionnent à plusieurs niveaux, absorbant les spectateurs avec des histoires passionnantes, un humour satirique et une esthétique dramatique. Après la sortie du Complot d’Aristote en 1995 – premier film africain à être sélectionné pour le Festival de Sundance – Bekolo a été décrit comme ayant une « ingéniosité audacieuse et croissante ».

Ses films, de “Quartier Mozart” à “La Grammaire de Grand-mère” et le plus récent “Les Choses et Les Mots de Mudimbe” ont gagné de nombreux prix et ont été diffusés dans plusieurs  festivals à travers le monde.

Jean-Pierre Bekolo est le Secrétaire Général de l’Association des réalisateurs africains.  Il siège également au Conseil de la FEPACI (Fédération Panafricaine des cinéastes) et est l’un des membres fondateurs de la World Cinema Alliance e.V. (avec Francesco Maseli, l’assistant de Visconti). Il est lauréat du prix Prince Claus 2015, et partage son temps entre les Etats unis, la France, l’Allemagne, l’Afrique du Sud et le Cameroun.


WORKSHOPS I

ART BOOK MAKING WORKSHOP : FROM MAY 19 TO 22, 2022

Under the direction of Macina Camara and Abdoulaye Ndoye

The artist book making working with local youth from the Ngaladou Diouf school in Mermoz is a key educational project within the African Art Book Fair. One of the goals of this event is to allow artists who work with books as a medium to pass on their passion and skills to a new generation whose access to books is becoming increasingly difficult. Some of the children do not have books in their homes. This initiative allows these children to be for once the storytellers of their own stories. Moreover, mediation actions allow to create a playful and educational relationship with books, art books and art. 

Biographies

Macina Camara known as « Le Pharaon » is a visual artist and art teacher at the Ngaladou Diouf high school in Mermoz (Dakar-Senegal), born on June 8, 1976 in Dakar. Son of the late Badara Camara (painter and art teacher). After his training at the ENA he was able to discover that architecture was not very far from the plastic arts, and that it even belongs to the great domain of the arts.

During his university studies, he founded with friends a structure called CADEC (artistic crossroad of cultural expressions) with the aim of creating a space for expression and exchange between students and artists. 

The following year, he discovered the Egyptian artistic and intellectual heritage at the National School of Arts. It should be noted that the influence of the works of Professor Cheikh Anta Diop, was fundamental and had ended up creating a real trigger in his intellectual and artistic training. This led him to choose, at the end of his artistic training at ENA, a subject for his thesis on « the art of ancient Egypt ». Since then, he has been working on semiology applied to the image, more precisely on iconic signs, indexical signs, symbolic signs and hieroglyphic signs; and also on the relationship between art, human sciences and exact sciences. This is a way to show the contributions of art in the history of humanity and more precisely in any process of creation and thus of development.

Abdoulaye Ndoye is a Senegalese visual artist born on February 26, 1951 in Dakar. He is from the second generation of the « School of Dakar ».

His reflection is mainly on a writing emptied of any meaning staged on a page of parchment or entire books. 

WORKSHOPS II

WE MAKE BOOKS

We Make Books & African Art Book Fair (AABF) Dakar present: 

Making Art Books in Africa? 

Kick of Meeting / 18 & 19 Mai 2022 / Dakar (Senegal)

In partnership with the African Art Book Fair, the Goethe Institute Nigeria project We Make Books invites independent publishers from Africa and its Diaspora to participate in a two-day program during the African Art Book Fair (AABF) in Dakar. The program supports the creation of a vibrant network of art publishers on the African continent and participants are invited to join a group of publishers committed to the ongoing exchange of art book making in 2022 and 2023.

WORKSHOPS III

Scripto Sensa : Program of African Literary adaptation in cinema 

From may 19 to 22, 2022

Jean-Pierre Bekolo presents his workshop Scripto Sensa: Program of African Literary Adaptations in Cinema with a selection of ten Senegalese filmmakers.

Biography

Jean-Pierre Bekolo is an avant-garde film director and socio-cultural activist from Cameroon whose imaginative work attempts to reverse stereotypes about Africa and African cinema. His entertaining films work on many levels, absorbing viewers with compelling stories, satirical humor and dramatic aesthetics. After the release of Complot d’Aristote in 1995 – the first African film to be selected for the Sundance Film Festival – Bekolo was described as having a « bold and growing ingenuity.

His films, from “Quartier Mozart” to “La Grammaire de Grand-mère” and the most recent one“Les Choses et Les Mots de Mudimbe” have won numerous awards and have been shown in several festivals around the world.

Jean-Pierre Bekolo is the Secretary General of the African Directors Association.  He also sits on the Board of FEPACI (Pan African Federation of Filmmakers) and is a founding member of the World Cinema Alliance e.V. (with Francesco Maseli, Visconti’s assistant). He is a 2015 Prince Claus Award winner, and divides his time between the United States, France, Germany, South Africa and Cameroon.

THE EXHIBITORS-PUBLISHERS – AABF 2022

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Crédit : Jay Ramier

THE EXHIBITORS-PUBLISHERS / LISTE DES ÉDITEURS

Abdou Diouf / CMK Icon Editon (Senegal)

AFRIKADAA (France)

Archive Book (Germany) 

Asai  (South Africa)

AWU Dakar (Senegal)

Aziimut (France)

Bandjoun Station Édition(Cameroon) 

Baobab Édition (Senegal)

Blackmass Publishing (USA)

Brook Édition (France)

Chimurenga (South Africa)

DOM publisher (Germany)

Focal Point (UAE)

Gloria glitzer (Germany)

Hangar Artistic Research Center (Portugal)

Hermann Édition (France/ Benin)

iwalewabooks (South Africa)

La Box (France) 

La Galerie Carole Kvasnevski (France)

La Galerie Cécile Fakhoury Editions  (Senegal)

La Galerie Clémentine de la Ferronnière (France)

Le LARC (Laboratoire Africain de Recherches en Cyberstratégie) (France)

Les Chichas de la pensée (France)

Michalis Pichler (Germany)

Missread (Germany)

Moleskine Foundation cultural publication (Italy)

Mosaïques (Cameroon)

Nathi Sihlophe / No Justice, No Peace (Finland)

Paraguay (France)

Savvy Éditions (Germany) 

Spector Books OHG (Germany)

Sugarcane (USA)

Suture Press (France/ Senegal)

Vertébrale (France)

Zaman Édition (France)

Zeitz MOCAA Édition (South Africa)

The artists

Jean-Pierre Bekolo

Macina Camara

Bruce Clarck

Macina Camara

Miguel Marajo

Abdoulaye Ndoye

Rafiy Okefolahan

CONFÉRENCES / ROUNTABLES – AABF 2022

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Crédit : AABF 2018

ROUNDTABLES

The African Art Book is a debate platform and encounters with professionals of art publishing and production critique.

The reflections that will be carried out concern the modalities of distribution of art books and the challenges of publishing. In a critical approach to the multiple facets of publishing, participants in the roundtables will share their experiences and perspectives on publishing.

PANELS DE DISCUSSION

L’African Art Book Fair est une plateforme de débats et de rencontres avec les professionnels de l’édition d’art et de la production critique. 

Les réflexions qui seront menées portent sur les modalités de diffusion de livres d’art et les enjeux de l’édition. Dans une approche critique des multiples facettes de l’édition, les participants aux tables-rondes partageront leurs expériences et les perspectives de la publication.

THURSDAY MAY 19, 2022

10am to 11am

1° –  “Making books with artists”/circulation and distribution 

The programme WE MAKE BOOKS in the Goethe Institute in partnership with the African Art Book Fair supports the creation of a dynamic network of art in the african continent and all the participants are invited to be part of a group of dedicated publishers in a continuous exchange on production and art book creation in 2022 and 2023.

The aim of this roundtable is to find the synergetic actions to encourage the circulation, in the entire world, of ideas and books from the global South. The panelists will share their experiences and propositions to tackle this question and the tools to make it possible

Le programme WE MAKE BOOKS de l’Institut Goethe  en partenariat avec l’African Art Book Fair soutient la création d’un réseau dynamique d’éditeurs d’art sur le continent Africain et les participants sont invités à faire partie d’un groupe d’éditeurs engagés dans un échange continue sur  la production et la création de livres d’art en 2022 et 2023.L’objectif de cette table ronde est de trouver une synergie d’actions afin d’encourager la circulation dans le monde entier des idées et des livres provenant du Sud. Les panélistes partageront ensuite leurs expériences et leurs propositions pour aborder cette question et les outils pour la rendre possible.

Speakers : Parfait Tabapsi (Mosaïques), Pascale Obolo (Afrikadaa), Mischa Peters (Chimurenga) 

Moderator :  Nadine Siegert (Institut Goethe  de Nigeria)

11am to 12pm

2° – « Design décolonial, discours & Presse afro-diasporique »

-The lack of visibility of African artists or of the diaspora is not new, whether it’s in museums or in the publishing world. Despite the internet boom, a new generation of afrodescendant publishers is the spearhead of a new wave of independent magazines, papers and afro magazines.

  • How do these magazines implement a “decolonial” graphism to break with eurocentrism in the cultural sector ?
  • What are the new discourses producted by the new generation of publishers ?

« Design décolonial, discours & Presse afro-diasporique »

Le manque de visibilité des artistes africains ou de la diaspora ne date pas d’hier, que ce soit dans les musées ou le monde de l’édition. Malgré le boom de l’internet, une nouvelle génération d’éditeurs afrodescendants est à l’origine d’une nouvelle vague de magazines indépendants, papiers et magazines afro.

– Comment ces nouveaux magazines mettent-ils en œuvre un graphisme dit “décolonial” pour rompre avec l’eurocentrisme du secteur culturel ?

– Quels sont les nouveaux discours produits par cette nouvelle génération d’éditeurs ?

Speakers :  Siada Aminou (graphiste), Chayet Chiénin (Nothing But Wax)

FRIDAY MAY 20, 2022

11am à 12pm

1° – “Publishing in the Indian Ocean

This encounter is the occasion to discover the new publishing scene little known in this region of the South, its ecosystem and its interactions with the rest of the world.

“Publier dans l’Océan Indien”

Cette rencontre est l’occasion de découvrir la scène éditoriale peu connue de cette région du Sud, son écosystème et ses interactions avec le reste du monde.

Speakers : Nathalie Gonthier (curator), Yohann Quëland de Saint Pern (artist/member of La Box) & Attoumane Hamza Ben (autor)

Moderator: Ghislaine Choupas-Loobuyck (Afrikadaa)

2pm to 3pm

2° – When institutions start publishing

If an exhibition is an actualisation of the work of art, does the art book have to be reduced as a catalog or an archive document ?

Quand les institutions se mettent à publier

Si l’exposition est une actualisation de l’œuvre, le livre doit–il se réduire à un catalogue ou à un document d’archive ?

Speakers : Michaelis Pichler (artist), Galerie Cécile Fakhoury, Zeitz Mocaa, Galerie Carole Kvasnevski 

Moderator : Ghislaine Choupas-Loobuyck (Afrikadaa)

3pm to 4.30pm

3° – “Decolonizing art book fair”

Presentation of the publication “Decolonizing art book fair” with the team.

Présentation de la publication “Decolonizing art book fair” avec l’équipe.

Speakers : Parfait Tabapsi (Mosaïques), Michaelis Pichler (artiste/ Miss Read), Moritz Grünke (artist/Gloria Glitzer) & Pascale Obolo (Afrikadaa) 

4.30pm to 5.30pm

4° Les révoltes silencieuses

Presentation of the last issue of Afrikadaa by the team.

Présentation du dernier numéro d’Afrikadaa par l’équipe.

Speakers : Miguel Marajo (artist), Jean-François Boclé (artist), Jay Ramier (artist), Yohann Quëland de Saint Pern (artist/la Box)

Moderator : Pascale Obolo (Afrikadaa)

5.30pm – VERNISSAGE

SATURDAY MAY 21, 2022

11am to 12pm

1° – « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la restitution à la révélation”

Presentation of the double catalogue “Trésors Royaux” and “Art contemporain du Bénin”, of the diptych exhibition “Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui de la Restitution à la Révélation ”Art du Bénin d’hier d’aujourd’hui, de la Restitution à la Révélation”.                                         

Présentation du double catalogue « Trésors Royaux » et « Art contemporain du Bénin » de l’exposition diptyque « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la Restitution à la Révélation ».   

Speakers : Yassine Lassissi (art director of la Galerie National)  Didier Houénoudé (art historian et director of l’Institut National des Métiers d’Art et d’Archéologie de l’Université Abomey Calavi), Coline Toumson-Venite (mission head arts and culture of the President of the Benin Republic, delegation head) et Bénédicte Savoy (art historian) 

Moderator :  Franck  Hermann Ekra (critique d’art)

2pm to 3pm

2°- Moleskine Foundation : Towards a new framework for impact-creativity for social change

A conversation of Fondation Moleskine.

Vers un nouveau cadre de l’impact de la créativité pour le changement social

Une conversation de la Fondation Moleskine.

Speakers : Adama Sanneh (Co-Founder and CEO Moleskine Foundation) and Moky Makura, Executive Director of Africa No Filter and Ngaire Blankenberg, Director of the Smithsonian National Museum of African Art

3pm to 4pm

3° – « Patriarchy has no gender » Hommage à bell hooks

Présentation de la bibliothèque féministe AWU Dakar. Le collectif va rendre hommage à l’intellectuelle américaine bell hooks en mettant ses écrits en résonance avec les écrits féministes ouest-africains autour de la question du patriarcat. 


Presentation of the feminist library AWU Dakar. The collective will pay tribute to the American intellectual bell hooks putting her writings in resonance with West African feminists thinking around the struggle against patriarchy.

Speakers : Edwige-Renée Dro, Fatou Kiné Diouf, Maimouna Astou Yade.

Modération : Chiara Figone (fondatrice d’Archive Books et AWU Dakar), Aby Gaye (coordinatrice d’AWU Dakar).

4pm to 5pm

4° –  Adapting is betrayal

Is film adaptation a continuity of literary work or a new body of work ?

Adapter c’est trahir

L’adaptation au cinéma est-elle une continuité de l’œuvre littéraire ou une nouvelle   œuvre ?

Speakers : Jean-Pierre Bekolo (cinéaste/ producteur), Sokhna Benga (éditrice)

Moderator : Jean-Pierre Bekolo

SUNDAY MAY 22, 2022

11am to 12am

1° Artist’s book 

The objective of this encounter is to question the art book, to explore the way how texts and images become materials for the creation of new artwork but also of full-blown objects of art.

Le livre d’artiste comme espace propice à la création d’une oeuvre d’art  

L’objectif de cette rencontre est de questionner le livre d’artiste, et d’explorer la manière dont les textes et l’image deviennent des matériaux pour la création de nouvelles œuvres mais aussi des objets  d’art à part entière.

Speakers : Barthélémy Toguo, Rafiy Okefolahan, Miguel Marajo, Macina Camara 

Abdoulaye Ndoye, Nathi Sihlophe.

Moderator : Armelle Malvoisin 

2pm to 3pm

2° – Ndidi Dike : Discomfort zones : book launching and conversations

Presented by Iwalewabooks, this monographic book provides a detailed overview of the artistic work of Ndidi Dike, one of Nigeria’s most talented artists. Ndidi Dike is interested in the material manifestations of these global challenges and gives them a form that takes us into areas of discomfort and reminds us of our role.

This book is the first ever art monograph from a Nigerian professional woman artist living in Lagos and working on many continents.

Ndidi Dike, “Discomfort zones” et Yassine Balbzioui, “Identity to rent”  : lancement des livres et conversations

Présenté par Iwalewabooks, les ouvrages monographiques donnent un aperçu détaillé du travail artistique de Yassine Balbziou et de Ndidi-Dike.

Ndidi Dike est l’une des artistes les plus talentueuses du Nigéria. Elle s’intéresse aux manifestations matérielles de ces défis mondiaux et leur donne une forme amenant dans des zones d’inconforts et nous rappelant notre rôle.

Ce livre est la toute première monographie d’art venant d’une femme nigériane artiste professionnelle vivant à Lagos et travaillant sur de nombreux continents.

Le livre d’art de Yassine Balbziou rassemble l’ensemble de son œuvre. Il est l’un des artistes contemporains les plus intéressants, basé au Maroc. La diversité de ses œuvres s’étend de la peinture et des aquarelles aux œuvres de performances, en passant par la porcelaine et la tapisserie.

Speakers: Ndidi Dike (artist), Yassine Balbzioui (artist), Katharina Fink (iwalewabooks) and Nadine Siegert (Director of the Institute Goethe Lagos)

WORLD UP! (Sous-mounde venté)

par PAW (Paul-Aimé WILLIAM) (21 Février 2022 à 18:20)

crédit : Jay Ramier, Sunday Service, 2021 (Galerie Rabouan Moussion (Paris))

Nou pé ké janmen caou ca fouyé-difé ! Les brigades anti-négrophobies menées au quotidien par Jay Ramier s’exprime à travers son exposition personnelle dédiée à la musique noire comme pensée/force/projet de résistance & d’émancipation dans un magistère de lahars décolonisant et engloutissant fort musiquement les permanences raciales. 

Refusant le blanchiment pacificateur des murs du centre d’art contemporain, l’artiste guadeloupéen nous projette dans ses limbés ๛exsanguent de toute lactation. Lieux approfondis de feuilles mortes d’histoires occultées et de fruits succulences d’horizon d’où la sentence fièrement flamme « accommodez-vous de moi, je ne m’accorde pas de vous1 » siffle subrepticement (nos f***** cold crushing, nos suffocations sublimes) dans les espaces blêmes du Palais de Tokyo. Delà l’oeuvre Selebwasyon fait siens les tracées du pater de l’artiste invitant à un lahar de sa noirceur hors du vernis de notre modernité raciste. Mer de grain de café (ō chivé grennen dans le sable), djouk l’en-messe (mè so djèz), ceinture (wachacha), livre saint (ō chanté noël), clé sans verrou (or les portes des cayennes du bourg sont toujours grandes ouvertes), dessin de la peintresse Clementine Hunter (ō claireté d’un peuple)… Ces matières d’une vie (an nèg sé an milénè) enfouaillent plus d’un récit antillais habité de cyclones et de nouveaux dieux qui veillent sur ces puissances et dignités muselées (mais ils diront que c’est foutaise, que ce ne sont que choses mortes, inertes. Nous clamerons que la mort chasse toute vie de toutes choses comme conque sans lambi or de l’illimité jà la vulve du conque trompette son pollen de verges à fleur fermentatives ๛) 

Jay Ramier, Selebwasyon, 2021 (Galerie Rabouan Moussion (Paris))

« Juke, Jook, Jouk, Djouk »

Plus loin, une chaîne hifi découpée est accrochée sur un mur où est posé une photo agrandit peignant une fête midi-minuit rythmée de musique et de danse appartenant aux archives familiales de l’artiste. Cette chaîne hifi est la troisième du pater de Jay Ramier. Elle fait échos à l’autre agrandissement photographique sur le grand pan de mur à gauche représentant Ti-jay plein de joies et la grande personne heureuse posant (pas seulement pour la frime) avec leur toute première chaîne hifi, dernier cri. Une statuette Fang dorée est, par du ruban adhésif noir, liée en porte à faux à cette appareil-hifi. Cette assemblage de forme est succinctement baptisé comme un engin : Juke Joint. « Joint » est un argot africain-américain pour produit ou production. « Juke, Jook, Jouk, Djouk » est un mot wolof et bambara qui a traversé l’atlantique dans le ventre tremblant du bateau négrier et signifie « piquer en dansant » dans les pays-caraïbes (on dit aussi « piqué djouc » en africain-guyanais) ; le mot désigne également un bar dansant ou parfois de prostitution (pour piquer, jook gal, coquer, baiser, to jazz, faire l’amour) dans le Sud des USA et donnera en dérivant le cultissime juke-box. Et delà, ce juke-joint est une boîte à vent car « la chose à souhaiter c’est le vent2 », appareil apocalyptique à tam-tam I & II, grande machine à petits « orgasmes de pollutions saintes / alleluiah3 » qui réveille les liaisons insolubles que boucane les arts incrés, les lyannages prophétiques, les maâts, les philosophies et les luttes sociales et politiques des mondes noirs. 

N’ai jamais su son métier… il m’avait offert sa chaîne ifi… étais venu la chercher dans sa case… Le séjour confiné était rempli de disc… depuis me suis tjrs dit que mon voisin était prof de musique à la retrait… La chaîne ifi donnait bien, lourd… confort suprême avec du Bad… m’en suis séparé pour m’offrir une paire de shoes… ne me rappelle plus si c’était avant ou après son premier avécé… un monsieur est venue la chercher… mais il manquait la télécommande avec la petite lumière rouge… il est parti sans… ai senti à ce moment là que cette appareil avait d’la valeur pour les avertis… toute grise avec lecteur cassette & cédé, prise jack, deux enceintes, une télécommande, ma première chaîne ifi… à côté de mon lit, objet précieux… au petit jour, celle de mes parents marche toujours… Zouk, Soka, Reggae… celle de mamie a toujours été là depuis ma naissance décorée d’une dentelle blanche… Radio, l’évangile du jour, les infos du matin, les émissions de neuf-heure-midi et sans oublier au déjeuner les avis de décès… celle de grand-père pareil… cédérom acheté chez Musique Music à Cayenne… Biguine, variété, musique carnaval, chanson pour enfant, Yeahyeah…

(GDL)

Le premier espace de l’exposition Gadé difé limé (GDL) est intime, reconnaissable à tout familier d’une vie antillaise cambriolée et mêlée aux heures mêmes du déracinement africain et de l’exportation hors du pays basal vers la putain de métropole. Autre-part, la seconde partie de GDL accueille les visiteur.e.s avec un graffiti « KEEP DA FIRE BURNIN’ » au lettrage explosif et à l’entour incrusté de paillettes. Cette façade est la reprise vocale en argot du titre de l’expo qui hommage l’auteur de Fire Next Time, James Baldwin et fame (variant féminin de hommager ; « fa-me », gloire en anglais et ancien mot pour femme il y a l’antan) qui fame donc la chanteuse africaine-américaine Gwen McCrae dont le titre d’un de ces morceaux donne ses lettres de noirceur à l’évènement. Ooh can u feel it? We can. Now move it on dancefloor. Love Love yeeah amour sur amour sur amour boum. Le second espace conçu par Jay Ramier est un éloge à la musique funk qui enflammait son adolescence au coeur des bombardements du hip-hop et qui donna des ailes, dans les années 80, à aka Jay One et son collectif da BadBC (Bad Boys Crew). 

« Le funk est un genre musical ayant émergé vers le milieu des années 1960 aux États-Unis, dans la lignée du mouvement hard bop. Le terme funk provient de l’argot anglo-américain FUNKY, qui signifie littéralement « puant », « qui sent la sueur », insulte-traditionnellement-adressée-aux-noirs par les Blancos (WASP++) et reprise ensuite à leur compte par les artistes noirs tel que Horace Silver dans son morceau Opus de Funk (1953). »

(Encyclopédie ; texte remixé)

Dans une pièce sombre au paraître de salle de concert se rencontrent et s’unissent les oeuvres d’artistes proches ou lointains invités. Des allures (on ne parle plus d’oeuvres, plus de formes, plus de concepts, non aucun, mais d’allure comme des marronneur.e.s fuyant loin la plantation sous les bois pareil à des allures furtives) relatent des histoires aux fleurs jumelles dans un mouvement de sympathie entre les humanités artistiques. Ce ndiakhass de souffrance et de feu de sang (ndiakhass, mélange en wolof) se retrouve dans l’allure Carte du tendre de 1963 du suprême artiste haïtien Hervé Télémaque, dans quoi le mot sym-pathie-pathos prend tout sa folle négativité. 

« Allures. « Ses allures sont du côté de Capesterre. » L’expression désigne (les esclavisé.e.s) et les lieux de fréquentation de l’esclavisé.e.s parti en marronnage. Ils peuvent se situer à proximité de l’habitation ou être beaucoup plus éloignés, en fonction des complicités dont l’esclavisé.e.s peut bénéficier ou des opportunités de travail qu’il peut trouver. »

(ISBN : 9782843140037 ; texte remixé)

Un dispositif cartographique vermoulu mesuré par un cadran romain ayant pour nombril le pôle nord fait plan des intourists de douces petites conquêtes en flèche. Des dentiers peints un coquillage rose et des étiquettes de voyages américains jonchent le dispositif en étagère. Au-dessus, une poupée acéphale et bicolore (noir et blanc) est poignardée dans le dos par un couteau traversant la latte supérieure. Cette mise en scène est ici-là comme pour narrer les catatonies de ce monde qui ne peut demeurer sans le meurtre d’humanités écartelées et jetées sans cap… oeil incendié aux quatre vents où échouent des ricanements et des chants de travail d’îles à sucres en ahanement de terre bananière l’unes l’autres pendu à même des isthmes au gouffre de l’indifférente brutalité. Nou pa sa soumoun, nous ne somme pas vos déchets. Sous-moun, sous-mounde, sous-monde, sous-humanité servis comme des amuses-gueule sur la table de diables (vyé-moun) ayant pris l’apparence de François Pinot et de Bernard Hayot. 

Hervé Télémaque, La carte du tendre, 1963, (Galerie Rabouan Moussion (Paris)) credit : Adagp, Paris, 2021.

Sous-mounde,

L’étude « Mère-Afrique » d’Hervé Télémaque épingle les micro-violences de la quotidienneté que traînaille les sous-mondes sur le bitume de nos sociétés négrophobes. On ne peut guère plus même garder, dans ces conditions indignes, la vision irréparable des tristes vieux jours passé à travers une représentation d’une « nourrice noire promenant un enfant blanc d’Afrikaners, le long d’une plage de Johannesburg interdites aux noires ». WHITE PERSONS ONLY, SUPRÉMATIE BLANCHE VICTORIEUSE. À coté de cette assomption quotidienne de l’anti-noirceur, les photographies de Martine Barrat rebaille les dynamites du ressentiment et de la dignité noire à celles et à ceux à qui l’on cloua une race dans la chair. CLAIMS POWER, HÈLER LA PUISSANCE NOIR. JOBS NOT JAILS, MÉTIERS OUI, INCARCÉRATION NON.

Plus haut, Sunday Service de Jay One relie deux petits spirituels en forme d’angelot annonciateur de musique bouchée sur une étagère à frange noire où est disposé au mitan un vinyle miroitant des invisibles (mais ils diront le vide, le néant. C’est deux jumeaux emmêlés dans des cordelettes sont les allégoriques de négrillons et de négrites crevé.e.s dans la plantation ou né.e.s dans le marronnage ou bien importé.e.s d’Afrique à fond de cale et qui eurent a joué tantôt ce qui souffla vie aux musiques noires africana : Candombe. Negrospiritual. Blues. Ragtime. Jazz. Samba. Be-Bop. Funk. Soul. Rap. Zouk. Compa. Drill…) Iels sont les poupées noires que quimboise le poète guyanais Léon-Gontran Damas dans son poème Limbé : « Rendez-les moi mes poupées noires / qu’elles dissipent / l’image sempiternelle / l’image hallucinante / des fantoches empilés féssus / dont le vent porte au nez / la misère miséricorde ». 

Jay Ramier illustrait, il y a dix ans passé, le recueil de poème posthume Dernier escale de L-G. Damas et de vitesse ses paroles au couteau reviennent en ressacs comme une odeur de boucane. Un second poète habite l’espace étreint de lumière sympathique, Edouard Glissant incarné par une page manuscrite de son poème Chant d’Odono / sur les esclavages et leurs abolitions. Odono, Oh Odono, Oho Odono, cet ancêtre primordial qui connu le premier la boccanegra-atlantica du trois-mât, une tragédie-délire qui ne cessa de quitter-revenir les somatiques africaine-descendantes comme un hoquet. 

Un troisième poète habite l’espace à travers la vidéo Marron, Anthony Jennings qui connu l’incarcération durant 31 ans dans l’une des nombreuses prisons négrophiles de l’atlantique noir. Cet homme noir et âgé est l’un des plus respectés gangsters de Brooklyn. Il a charbonné entre les années 70 et 90 ; ces histoires vécues à la façon d’un roman de Chester Himes ont inspiré de nombreux rappeurs de Brownville (NYC) et des scénaristes de passage qui s’empressaient aussitôt de les retranscrire dans leurs textes. Jay One le filme en drivant à travers les rues de l’en-ville croqueuse de chairs noires en le considèrant comme une allure « à l’intérieure même de cette contestation global qu’est le marronnage » au même titre que Glissant, dans son Discours antillais, désignait la figure du marron comme « héros populaire des Antilles » s’amalgamant bon gré mal gré par intoxication et aliénation coloniale à la posture incarcérable du bandit de droiture. 

Anti-noirceur

Les effets de cette anti-noirceur structurelle s’observent aussi dans l’accablant portrait de Michel Zecler peint en icône par l’artiste Ariles de Tizi. Michel Zecler est cet antillais qui fut lynché en 2020 par des condés blancs dans son studio d’enregistrement à pAris après un contrôle abusif. Le lynchage, barbarie refoulée dans l’inconscient esclavagiste, béance de l’historicité de l’empire colonial français, est un passage à tabac en réunion réalisé majoritairement par un groupe de blancs sur des humanités exclusivement noires. Ainsi, on conclut toujours d’un lynchage même si cela n’a pas provoqué la mort de la victime. La noirceur de l’allure, du visage de Michel Zecler troué de plaies de sang s’immortalise sans beauté sur un fond de papier d’or encadré d’un bois sculpté mordoré afin que ses ferrements de terreur ne se dissipe pas sinistrement flat dans l’indigne et muette prose du racisme d’État qui blanchit systématiquement les bourreaux, les assassins, les meurtriers, les geôliers ; niant ainsi la vérité abrupte de la victime du supplice et légitimant de fait la brutalité viriliste des flics. À BAS LA POLICE.

blackboule toute suprématie, ō insondable respiration de lumières

Chacune des allures dans ce limbé lagunaire ๛ est une torche vive phosphorescence que ndiakhass les lassos de claireté élaborées et diffusées par Jay Ramier. Vif, le visage brûlants de Gwen McCrae en concert peint par Jay One à partir de la vidéo Keep The Fire Burning sur YouTube. Dense et mystique, le fichage du visage du grand-père de l’artiste Ydania Li-Lopez qui quitta sa Chine natale pour immigrer dans la Babylone nommée Etats-Unies d’Amérique. Digne, la posture souveraine de Queen Latifah présente par un découpé de la couverture de son album All Hail the Queen accompagnéed’une dédicace « to Jay One, Peace & Love ». Âpre, le poids glacial du calcul racial à travers l’utilisation d’instrument de coiffure pour cheveux crépus dans l’allure Funk, Heavy (funky et lourd). Appartenant à la famille Ramier, une tendeuse, des peignes afro à grandes dents adaptés aux cheveux crépu côtoient un fer à lisser d’antan utilisé pour imiter l’esthétique destructrice de la suprématie blanche : assouplir, brûler, torturer, conformer « à la lisse4 » le cheveux, et tout bien pesé, inoculer la maltraitance de soi généralisée aux humanités noires.

Jay Ramier, Funk, Heavy (funky et lourd), 2021 (Galerie Rabouan Moussion (Paris))

Funky, enfin, l’exposition où paradoxe total ! la musique ne s’entend qu’en l’effet ou voire qu’après l’allure et parfois sur le coup par l’activation exempli gratia de l’acte éditorial live du dernier numéro en date de la revue d’art contemporain AFRIKADAA, Les révoltes silencieuses. Deux jours auxquelles le public est convié à voyager dans les limbes des révolutions insulaires emmêlé d’une invitation à écouter l’épique des danseurs et musiciens de gwoka, les vibrations de la parole des poètes et les allures des artistes invité.e.s dans ce tremblement de vent et de drapeaux d’indépendance où « le malheur au loin de l’homme se mesure aux silences5 ». Ici même, nous voilà tous de loin en loin sur la maâture du grand soir ! le silence nous inonde, c’est l’errance kanmougué de la musique, surdité dont las les nègreries désavouent le verbe : marronner ๛

Delà nous saluons d’une insurrection d’échos de claireté les sous-mondes porteur.ses d’allures rebelles : Wélélé nou rhélé Jay Ramier l’atis selebwé jodia mil feu asou so projè fouyé-difé nou ca hélé Hugo Vitrani fan inconditionnel et commissaire de l’ekpozysion ōhō lésé difé pran’l oulélé Pascale Obolo à la flamme d’amitié de trente ans, les murs tremblent moulélé Gwen McCrae vwa badja laro ouaille nou rélé James Baldwin le scribe à la parole sereine ō maât moulélé Damas le nègre basal woulélé Okwui Enwezor l’oeil de poussières d’histoires ō cendres anba la tè ō sérélélé AFRIKADAA la revue d’art militante du futur rélélé Césaire l’habitant de la lagune hélélé Odono le vent d’enfance imaginaire oulélé l’art du Gwoka oh kasé le chant du fleuve Congo épa Sarah Maldoror cinéaste matador dont les brigades se poursuivent au poing épi mousélélé cé mounde-an ci té ca maron bitation l’état françè & sé esclavagist-an cé tout bagaj an lè yé chimin, hache couto fusi walali walala pou défen yé kô di dogue sé mèt-an ki té conten kayakaya la po yé gogo, yé jarè, yé lanmen. Zot couraj, zot balan, zot briga contre sé colon-yan qé yé institution plantation pé qé jin blié, nou qé soufflé « wélélé »  bay zot aye tambou lévé sous-monde venté ! Zot tendé Gadé difé limé ! Bomb Bomb Bomb cé pété ! 

Credit : Afrikadaa

Roulos da playlist : 

  • Elephant Man – Jook Gal
  • Gwen McCrae – Keep The Fire Burning
  • Cameo – Word Up!
  • Queen Latifah – Ladies First (feat. Monie Love)
  • J Dilla – African Rhythms
  • La rouge – Wie Zijne Wij (Bigi Banda)
  • The Last Poets – When The Revolution Comes
  • Erick Cosaque – Nou rivé
  • Man’ Serotte – Bef’ danbwa
  • L-G. Damas – Limbé
  • Ervin Weeb – I’m Going Gome
  • Jacques Coursil – Frantz Fanon 1952
  • Miles Davis – The Doo-Bop Song 
  • Horace Silver – Opus de Funk
  • $NOT & A$AP Rocky – Doja
  • Quequette – Elle Me Dévore

1 Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal

2 Aimé Césaire, Torpeur de l’histoire 

3 Aimé Césaire, Tam-Tam II

4 Juliette Smeralda, Cheveux d’appoint & Peau noire cheveu crépu, l’histoire d’une aliénation

5 Aimé Césaire, Torpeur de l’histoire

JAY RAMIER : KEEP THE FIRE BURNING (GADÉ DIFÉ LIMÉ)

Du 26/11/2021 au 13/03/2022 au Palais de Tokyo (13 Av. du Président Wilson, 75116 Paris)

PAW (Paul-Aimé WILLIAM) : Membre de la revue AFRIKADAA et doctorant en histoire de l’art de la Guyane (EHESS & IMAF).

AFRIKADAA MIXTAPE

par le collectif AFRIKADAA (18 Février 2022 à 11:37)

crédit : Jay Ramier

Nous vous proposons de relire ensemble le numéro #14 « Les révoltes silencieuses » de la revue d’art AFRIKADAA en participant à une expérience collective. À travers un paysage sonore sur les révoltes, les invité.e.s d’AFRIKADAA vont revisiter, poétiquement et politiquement, les questionnements issus de ce numéro à la manière d’une jam session collective à coups de lectures, de sessions musicales et de performances. « N’y-a-t-il pas dans les rythmes de tambours des notes silencieuses, auxquelles seuls les initiés répondent » — Jay One Ramier. Notre monde, nos espaces de marronnage-croisés sont remplis de messages sonores à explorer. Les récits et les sons dissimulés dans l’environnement, nous incitent à mieux écouter et à entendre le monde qui, trop souvent, à travers des regards masqués tempête de mécontentements silencés. 

Ce deuxième acte éditorial live du numéro d’AFRIKADAA portant sur les révoltes silencieuses est pensé comme un voyage sonore. Sonorités discordantes ou accordantes, l’art sonore est souvent un art de l’affect. En portant un intérêt sur l’écriture visuelle et rythmique comme espace de résistance, il s’agit d’ouvrir un champ élargi ou sont convoqués l’expérience des lieux, les parcours et les dérives physiques, les récits et les narrations sonores et corporelles à travers l’exploration des mémoires. Cet événement sera l’occasion de partager des énergies, vivre des émotions, imaginer des fictions, penser les utopies de la révolte afin de revisiter des histoires passées, présentes ou futures en présence des artistes  tel que : Jay One Ramier (peintre), Roger Raspail (musicien), Celia Faussart (chanteuse), Miguel Marajo (artiste-peintre), Nadia Valentine (artiste-peintre), Yann Cléry (musicien-poète), Kane Wung (danseur), David Démétrius (critique d’art), Paul-Aimé William (chercheur), Mo Laudi (plasticien-DJ), Flavien Louh (critique d’art), Dominique Pouzol (plasticien), Pascale Obolo (curatrice), Rocé (artiste).

Devoir de souffler, nous ne serons pas une génération écrasée. Le quatorzième numéro de la revue d’art AFRIKADAA propose une réflexion sur les révoltes silencieuses dans les Antilles-Guyane et l’Océan Indien, sur les relations entre art et militantisme. À quelles violences aveugles donnent-elles lieu ? Les militant.e.s, les artistes et les chercheur.euse.s nous apportent leurs réponses guerrières aussi diverses que les mêlées art-militants sont directes et complexes. Les militant.e.s antillo-guyanais.e.s, réunionais-es et mahorais-es sont-elles les nouveaux.elles artistes du 24ème siècle ? L’art prophétise les actions militantes. Les militantes « donnent voix » aux artistes du futur, car nul n’est prophète en son propre présent. 

Programme élaboré par la curatrice Pascale Obolo :

Performance de danse :
 Kane Wung / danseur (5 min)

– Intro : lecture performative du collectif AFRIKADAA (10 min)
– Talk : présentation du numéro sur les révoltes silencieuses
Avec : Pascale Obolo (curatrice/rédactrice en chef de la revue AFRIKADAA), David Démétrius (critique d’art), Paul-Aimé William (chercheur), Miguel Marajo (artiste peintre), Nadia Valentine (artiste peintre), Flavien Louh (critique d’art).

Performance méditative : Monstre-incarnation de l’Autre, Dominique Pouzol / plasticien (10min)

Perfomance musicale : Yann Cléry (20 min)

Talk : pensée les musiques noires comme espace de résistance avec les artistes Jay One Ramier, Roger Raspail, Célia Faussart (Nubians), Mo Laudi, Rocé.

Performance musicale : Rocé 

Lieu :
LA FAB. / Librairie agnès.b 

Place Jean-Michel Basquiat
75013 Paris, France


Horaire : 17H00-19H30

LES RÉVOLTES SILENCIEUSES

par Miguel Marajo dans le cadre du numéro Révoltes silencieuses d’AFRIKADAA magazine.

crédit : AFRIKADAA

Machine aveugle ! Depuis longtemps ils ne pleurent plus, ou tout au moins, ils sont de plus en plus rares à se lamenter. Ils savent que leurs lamentations sont comprises dans le processus même et délibérément, cela depuis le début. 

En un galimatias hermétique, tes rouages sophistiqués surplombent, se complexifient en s’opacifiant, se hissant hors d’atteinte, pour resserrer leur étreinte prédatrice par des entraves obscures sur ceux qui n’ont pas les codes et ne peuvent s’accorder. 

Ils sont tenus en respect et s’abreuvent à une source unilatérale qui s’ajuste au fur et à mesure qu’ils avancent. Cependant, ils ne sont pas dupe. À l’heure de la société numérique, à contre-courant des flots de fake news, cette manipulation, qui remonte à un temps infiniment lointain, tend à se résorber. Alors que d’autres, dans une fuite en avant, cherchent à se voiler la face. Ils porteraient bien un coup s’ils étaient acculés. Conscients qu’ils n’y mettraient pas plus d’animosité 
que leurs adversaires, car ils tomberaient dans le même sac en cautionnant cette violence et, par là-même, en entraînant une réplique à l’infini.

Une longue expérience des turbulences de la mer ainsi que des turpitudes de la vie leur ont enseigné qu’il vaudrait mieux ne pas résister à un puissant courant mais aller dans son sens puis, dévier progressivement de sa trajectoire, pour enfin s’en extirper. 

Non ce n’est pas la fin du monde, mais dans l’inéluctable déviation, un changement de conscience, donc déjà le début d’un autre monde.

“Entre les plis des feuilles vertes” 

“Entre les plis des feuilles vertes”
© Miguel Marajo 2018, huile sur toile, ht116 x la81 cm

L’incident n’est pas si loin, il se prolonge, tel une onde après un jet de caillou dans l’eau, par un remous des langues. Les propos tels que “dernière race après le crapaud”, s’expriment sans complexe en se grimant du masque de l’humour. 

Ici, comme une revanche, le crapaud prend figure féminine, les lèvres légèrement entrouvertes, les paupières détendues à peine tombantes sur des yeux langoureux qui s’offrent en délice.

Voilà que ce crapaud se change en une charmante créature qui surgit entre deux feuilles vertes, en un contraste suave sur un fond rose, purée de framboise ? Rouge à lèvre ? Vernis à ongle ? Rose pour les filles. 

Les feuilles qu’elle porte en guise de coiffe, dont le style baroque est emprunté à une rampe de l’escalier du Petit Palais à Paris, évoquent le naturel, et recouvrent ses cheveux bleus. Comme un bleu ?

Au niveau du cou, tel un carcan, on peut lire un extrait de notice de défrisage qui perd son sens car un mot ambigu s’y est glissé : le mot “délice” a pris la place du mot “hélice” comme pour tourner en dérision ces substances chimiques alcalines. 
Ces produits sont tout sauf tendres avec notre charmante grenouille mais destinés à faire d’elle l’ersatz, aussi divine soit elle, d’une autre créature.

Le jargon technique de la notice, nous explique comment rompre les chaînes structurelles du cheveu crépu, génétiquement programmé pour l’être, afin de le dénaturer pour qu’il soit lisse, et ne nous dit pas comment briser ces chaînes mentales de l’aliénation.

“La dévolue” 

“La dévolue”
© Miguel Marajo 2020. Huile sur toile, ht116 x la 81 cm

Par un enchaînement rapide, nous nous sommes retrouvés repliés dans nos espaces de vie respectifs. Et, nous nous sommes vus boucler, friser pour certains, crêper pour d’autres, blanchir, en l’absence de coiffeurs, empêchés par ce confinement intempestif.

Sur ma toile à ce moment-là, tout naturellement, s’est présenté à moi un visage féminin tourné dans ma direction, me fixant droit dans les yeux, venant d’un espace qui télescopait le réel. Cette femme devenait l’incarnation d’un phénomène qui m’habite de longue date. Cela correspondait, ne serait-ce que par le thème du naturel à l’incontournable question qui habite bon nombre d’entre nous. 

Comme pour riposter aux injonctions esthétiques, celle que j’ai nommée “La dévolue” tente de se défaire du carcan qu’elle a au niveau du cou. Mais comment ? 

C’est par une farce faite aux mots de la notice de défrisage, dont le sens annoncé est en faveur du soin mais recèle des produits alcalins. Avec poésie, elle vient désamorcer le contenu du mode d’emploi du produit par un mélange aigre-doux mêlant à la fois du fer à lisser et de la dévolue.

Sa chevelure irradie de l’intérieur, telle une balise qui se doit d’être visible pour attirer notre attention, pour signaler quelque chose de particulier. Particularisme ? Communautarisme ? Repli communautaire ? 

Son afro est surmonté d’une coiffe dont les motifs et la forme sont, pour elle aussi, empruntés à une rampe d’escalier du Petit Palais à Paris. Ces formes végétales naturelles apparaissent ici sans connotations révolutionnaires, car elles ont été soustraites à la nature sauvage, codifées par l’homme sous forme d’ornementation baroque. 

La nature se manifeste pourtant partout de façon sous-jacente, dans une gestuelle courbe qui rythme la totalité de la toile, l’envahissant finement jusqu’aux vêtements, dans un mouvement complexe qui semble encore vivre sous la danse que le geste lui a imprimé.

En somme, cette débauche de lignes, en circonvolutions, est, à travers le signe vivant, le mimétisme du cheveu et fait écho à son caractère naturel, libre, qui, comme la nature, reprend ses droits.

“Régime subanana” 

“Régime subanana”
© Miguel Marajo 2018, fusain sur papier, h150 x la120 cm

Dans un élan ascendant, qui correspond à une courbe de croissance, emporté par une ronde joyeuse, un manège fait de bananes, comme un gros squelette, une cage thoracique, une énorme carcasse préhistorique ou plutôt une mâchoire qui se resserre sur des personnages semblant pour la plupart, s’amuser.

Inéluctablement, ce manège tourne sur lui-même, transportant comme un éternel recommencement, des biens de consommation, tel ce fruit exotique par excellence, dans une relation tourbillonnante de complexité entre deux mondes. 

Les fruits les emportent par-dessus la Terre ; certains, dans cette agitation ont perdu leurs chaussures. Leurs pieds, partiellement ou complètement dénudés, les rendent plus vulnérables s’ils rentraient en contact avec le sol. Mais cependant, ils sont épargnés et ignorent tout, jusqu’au nom même du chlordécone, puisqu’il s’agit du sol de l’autre.

En guise de dents, voire d’attributs sexuels, ces bananes que certains tiennent avec délicatesse dans leurs mains, frôlent le geste érotique. Ce rapport ambiguë avec la nature ne se limite pas au plaisir d’une consommation partagée, mais à une jouissance onanique, dont les semences restent infertiles, même si elles glissent entre leurs cuisses.

Alors que tous semblent absorbés par cette affaire, un personnage, les deux mains en suspens, nous scrute, nous ramenant à nous même, le sourcil relevé, le regard légèrement tourné dans notre direction.

Nous avons tous envie de nous étourdir pour oublier, tenter d’échapper à la pesanteur des propos tenus sur la gravité de la situation écologique, mais, ce manège nous ramène à l’imposture joyeuse d’une relation aigre-douce.

Nous voilà sur ce dessin, chacun isolé par ces bananes qui nous tiennent en tenaille, alors que déjà, comme des signes avant-coureur, nous nous mettons à friser, à boucler, à crêper, à blanchir en l’absence de coiffeur, empêché par un confinement intempestif.

Ici, la nature se transforme dans les interstices que l’on a bien voulu lui laisser, en contaminant leurs vêtements, en vortex de fumée, en œil cyclonique, en volubilis prometteur d’un renouveau hypothétique et fragile, en masque fantomatique… Bref, ne parlons pas de choses qui fâchent, la nature reprend ses droits !

“Que Laure déconne !”

“Que Laure déconne !”
© Miguel Marajo 2020, fusain sur papier, ht154 x la125 cm

La porte fermée derrière elle, seule dans sa cuisine, autour d’elle la pièce vacille, légère comme un oiseau de bon augure, elle ouvre les bras pour s’envoler et, comme si de rien était, elle éclate de rire. En effet, dans cette manifestation sismique, son réfrigérateur, sa gazinière en effervescence, ainsi que l’ensemble de la pièce, penchent dangereusement. 

Le panier en bois est vide car il n’y a que la banane, toujours la banane, uniquement la banane, une vraie obsession. Une cruche déverse une substance floue, alors qu’un mixeur plongeant arrive à l’opposé pour parfaire l’amalgame. Tous les ingrédients sont présents pour dissiper le mystère et tout particulièrement le titre. Alors, même si ce n’est que la raison qui brûle, “que Laure déconne !”

Et s’il s’agissait de notre point de vue déstabilisé qui fait chavirer la pièce tel un navire ? Si toutefois, on savait ce qui se joue là, sous nos yeux innocents, le tout n’est alors, même si la maison brûle, que chlordécone.

Aujourd’hui, nul ne souhaite une culture de l’effacement. Les mémoires ne se sont jamais interrompues, elles se sont transmises, par une volonté d’assainissement, avec la nécessité de ne surtout pas oublier toutes les résistances auxquelles nous devons beaucoup.

Miguel Marajo, octobre 2020.

Bio : Miguel Marajo est un artiste martiniquais, île dans laquelle il a vécu la plus grande partie de son enfance. S’inspirant de concepts tels que la Négritude ou la Créolité, cet artiste plasticien fut en relation avec Aimé Césaire et assista aux premières conférences d’Edouard Glissant.